En spectacle à la Chapelle du Rang 1, Diane Tell a joué le grand jeu pour la petite salle de diffusion mise sur pied par Stéphane Lavallée et ses trois fils. « C’est quelque chose que j’aimerais faire, comme projet futur, m’occuper d’une petite salle de diffusion comme ici, la Chapelle », a-t-elle confié. Elle rêve aussi de mettre sur pied une fondation pour gérer ses droits d’auteur quand elle ne sera plus de ce monde.

Diane Tell émue de chanter à la Chapelle du Rang 1

On en parlera probablement encore dans 10 ans de cette prestation que le monstre sacré de la chanson québécoise, Diane Tell, a présentée en clôture de saison 2019 à la Chapelle du Rang 1 de Lac-Mégantic, en fin de semaine.

L’expérience et le charisme de la diva – dans le sens positif du terme – ont transpiré tout au long de ses deux spectacles où elle a reçu un accueil délirant, rien de moins.

« C’est très émouvant de chanter ici… La famille Lavallée, ce qu’ils font, c’est extraordinaire! », a-t-elle lancé d’entrée de jeu avant d’entamer l’ineffable Gilberto, sa « première chanson qui a traversé les frontières », a-t-elle spécifié. Les spectateurs ne se sont pas gênés pour chanter avec elle, aussi sur la chanson suivante, Souvent Longtemps Énormément.

Diane Tell a charmé par ses interventions entre les chansons, des réflexions personnelles, mais aussi des commentaires sur son travail. « Pour mes quatre premiers CD, j’ai tout fait moi-même, je ne voulais pas de collaborateurs. J’ai changé par la suite… »

Et d’interpréter la très belle chanson de Jacques Brel Voir un ami pleurer… Mme Tell transmet beaucoup d’émotions, tout en retirant beaucoup de plaisir à chanter de très belles chansons écrites par d’autres artistes. Elle avoue que certaines chansons lui font se rappeler son père qui l’a beaucoup encouragée, quand elle a commencé à 12 ans, à sa première fois sur la scène.

Et quand elle raconte, les gens écoutent religieusement. « J’avais composé une chanson, quand j’étais plus jeune, pour participer à un concours. Dans le temps, il n’y avait pas La Voix. Les concours n’étaient pas des concours d’artistes, c’était des concours de chansons. J’y suis allée pour participer. En me disant que j’allais gagner avec une très belle chanson, bien ficelée, j’en étais certaine… Au premier tour, éliminée », narre-t-elle sans rire. C’est un illustre inconnu qui a gagné le concours. « Je ne me rappelle même pas ce qu’il a chanté », ironise-t-elle. « Ma chanson, c’était Si j’étais un homme, mon plus grand succès, qui a traversé quatre décennies, avec le plus de portée, la plus écoutée. »

Elle fait un plaisir évident à son public en glissant du Lac-Mégantic dans les paroles de ses chansons. Les spectateurs ont ainsi eu droit à des bijoux personnalisés — elle en a toute une collection dans ses écrins —, comme la chanson Faire à nouveau connaissance, et la chanson-titre de la comédie musicale La Légende de Jimmy.

Comme un cadeau, elle a également offert trois chansons de son nouvel opus qui sera lancé le 4 octobre, Haïku (du nom de poème japonais, très codé) : Il ne m’aime pas, Évolène et Moi fille, toi garçon, cette dernière qu’elle a composée paroles et musique avec Serge Farley Fortin. Un CD indéniablement moderne, à la musique déroutante et mystérieuse par bouts, qui n’est pas sans projeter une Diane Tell évoluée, quand même à la hauteur de ce qu’elle a réservé jusqu’ici à ses fans.

En entrevue, elle explique avoir entendu parler de la Chapelle du Rang 1 grâce au journaliste Gérald Fillion, originaire de Lambton, qui lui a parlé, avec Sébastien Barenger, des amis à eux qui ont une petite salle de spectacles sympathique qu’elle devrait connaître.

Elle a raconté qu’au début, elle écrivait des chansons dans les deux langues et chantait ainsi. « À l’École Marie-de-France, j’étais avec la fille du patron de RCA Victor Montréal. Elle m’écoutait chanter à l’école, je chantais beaucoup, elle m’a incitée à mes premières maquettes et j’ai signé un premier contrat. À mon premier passage en studio, j’avais six chansons en anglais et six en français, mais il m’ont conseillé de choisir entre les deux. »

Ses spectacles, règle générale, sont tous pensés de la même façon : un tiers de chansons que le public aime et réclame, un tiers de nouvelles chansons, et un tiers choisies pour convenir à la formule du spectacle, du contexte du moment. « Je compare ça à un menu de restaurant. Quand je vais à un restaurant que j’aime beaucoup à Paris, je prends toujours sa spécialité de saumon. Je serais déçue si le plat avait été enlevé de son menu, c’est la même chose pour mon public qui s’attend à mes succès! »