Dans Histoires à plumes et à poils, la nouvelle création du Petit Théâtre de Sherbrooke, les comédiens Ludger Côté et Emmanuelle Laroche prêtent vie à un sympathique duo. Celui-ci multiplie les astuces et les fantaisies pour renvoyer chez lui un oeuf mystère tombé de son nid.

Du théâtre au poil

CRITIQUE / On pourrait faire des jeux de mots. Dire que la nouvelle création du Petit Théâtre de Sherbrooke, Histoires à plumes et à poils, porte plus que bien son titre. Parce que c'est tout léger (comme une plume !) et que c'est vraiment au poil. Le fait est que, en choisissant d'arrimer sa pièce au monde animal, la compagnie sherbrookoise a visé juste. Sa production destinée aux tout-petits de trois à huit ans suscite d'emblée l'intérêt des enfants, probablement parce que ceux-ci sont éminemment attirés par les bêtes à plumes, à poils, à écailles et à cornes.
Ça commence avec un oeuf. Un oeuf-mystère tombé de son cocon. Abrite-t-il un lama ? Un rhinocéros ? Un pamplemousse ? La question se pose. Et elle fait rire haut et fort les élèves présents lors de représentation (en matinée scolaire) à laquelle nous assistons.
Elle et Lui, incarnés avec brio par Emmanuelle Laroche et Ludger Côté, veulent renvoyer la coquille pleine dans son nid. L'entreprise s'avère plus complexe que prévu. Au gré de l'exercice et des multiples combines effectuées par le très comique duo, différents animaux sont évoqués. Le fil conducteur entre les différents tableaux est tricoté à grosses mailles. C'est voulu. Et c'est dans l'ensemble efficace puisque le jeune public à qui la pièce s'adresse n'a pas à prêter une attention de tous les instants pour capter l'essence de l'histoire. Le décor, minimaliste mais inventif, est savamment pensé, brillamment utilisé. Avec ses pièces éparpillées un peu partout sur la scène, la machine déconstruite nourrit l'imaginaire. Elle se transforme en chameau, laisse apparaître une dinde, évoque une baleine. Tout ça. Faire autant avec si peu de choses, c'est en quelque sorte un tour de force.
Voyager comme un oeuf
L'oeuf, lui, se promène de station en station, grâce aux bons soins d'Elle et Lui. Le retour (au nid) se fait après de multiples haltes et quelques fantaisies. Les deux compères oeuvrent de concert et ils rigolent ensemble autant qu'ils se prennent gentiment aux cheveux. Un peu comme des enfants qui alternent moments de parfaite entente et petits conflits. Les élèves, d'ailleurs, se reconnaissent et s'amusent de ces clins d'oeil aux relations humaines.
La pièce à deux personnages (mais on pourrait dire trois, tant la présence de Simon Vincent, l'accessoiriste, n'a rien d'accessoire) est, du reste, bien servie par une trame sonore qui ponctue l'action et l'histoire. Sauf à la toute fin, alors que tout se termine de façon un poil trop abrupte. La musique coupe, les lumières se ferment et les enfants hésitent avant d'applaudir, embêtés de savoir si c'est un tour de passe-passe ou si c'est bien la tombée du rideau.
Après tout ça, reste la grande question, celle qui habite tous les jeunes spectateurs : finalement, c'est un oeuf de quoi ?
« Un oeuf de Pâques ! » tranche une petite fille.
On n'aura pas de conclusion plus claire. Pas besoin. Ce qu'il y a dans l'oeuf appartient à l'imaginaire de chacun. Comme il appartient à chacun de devenir ce qu'il a envie d'être, comprend-on en filigrane.
L'idée est belle. La pièce aussi.