Louise Portal et son conjoint Jacques Hébert ont accepté de témoigner dans L'érotisme et le vieil âge, le plus récent documentaire de Fernand Dansereau, qui arrivera sur les écrans le 10 février.

Dévoiler son intimité à 60 ans

Réaliser un documentaire sur l'amour, l'érotisme et la sexualité durant la vieillesse, voilà un sujet tabou... qui devrait intéresser tout le monde. Mais accepter d'y témoigner et de révéler des détails sur son intimité, c'est une autre paire de manches. Louise Portal et son conjoint Jacques Hébert se sont quand même laissé convaincre par leur ami cinéaste Fernand Dansereau de livrer quelques confidences sur l'amour qui les unit depuis 23 ans et sur la façon dont ils le vivent maintenant qu'ils en sont à la mi-soixantaine. Leurs propos se retrouvent au coeur du documentaire L'érotisme et le vieil âge.
« En fait, à son dernier documentaire Le vieil âge et le rire [2012], Fernand m'avait demandé d'animer quelques discussions avec le public après les projections, raconte Louise Portal. Lorsqu'il nous a sollicités pour son nouveau film, Jacques n'était pas trop à l'aise, mais il a fini par accepter. »
Il faut dire que le réalisateur de 88 ans souhaitait d'abord qu'ils soient le « couple blanc » du long métrage : un couple âgé vêtu de blanc (finalement incarné par Luc Proulx et Susan Macpherson) filmé dans son intimité.
« Mais moi, je ne suis pas acteur. Les caméras me figent, les entrevues me stressent! » avoue le massothérapeute de profession, pendant que sa douce éclate de rire. « Nous avons accepté de simplement témoigner et ce fut plus facile que je le pensais, poursuit Jacques Hébert. Fernand est quelqu'un de très respectueux. J'étais en confiance, alors tout s'est fait naturellement. C'est même moi qui ai répondu à la première question! »
« On savait que Fernand ne recherchait pas le sensationnalisme, poursuit Louise Portal. Il porte une réflexion sur une étape de la vie que lui-même et les gens autour de lui traversent. C'est un film qui invite à la discussion et à la rencontre. »
Le couple, un des plus jeunes du documentaire, a justement trouvé très inspirants les témoignages de ses aînés, « cette tendresse, cette complicité, cette présence à l'autre, jusqu'à l'hôpital même, lorsque les incapacités surviennent », confie Jacques Hébert, qui raconte dans le film ce moment où, dans la cinquantaine, il a vu sa conjointe détailler tous les défauts de son corps devant le miroir, rejetant cette vision qu'elle voulait lui imposer.
« Cette réaction de Jacques m'a beaucoup rassurée. C'est vraiment très précieux pour une femme d'être accueillie par son partenaire dans l'âge qui avance. La séduction change de territoire, mais elle est toujours là. Aujourd'hui, je n'ai plus cette obsession de la jeunesse et de la beauté. Si je suis en santé et que mon physique reflète mon intériorité, ça va. Je n'ai plus peur de me faire vieillir à l'écran, par exemple pour jouer Lisette dans Paul à Québec. »
Les « strings » de grand-maman
Louise Portal a aussi accepté, pour les fins du film, de réaliser un micro-trottoir, ciblant plus particulièrement les jeunes, leur demandant si, à leur avis, leurs grands-parents faisaient toujours l'amour. Deux ou trois croient carrément que non, plusieurs espèrent que oui. Une jeune femme pense que sa grand-mère a une vie sexuelle parce qu'« elle accroche des strings sur sa corde à linge ».
« Mais la réponse qui revenait le plus souvent, sur la trentaine de jeunes que j'ai questionnés, c'est : je ne sais pas s'ils font toujours l'amour, mais je sais qu'ils sont toujours amoureux, car ils le démontrent encore, rapporte Louise Portal. J'ai constaté que ça les rassurait beaucoup. Plusieurs sont des enfants du divorce. Leurs grands-parents sont pour eux un exemple que l'amour durable est possible. Mais la plupart étaient surpris ou déstabilisés par la question. J'ai eu l'impression que c'était la première fois qu'ils pensaient à leurs grands-parents en tant qu'êtres sexués. »
À Sherbrooke et en Estrie
Une partie du tournage a été réalisée en Estrie, notamment à l'Université du troisième âge et à la Maison des grands-parents de Sherbrooke, où plusieurs aînés de la région (dont Robert Gagné, Claudette Rousseau et Jean-Paul Dubreuil) ont accepté de se confier. Le film donne aussi la parole à Lise Gratton et à Gilbert Leclerc, du Centre de recherche sur le vieillissement de Sherbrooke, ainsi qu'au maire de Lawrenceville Michel Carbonneau et à sa compagne Édith Fournier, qui ont tous deux vécu l'épreuve de perdre leur conjoint avant de reformer un couple depuis maintenant dix ans.