Dans son nouveau spectacle, Dumas prend quelques risques qui ne sont pas toujours payants…

Dumas au Granada : le chaud et le froid

CRITIQUE / On comprend que Dumas a voulu rebattre les cartes. Tenter quelque chose de nouveau, soit partir en tournée en formule solo après la sortie de « Nos idéaux », chose plutôt rare lorsqu’on vient de réaliser un disque avec plusieurs collaborateurs. Pour y arriver, l’artiste a usé de nombreuses bandes préenregistrées, a réinventé plusieurs chansons, parfois au point de les rendre méconnaissables, a misé sur les éclairages…

Le résultat? Meeeeeeh…

Remarquez, les quelque 350 personnes réunies au Granada pour découvrir cet inattendu nouveau Dumas ont semblé apprécier, surtout l’électrisante deuxième partie (mieux réussie, il est vrai). Mais il y a dans ce spectacle des concessions qui font plus mal que prévu.

En débutant par toute la première partie, au cours de laquelle Dumas est comme prisonnier d’une cage de verre. Avec à ses pieds ses pédales pour créer des boucles, sa console de programmation à sa gauche et sa seule guitare, le chanteur ne semble plus avoir le temps pour s’adresser au public et créer un contact fort comme il avait coutume de le faire dans ses spectacles en formule rock. L’électronique prend malheureusement le dessus sur l’organique. À part les quelques inconditionnels qui se sont levés de chaque côté, le centre de la salle est resté figé.

Il est vrai que Dumas est un des premiers musiciens québécois à avoir intégré des boucles dans ses prestations, mais celles-ci s’inséraient au sein des autres musiciens, ou alors elles lui servaient dans un ou deux moments en solo. Cette fois, la surdose de « machines » ainsi que l’absence de batteur, de bassiste et d’un second guitariste dérangent. Plusieurs chansons perdent leur fond harmonique, ce qui les éloigne. Une erreur que Dumas avait déjà commise avec le spectacle de L’heure et l’endroit, en 2013.

Retour à la discothèque

Ça s’est heureusement mieux passé en début de deuxième partie, alors que Dumas a refait le coup, comme en 2015, de s’amener au milieu de la salle et de se mettre debout sur une chaise (il aurait dû se mettre plus haut pour que tout le monde puisse bien le voir), avec une guitare illuminée, en mode totalement débranché, excepté un petit radiocassette comme boîte à rythmes. Le contact qui manquait cruellement depuis le début de la soirée était enfin rétabli. Même si on n’entendait pas toujours très bien ses propos (peut-être lui prévoir un micro quand il parle), le chanteur a enfilé une séquence d’anciens succès bien rythmés (Au gré des saisons, Les secrets, Miss Ecstasy, Alors alors, Le bonheur).  

Après ce fut l’orgie rétro 1980-1990 : explosions lumineuses partout, gros fat beat sur fond électro, hoodie couleur aluminium, lunettes en forme de cœur… On se croyait propulsé dans une discothèque au plus fort de la vague new wave, cheveux crêpés en moins, pendant que des chansons comme Je ne sais pas et Ne me dis pas se voyaient truffées d’échantillonnages de vieux succès comme Pied de poule, 1990, Unbelievable ou Smells Like Teen Spirit. L’auditoire, chantant et dansant, est majoritairement embarqué dans cette surprenante folie sonore, même si les « machines » tenaient de nouveau le haut du pavé.

La fête s’est terminée par un rappel un peu plus tranquille, en guitare presque seule (il y avait encore une petite bande-son), sur les nouvelles chansons 1995 et La chance, sans oublier l’incontournable Linoléum, diésée du refrain de Time after Time.

En somme, une prestation originale, téméraire même, mais qui est à repenser sur certains aspects. Le spectacle remportera peut-être le Félix des éclairages, mais pas celui de la chaleur. Chapeau toutefois à la feuille de route, bel équilibre de nouvelles chansons, d’anciens succès et de quelques oubliées comme Arizona et Ferme la radio. En prime, une relecture très réussie, en français, de Heroes de David Bowie.