Électrique soirée à la Fête du lac

Pour sa première fois à la Fête du lac des Nations, Louis-Jean Cormier aurait difficilement pu rêver mieux. C'est qu'il y avait du spectateur au mètre carré sur les pelouses! Et du spectateur enthousiaste pas qu'un peu. Un tout simple « Salut Sherbrooke! » et c'était l'avalanche de cris et d'applaudissements nourris. Le chanteur n'a fait ni un ni deux et surtout pas dans la demi-mesure : « Sherbrooke, je veux que tu danses, je veux que tu chantes, ce soir il n'y a pas de règlements! Je vois bien que tu es un joyeux luron, on va tout faire pour que ce soit la soirée de ta vie! »
<p>Louis-Jean Cormier</p>
« Sherbrooke, je veux que tu danses, je veux que tu chantes, ce soir il n'y a pas de règlements!»
Un instant, on frémit. Parce qu'on se souvient que sur cette même scène, il y a une bonne quinzaine d'années de ça (non, ça ne nous rajeunit pas), un Jean Leloup exalté avait enjoint le public à autant de folie. Bonjour les débordements! Autre époque, autre public : on se ressaisit en se disant que là, devant, c'est l'ancien chanteur de Karkwa. Pas celui de la Sale Affaire. Rien à craindre, il n'y aura pas de slam, pas de dégâts.
Bien accompagné de cinq musiciens sur scène, Cormier a commencé fort avec les magnifiques Bull' s Eye, Transistors et La cassette. Des titres forts. Qu'il a fait suivre d'une superbe interprétation de Complot d'enfants, très belle chanson de Félix Leclerc, revisitée avec doigté et bonheur. Et puis il y a eu Tout le monde en même temps, J'haïs les happy ends et Un refrain trop long, entre autres titres de son treizième étage qui vole haut. Sur disque aussi bien qu'en show.
<p>Kim Churchill </p>
Guitariste bionique
Avant les grands feux d'artifice et avant la venue du coach de La Voix sur la grande scène, c'est Kim Churchill qui a chauffé les planches. Véritable homme-orchestre, et le mot est faible pour décrire l'étendue de son génie musical, le charmant surfeur australien était en pays de connaissance à Sherbrooke. La crinière en bataille, le sourire grand comme ça, il a raconté à une foule appréciable qu'il plantait sa guitare et tout son attirail musical pour la troisième fois à la Fête du lac des Nations. Un bonheur. Qui se répète, mais qui ne se ressemble pas tant de fois en fois. « Parce que lors de mon précédent passage, j'ai joué sous un rideau de pluie! Ce n'était pas ce que j'avais imaginé, mais ça a quand même été un moment formidable. Qui m'a inspiré une chanson. Je suis heureux de la chanter ici, là où je l'ai écrite », a confié le phénomène de 24 ans avant d'entamer Some Days the Rain May Fall.
Le titre figure sur Silence Win, le plus récent disque de l'artiste anglophone. Ce dernier a d'ailleurs beaucoup pigé dans le répertoire de ce tout frais CD, mercredi. Son tour de chant, d'abord planant, s'est fait de plus en plus électrisant.
Saisie par tant de talent, on fait le test : on ferme les yeux un instant. Et jamais, jamais on ne pourrait deviner que l'auteur-compositeur-interprète est seul sur scène. Pieds nus, il rocke la grosse caisse comme ce n'est pas possible. Il manie sa six cordes comme ce n'est pas permis. Il joue divinement de l'harmonica. Et il chante avec une voix qui a du corps et de la portée, parfaite pour le folk rock. En simple : il en met plein la vue, plein les oreilles. Il impressionne. Dommage pour ceux qui, plus loin, ne pouvaient apprécier pleinement le spectacle, cachés qu'ils étaient par la foule. Il y a toujours le grand écran, pensez-vous. Fort vrai. Sauf qu'avant la brunante, on n'y distingue pas grand-chose.
À défaut de bien voir, tous ont au moins pu l'entendre causer entre deux chansons. Et ainsi apprendre que c'est un peu beaucoup grâce aux Trois Accords que le surfeur australien a découvert le Québec puisque c'est à l'invitation du groupe organisateur du Festival de la Poutine de Drummondville qu'il a pour la première fois mis les pieds dans le coin. Il a aimé. Tant et tellement qu'il revient au Québec chaque été... et parfois aussi à l'automne : il sera sur les planches du Théâtre Granada le 29 octobre prochain.