Après deux passages remarqués à Montréal en 2018, Eddy de Pretto, nouveau phénomène du rap français, s’amène pour sa toute première tournée québécoise, avec notamment des haltes à Sherbrooke, Québec, Saguenay et Trois-Rivières.

Eddy de Pretto : assumer l’envol

Occuper une scène presque seul, avec un batteur comme seul coéquipier et un téléphone intelligent pour se charger de tout le reste? Aucun problème pour Eddy de Pretto, nouvelle coqueluche du hip-hop français. Après avoir cartonné deux fois à Montréal l’an dernier, le Cristolien d’origine (c’est ainsi qu’on appelle les habitants de Créteil, ville de la banlieue sud-est de Paris) s’amène pour sa première tournée québécoise.

« J’étais très surpris de l’accueil que j’ai reçu au MTelus [l’ancien Métropolis] et au Mile Ex End : c’était complet et les gens étaient assez fous. Je ne m’attendais pas à ça », commente celui qui a connu une ascension assez rapide, pour ne pas dire vertigineuse. Cure, son premier album paru il y a à peine un an, a dépassé les 200 000 exemplaires vendus et lui a valu trois nominations aux Victoires de la musique en février dernier.

« Au début, ça a été un peu surprenant, même si je rêvais de ça et que j’étais prêt. L’important est que j’ai réussi à me garder des espaces de liberté à travers tout ça. Mes amis et mon chez-moi me servent beaucoup à redescendre, à me rappeler que ce n’est qu’une partie de ma vie. Ça aide à rester les pieds sur terre », confie-t-il en entrevue téléphonique.

Même s’il ne soupçonnait pas que ses chansons, inspirées de sa propre vie, toucheraient autant de gens, il savait, pour l’avoir constaté chez d’autres créateurs, qu’il est possible d’être universel en partant de soi.

« C’est ce qu’a fait Marguerite Duras avec ses premiers romans, et ça m’a toujours beaucoup plu, cette façon de raconter l’infiniment petit et précis tout en parlant à des gens en masse. »

Et de quoi parlent-elles, ses chansons? De son enfance dans une banlieue pas toujours joyeuse. Des frustrations quand on habite tout près d’une des plus fantastiques villes du monde mais que l’on se sent exclu. Des partys qui dégénèrent. Du gonflement de l’ego en cette ère de réseaux sociaux. De ses amours pas toujours heureuses et de ses rencontres parfois impulsives (le chanteur est ouvertement gai).

Mais à part la chanson Normal, réponse à une oppression homophobe, l’homosexualité n’est jamais au cœur du propos d’Eddy de Pretto. « C’est un détail de ce que je suis et de ma personnalité, je n’ai pas à la mettre au premier plan. J’aime raconter mes chansons de manière non générique. Je parle simplement d’un Jimmy de la même façon qu’un hétéro parlerait d’une Vanessa », dit celui qui a grandi dans un milieu complètement ouvert, avec une mère qui l’a fait baigner dans la grande chanson française (Nougaro, notamment), pendant qu’avec ses potes du quartier, il kiffait le rap et le hip-hop.

Entre Stromae et Pierre Lapointe

D’où cette musique dans laquelle des textes très élaborés, souvent crus, rencontrent des arrangements pas loin de ceux de Frank Ocean et de Kanye West. Sa voix, elle, tangue entre Stromae et Pierre Lapointe.

Autre particularité : alors que certains rappeurs choisissent ce style pour ne pas avoir à chanter, Eddy de Pretto le fait presque tout le temps.

« J’adore chanter depuis que je suis petit, alors c’est important pour moi de le faire constamment », dit celui qui a fréquenté, dès l’enfance, une école de chant, danse et théâtre, et qui a d’ailleurs eu quelques contrats d’acteur avant de voir sa carrière musicale s’envoler.

« Le hip-hop est le genre qui est venu le plus naturellement répondre au sens de mes chansons. C’est un style assez profond, mais avec de gros kicks qui permettent de bouger un peu. »

Alors que certains pourraient se sentir intimidés d’occuper la scène dans un dénuement comme celui qu’il a choisi, Eddy de Pretto y voit un terrain de jeu qui lui permet de justement mettre l’accent sur ce qu’il préfère dans la chanson : les mots.

« Je dirais même que je suis très excité et motivé par ça. C’est un défi de plus. J’ai tout de suite aimé cette formule épurée, de voir qu’avec si peu de choses, ce soit tout aussi efficace et que ça sonne tout autant. J’aime beaucoup les astuces qui proposent peu et qui donnent beaucoup à voir quand même », résume celui qui s’appuie sur une mise en scène très calculée, mais avec des espaces plus impromptus.

« J’aime beaucoup caler des rendez-vous dans les chansons, des moments tantôt très millimétrés, tantôt où je me laisse aller un peu à l’improvisation pour créer un lien un peu plus naturel avec le public. »

Vous voulez y aller?

Eddy de Pretto
Première partie : Heartstreets
Vendredi 5 avril, 20 h
Théâtre Granada
Entrée : 38,50 $
(prévente : 36 $)