Échos de la planète bleue

Non, les éclaboussures qui tapissent les murs de la Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke ne sont pas l'oeuvre d'un dégât d'eau, mais plutôt une faveur de l'artiste torontois Bill Vazan, qui y présente sa série « Soundings » de la planète bleue.
« L'idée, c'est que, lorsqu'on navigue sur l'eau et qu'on ne sait pas si c'est sécuritaire ou non, on fait des "soundings", c'est-à-dire qu'on lance une chaudière dans l'eau pour observer le sol et la profondeur avant qu'on puisse poursuivre notre chemin. C'est lié au fait que, dans le futur, notre monde sera couvert d'eau et qu'on devra trouver une façon de faire notre chemin dans celui-ci », explique l'artiste qui vit à Montréal depuis près de 60 ans.
Jusqu'au 5 avril 2014, 92 des 240 tableaux de la série produite par M. Vazan, un pilier du land art et de l'art visuel au Québec, seront exposés à la salle principale de la galerie, proposant de parcourir en accéléré le chemin que l'artiste bourlingueur a mis 50 ans à faire.
Depuis 1964, Bill Vazan range dans des pots clairement identifiés du gravier, du sable, de la poussière et d'autres formes de matière qu'il récolte dans les pays qu'il visite. Il les mélange ensuite à de l'acrylique et de l'eau pour produire une substance qu'il pourra répandre aléatoirement sur des toiles, dans le but de rapporter une preuve toute personnelle de ses escapades. Par exemple, le tableau Pyramid est peint à partir de pierres broyées jouxtant la pyramide de Khéops. Lima est formé de billes récoltées au Chili. Vatican... de cigarettes.
« C'est du hasard et de la chance, mentionne M. Vazan en riant. Je me demande ce que je peux rapporter pour prouver que j'étais dans un endroit précis. Au Vatican, ça a été de la poussière et des filtres de cigarettes! »
Terres martyres
Sa série de tableaux s'inscrit en continuité avec deux réalisations précédentes, World Line et Contacts, créées respectivement en 1971 et 1974, qui visaient elles aussi à relier le monde entier, et qu'il qualifie de « majeures ».
« La première consistait à parcourir des cartes pour que des flèches fassent le tour du globe de manière précise. La deuxième, ce sont les gens qui ont fait des X pour moi dans le monde. C'est la troisième oeuvre majeure et je voulais montrer de quoi la Terre est formée à sa surface. Avec ' Soundings», je passe du côté physique de l'art visuel pour montrer que le monde, et nous-mêmes, sommes faits d'eau et de poussière. »
S'il ne veut pas lancer de message quelconque avec ses oeuvres, Bill Vazan n'en concède pas moins que plusieurs de ses tableaux interpellent une forme de mémoire collective et émotive. Des tableaux comme Hiroshima, Pompeii, Ground Zero ou Tiananmen Square ne peuvent faire autrement que de rappeler la triste histoire des gens qui ont parcouru les sols exposés devant nous et les raisons pour lesquelles le peintre a été attiré par ces lieux en particulier.
« Au bout du compte, c'est de la poussière avec de l'eau, mais il y a une connexion commune que nous avons tous; une histoire commune à chacun de nous », opine M. Vazan.