Dix embarquements immédiats

Les voyages sont une partie importante de la vie de Tristan Malavoy… qui s’empresse de préciser qu’il connaît de plus grands globe-trotters que lui. Mais il est vrai, admet-il, qu’il lui serait impensable de ne pas prendre sa valise une fois ou deux par année. L’effort nécessaire pour encastrer cette passion dans son budget et son agenda, il sera toujours prêt à le fournir.

D’aucuns se souviendront d’ailleurs de son carnet de voyage à bord du Transsibérien, publié dans L’actualité en 2013. Le point commun avec L’école des vertiges, ce livre-disque qu’il fait paraître le 27 avril chez Audiogram-L’Hexagone? Les textes et musiques des dix chansons, s’est-il aperçu après coup, sont tous nés dans l’ailleurs. Des destinations aussi éloignées que Paris, Dakar et Vladivostok… ou aussi rapprochées que les Îles de la Madeleine et Sainte-Émélie-de-l’Énergie.

« Quand on se met en déplacement sur le plan physique, il y a quelque chose qui bouge à l’intérieur de nous, forcément », a-t-il constaté au fil de ses évasions ponctuelles. « Pour moi, c’est ça, la signification de l’école des vertiges : on bouscule notre routine, notre façon de voir les choses, et ça nous donne accès à d’autres réalités sur le monde et sur nous-mêmes. »

Par hasard, le Sherbrookois d’origine a découvert que sa vision rejoignait celle d’un grand : Bob Dylan. Tristan Malavoy a d’ailleurs glissé, dans l’introduction de son livre-disque, une citation du « song-writer en chef de l’Amérique », tirée de ses Chroniques.

En parlant des chansons, ce « sacré Bob » a dit : « On peut en écrire n’importe où, dans le compartiment d’un train, sur un bateau, à cheval — le mouvement aide toujours. Des gens qui ont un merveilleux talent d’auteur-compositeur n’en écrivent jamais parce qu’ils restent immobiles. »

« C’est une phrase qui résonne très fort pour moi », commente l’écrivain-chansonnier. « Elle dit que c’est dans le déplacement que les idées se mettent à circuler en nous. Ça crée des flashs. Ça ne veut pas dire que les textes qui viennent parleront nécessairement de voyages, mais sans le mouvement de la route, la plupart de mes dix chansons n’auraient jamais vu le jour. »

L’école des vertiges est donc la récolte de quelques années d’allées et venues physiques… mais aussi amoureuses, car les voyagements du cœur demeurent une éternelle source d’inspiration.

« Certains sont plus longs et plus satisfaisants que d’autres. Il y a ceux ponctués d’imprévus et ceux rencontrant des accidents de parcours », résume-t-il en riant.

LA SENSIBILITÉ DE PHILIPPE

Le précédent disque de Tristan Malavoy, Les éléments, date de 2012. « Je ne suis pas un créateur qui sent le besoin de produire un album à un cycle fixe : je le fais lorsque j’ai l’impression d’avoir quelque chose à dire sous cette forme-là. J’aime bien ce rythme, qui me permet de me consacrer à mes autres activités », souligne celui qui est aussi romancier, poète et directeur littéraire chez XYZ, en plus d’avoir souvent été animateur et chroniqueur.

L’auteur-compositeur-interprète avoue toutefois qu’il ne s’attendait pas à ce que ce soit Philippe Brault, réalisateur de l’heure, qui se charge de L’école des vertiges.

« On se connaissait par ami interposé. C’est quelqu’un de très sensible aux mots, mais il est tellement occupé! Tout le monde veut travailler avec lui! Je l’ai quand même contacté pour un café, et ça a cliqué. Il m’a beaucoup impressionné. En studio, il est à la fois d’une grande intelligence et d’une grande intuition. Beaucoup d’arrangements ont été faits en temps réel. C’est ce que je voulais : un disque organique. Réfléchi, mais pas trop. »

ÉTATS D’ESPRIT RETROUVÉS

L’idée d’un livre-disque est arrivée assez tard dans le processus de création.

« L’enregistrement était assez avancé lorsque nous avons commencé à discuter, avec Audiogram, de la forme physique des chansons. Les bouleversements de l’industrie nous poussent à réinventer les formats. »

« La pochette traditionnelle ne nous attirait pas ni une sortie exclusivement numérique. Quand j’ai pris conscience que les chansons étaient nées durant mes voyages, j’ai eu envie de raconter ces déplacements. J’en ai discuté avec les gens de L’Hexagone, qui se sont tout de suite montrés très réceptifs. Je suis allé fouiller dans mes carnets, mais l’essentiel des textes a été écrit dans les derniers mois. Ce fut un bel exercice de me remettre dans tous ces états d’esprit. »

TRISTAN MALAVOY
L’ÉCOLE DES VERTIGES (livre-disque)
POP FOLK FRANCO
Audiogram

RÉCIT
L’Hexagone
64 pages

Émilie, Amylie, Caracol...

L’école des vertiges a bénéficié de l’apport de quelques collaboratrices, à commencer par la comédienne Émilie Bibeau, avec qui Tristan Malavoy chante Abécédaire.

« J’ai travaillé pour la première fois avec Émilie il y a un an, sur le Bus littéraire de la STM, un trajet que j’animais et qui visitait les lieux importants de grands auteurs montréalais, tels Michel Tremblay et Leonard Cohen. J’avais sollicité Émilie parce qu’en l’entendant à Plus on est de fous, plus on lit, j’avais trouvé qu’elle était une formidable lectrice. Durant le parcours, elle se chargeait de réciter les textes des auteurs, mais je lui ai proposé que l’on chante ensemble Everybody Knows lors de la halte devant la maison de Cohen. Je savais donc déjà que nos voix se mariaient bien. »

Carole Facal, alias Caracol, est aussi venue faire des chœurs sur La machine à aimer. « Carole et moi, nous avons tous les deux fréquenté le Séminaire Salésien de Sherbrooke. On s’y est justement retrouvé il y a trois ans lors d’un spectacle pour l’inauguration du Centre Quebecor. J’ai toujours aimé sa voix. Sa participation à la chanson s’est décidée le matin même. »

Amylie se pointe également sur Les Icares, seule chanson que Tristan Malavoy avait déjà enregistrée, sous forme d’ébauche, à la fin des Carnets d’apesanteur, son premier disque. Il lui donne maintenant un souffle nouveau.

« Je suis très content que cette chanson existe désormais pour vrai. Et comme je l’avais faite plusieurs fois sur scène avec Amylie, ça allait de soi que je l’invite. »