La cinéaste et conteuse Claude Hamel sera au Festival Cinéma du monde de Sherbrooke mercredi soir pour présenter son premier long métrage Territoire Ishkueu Territoire Femme. Le film de 63 minutes sera également présenté à guichets fermés le 19 avril à la Maison Merry de Magog, dans la programmation des Correspondances sortent d’Eastman.

Embrasser une culture encore méconnue

Produire un premier long métrage réclame de la détermination. La conteuse et cinéaste Claude Hamel peut en témoigner. Son film Territoire Ishkueu Territoire Femme est le résultat de quatre années d'efforts durant lesquelles elle a notamment dû étendre son champ de compétences artistiques. Toutefois, le jeu en valait la chandelle : l'artiste se montre en effet ravie du résultat obtenu et des commentaires reçus jusqu'à présent.

Territoire Ishkueu Territoire Femme braque les projecteurs en direction de huit femmes artistes d'origine autochtone, dont Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine, et amène le public à la découverte de leur univers, méconnu d'une large partie de la population.

Habitant à Austin en Estrie, Claude Hamel s'est en quelque sorte donné une mission avec son film : présenter les femmes autochtones sous un autre jour, en laissant de côté certaines difficultés vécues par les communautés auxquelles elles appartiennent.

« Oui, il y a une pauvreté atroce dans certaines communautés, mais les cultures autochtones ne sont pas que ça. J'ai donc voulu montrer ces femmes autrement, parler de leur résilience. J'avais le goût de les faire connaître et de les mettre en valeur », explique la cinéaste, qui participe cette semaine au Festival Cinéma du monde de Sherbrooke.

Dès sa jeunesse en Abitibi et à Sept-Îles, Claude Hamel a été attirée par la culture amérindienne. « Je m'intéresse beaucoup à l'histoire et ces peuples ont joué un rôle important ici. Et puis, c'est fou, quand on y pense, le fait qu'au Québec, on vive les uns à côté des autres sans se connaître. Ça mérite qu'on change cette réalité », soutient-elle.

De soi à elles

Quand l'artiste a commencé à tourner des images pour son film, elle ignorait que celles-ci deviendraient un matériau pour la réalisation de son premier long métrage. L'idée de se lancer dans une telle aventure ne lui est venue que plus tard.

« Je suis allée au Festival de contes et légendes Atalukan, à Mashteuiatsh, en tant qu'artiste, il y a quelques années. J'avais apporté mon matériel pour filmer et je pensais simplement tourner des images de moi sur scène. Finalement, je me suis mise à en faire des autres artistes qu'il y avait là, en me disant que je pourrais leur offrir ensuite. C'est seulement après que je me suis aperçue que j'avais un film entre les mains. »

Afin de donner du relief à son documentaire, Claude Hamel a intégré à celui-ci de nombreuses séquences présentant la nature, étant donné que les premières nations ont une relation plutôt fusionnelle avec la terre. Elle affirme d'ailleurs que son film est « une ode à la nature et à la beauté ».

« Je suis tellement contente de voir l'émotion que mon film suscite chez les gens. Et je constate que les autochtones aussi sont touchés en le voyant. »

Cela est d'autant plus gratifiant pour elle qu'elle n'avait jamais fait de montage auparavant. En effet, avant de s'attaquer à cette étape cruciale de la production, elle a simplement eu droit à une courte introduction au logiciel Final Cut, qui permet de monter des images, en compagnie d'un de ses « amis » de l'Office national du film (ONF), en l'occurrence le réalisateur André Desrochers.

Elle note d'autre part que Joséphine Bacon lui a aussi prodigué des conseils sur la réalisation. « Je parlais d'une culture qui n'était pas la mienne, alors c'était précieux de pouvoir profiter de son aide », remarque-t-elle, en rappelant que cette poète d'origine innue connaît bien l'univers du documentaire.

DES FESTIVALS

En mars, Territoire Ishkueu Territoire Femme a été présenté dans le cadre du Festival international du film sur l'art (FIFA) à Montréal, ce qui a évidemment ravi son auteure. « Ça a été extraordinaire de participer à cet événement et de faire partie de la catégorie International. »

Bien qu'il s'agisse d'un événement de moindre envergure, Claude Hamel a néanmoins été très heureuse d'apprendre que son long métrage avait été retenu pour l'édition 2019 du FCMS.

« J'ai soumis mon film à plein de festivals. Après Sherbrooke, je sais que j'irai au festival Dreamspeakers, à Edmonton. Et j'espère que j'aurai d'autres invitations provenant d'ailleurs. Ce sera l'occasion non seulement de parler de cinéma, mais aussi d'offrir quelques contes dans les villes que je visiterai. »

Puisqu'elle ne tient visiblement pas longtemps en place, Claude Hamel mijote déjà deux autres projets cinématographiques. Le premier abordera le thème de la vie en prison au féminin tandis que le second s'intéressera au lien entre le cannabis et la maladie mentale.

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Territoire Ishkueu
Territoire Femme
Mercredi 10 avril 18h30
Maison du cinéma
En présence de la réalisatrice