Voici une quinzaine de ces moments précieux nous faisant espérer que 2018 sera encore meilleure, sur scène mais aussi hors scène.

Écrémons 2017: le suc de la scène

Des spectacles, il y en a encore eu des centaines cette année en Estrie, des explosions extérieures grandioses comme de petits bijoux confidentiels dans de minuscules écrins. Fidèles à leur mission, les artistes se sont forcés à créer de la beauté, à renouer avec le rêve, mais aussi à présenter la réalité sans faux-fuyants. Voici une quinzaine de ces moments précieux nous faisant espérer que 2018 sera encore meilleure, sur scène mais aussi hors scène.

LUC DE LAROCHELLIÈRE
28 janvier
Centre d’art de Richmond

C’est chez nous que sieur de Larochellière a lancé la tournée de son excellent album Autre monde, paru en 2016 (qu’attendez-vous pour l’acheter?). Une soirée chargée d’émotions, à l’image des plus grands succès de l’auteur-compositeur-interprète, mais aussi de ses nouvelles chansons, désormais orientées davantage vers la tendresse et le côté lumineux des choses. Grâce au chanteur, et en dépit de Trump, quelque 200 personnes ont eu envie d’entamer 2017 avec une bonne dose d’espoir.

CHARLOTTE CARDIN
3 février
Théâtre Granada

Il y a de ces soirs où on a l’impression d’assister à un moment qui ne passera qu’une fois. Dans le cas de Charlotte Cardin, cette impression a été accrue par les 1000 personnes qui ont rempli le Granada, déjà conquises par cette jeune chanteuse de 22 ans à la voix unique et venues l’appuyer dans sa construction en tant qu’artiste. La nouvelle « adoptée » ne les a pas déçues en se plaçant constamment en danger. Les guichets sont fermés depuis longtemps pour son deuxième passage au Granada le 10 mars.

LOUISE LECAVALIER
7 février
Salle Maurice-O’Bready

Tel un papillon se débattant à la surface de l’eau, Louise Lecavalier, emballée de noir, déguisée en sorte de geisha électrique hyperactive, a amorcé ses Mille batailles dans une frénésie extrêmement contagieuse. Les combats de la vie, illustrés en solo puis en duo, couchés sur une musique électronique jouée en direct, ont ensuite emprunté différentes formes, toutes plus touchantes les unes que les autres. Dire qu’on aurait raté ça si le Centre culturel n’avait pas repris les rênes de la danse en Estrie, en relève au défunt Centennial… Départ canon pour cette résurrection.

MARIANA MAZZA
17 février
Salle Maurice-O’Bready

Malgré deux bozos qui auraient pu gâcher la fête avec leur attitude raciste (vite remis à leur place par l’humoriste), Mariana Mazza a livré une prestation du tonnerre devant une salle comble qui n’attendait qu’elle. Oui, il a été crûment question de sexe, mais sous la couche de gags gras se trouvait un propos sensé sur la condition féminine, l’acceptation des différences culturelles, les dérives des réseaux sociaux, l’audace de dire  tout haut ce que la majorité garde en dedans. L’année 2017 sera l’année où avoir une Mariana dans la constellation artistique est apparu comme indispensable.

PATRICE MICHAUD
25 février
Vieux Clocher de Magog

Une soirée qui préfigurait la grande année que serait 2017 pour Patrice Michaud. C’était seulement la troisième halte de sa nouvelle tournée (la salle était comble), et la prestation était déjà sur les rails. Construit sur le prolongement de son précédent tour de scène, le spectacle d’Almanach était à l’image du mec : bonne musique, histoires tantôt drôles, tantôt émouvantes, mélange de fête et de sérieux, complicité d’une belle gang de gars… Ne ratez pas son passage au Granada le 5 mai!

ENCORE UNE FOIS SI VOUS PERMETTEZ
28 février
Salle Maurice-O’Bready

Une femme et son fils. Un homme et sa mère. Un spectacle fait d’un amour immense entre une maman, dont la vie est quasi théâtrale malgré une existence modeste, et son rejeton, éperdu d’admiration devant cette femme qui se doute que son garçon sera différent. Humour et larmes se sont côtoyés dans cette soirée portée par la prestation immense de Guylaine Tremblay.

PIERRE HÉBERT
10 mars
Vieux Clocher de Magog

C’est un Pierre Hébert papa d’un garçon depuis la veille qui s’est présenté au Vieux Clocher de Magog avec Le goût du risque, spectacle dont il venait fraîchement de terminer le rodage. En pleine forme malgré les circonstances, l’humoriste sherbrookois a livré une prestation non seulement à se rouler par terre, mais aussi très touchante dans cette façon, chez lui, de dévoiler ses faiblesses et sa fragilité (alors que, franchement, il pourrait en montrer à ceux qui craignent l’incertitude). Ça fleurait déjà fort l’Olivier du spectacle d’humour de l’année.

887
30 mars
Salle Maurice-O’Bready

Robert Lepage a très certainement livré son récit le plus touchant avec 887. Pas seulement parce qu’il y raconte son enfance dans le bouillonnant Québec des années 1960 : parce que son histoire devient en quelque sorte l’histoire de tout le monde. Au-delà de l’époustouflante performance technologique, il y avait une prestation terriblement touchante, qui tirait les larmes de n’importe quelle personne ayant, un jour ou toute sa vie, aimé son père. Le spectacle de 2017 à Sherbrooke.

VALÉRIE MILOT
7 juillet
Orford Musique

L’iconoclaste prestation de la harpiste Valérie Milot est en nomination pour un prix Opus, et ce n’est pas pour rien. Avec cette première publique d’Orbis ouvrant le Festival Orford, la musicienne a brisé plusieurs dogmes des concerts classiques : projection sur un dôme transparent recouvrant l’interprète, recours à des bandes sonores en remplacement des autres instrumentistes… Tout ça avec le programme déjà audacieux de son album, fait de transpositions inattendues pour la harpe. Que l’on ait aimé ou non, le dépaysement était emballant.

SYLVIA
10 juillet
Maison des arts de Drummondville

Ce n’était pas le spectacle le plus drôle des Projets de la Meute à Drummondville, mais c’était certainement le plus touchant. Sylvia, avec son histoire de chien (incarné par une actrice) qui vient semer la zizanie dans un couple près de la retraite, a ému avec toute sa tendresse, mais a aussi fait beaucoup rire. Porté par des comédiens au sommet de leur art (Pierrette Robitaille, Marcel Leboeuf et Sonia Cordeau en tête), le spectacle valait amplement le détour. À ne pas rater le 28 mars au CCUS.

UZEB
30 août
Place Nikitotek

Des retrouvailles attendues. Des musiciens en pleine forme qui n’ont aucunement perdu la touche. Une foule large et enthousiaste. Le retour d’UZEB à Sherbrooke s’est déroulé comme on l’aurait imaginé : chaleureux, généreux, impressionnant. Michel Cusson, Alain Caron et Paul Brochu ont tout donné, l’auditoire leur a rendu au centuple. Les tympans avertis en bourdonnent encore.

JULIEN CLERC
28 septembre
Salle Maurice-O’Bready

Certes, en 50 ans de carrière, les années ont joué quelques tours à la voix de Julien Clerc, mais ce grand chanteur est d’une telle proximité, ses textes sont si indémodables que ce rendez-vous à deux pianos s’est déroulé comme des retrouvailles entre vieux amis, les approximations de justesse n’entrant même pas dans l’équation. Toutes les immortelles y étaient, brillantes dans leur dépouillement, soyeuses dans leur interprétation. Deuxième chance de se laisser conquérir en novembre 2018.

CHARLES-ANTOINE GOSSELIN
6 octobre
Vieux Clocher de Magog

C’est la meilleure prestation confidentielle de l’année. Une soixantaine de personnes ont assisté à ce petit bijou de spectacle, comportant les excellentes chansons du premier album de l’Estrien (Bleu soleil), et c’est bien dommage, car Charles-Antoine Gosselin a déjà une signature propre et une manifeste aisance sur scène. Du folk réinventé de manière emballante et, malgré tout, livré dans le plus grand des respects. Ne ratez pas votre coup le 24 février au Boquébière.

DANIEL BÉLANGER
14 octobre
Salle Maurice-O’Bready

Grandes retrouvailles avec sieur Bélanger, qui n’avait pas livré de prestation de facture rock à Sherbrooke depuis une décennie. Et la soirée s’est déroulée dans une atmosphère de « ce soir, on se fait plaisir ». Le chanteur a mis en évidence ses succès, leur donnant même plus de place que ses nouvelles chansons, dans des versions très proches des originaux, comme s’il avait voulu se faire pardonner sa trop longue absence. Pardon accordé!

MICHEL RIVARD
3 novembre
Centre culturel de Weedon

Un moment privilégié avec un de nos grands, dans une toute petite salle de la région. Seul avec sa guitare, Michel Rivard a revisité ses immortelles, mais aussi quelques oubliées sur le chemin de ses 40 ans de carrière. Des chansons au creux de l’oreille entrecoupées de poésie, d’anecdotes et d’interventions souvent comiques, tantôt préparées, tantôt improvisées, toujours sur la coche. En prime, les premières notes et lignes d’un projet à venir sur l’histoire de ses parents et de son enfance. Quelle délicieuse soirée!

MARTIN LÉON
23 novembre
Théâtre Granada

Bizarre de placer dans un palmarès 2017 un spectacle créé… en 2013? Ou alors gage de succès, prouvant que le Laboratoire exotique des Atomes de Martin Léon, malgré ses quatre années de dormance, avait conservé toute sa valeur. Un ovni scénique fait de musique, de chansons, de poésie, de récits de voyage, le tout accompagné de nombreuses projections. Bref, le temps s’est littéralement arrêté. Si tous les artistes pouvaient nous bousculer aussi brillamment…