Native de Windsor et maintenant établie à Montréal, l’illustratrice Delphie Côté-Lacroix a remporté un prix littéraire du gouverneur général dans la catégorie des livres illustrés pour l’album Jack et le temps perdu, dont elle signe les images. C’est l’autrice Stéphanie Lapointe qui a écrit le texte.

Deux livres et déjà un prix

L’artiste Delphie Côté-Lacroix n’a illustré que deux albums jeunesse jusqu’à présent et, déjà, elle remporte un prix du gouverneur général dans la catégorie Littérature jeunesse — livres illustrés.

La prestigieuse récompense couronne l’album Jack et le temps perdu, bel ouvrage dont le texte est signé par l’autrice Stéphanie Lapointe.

« C’est une belle surprise et c’est tout un honneur de remporter pareil prix. Cette formidable reconnaissance du milieu littéraire et des pairs gomme un peu le syndrome de l’imposteur que je pouvais parfois ressentir, ça donne confiance », exprime l’illustratrice qui a grandi à Windsor et qui détient une formation en graphisme du Cégep de Sherbrooke.

Établie à Montréal depuis 2012, Delphie Côté-Lacroix œuvre en animation graphique. C’est à l’invitation de Simon Boulerice qu’elle a plongé dans l’univers du livre jeunesse.

« On s’était croisé lors du lancement d’un abécédaire dans lequel j’avais imagé une lettre, comme 25 autres illustrateurs. Quelque temps plus tard, il me proposait de mettre en images son histoire Florence et Léon, chez Québec Amérique. »

Touchante histoire, défi costaud

Le manuscrit de Jack et le temps perdu est arrivé ensuite. Une touchante histoire sur la perte et le temps qui s’égrène, un récit qui s’amorce ce jour terrible où une baleine grise emporte avec elle le fils de Jack. Fou de douleur, le pêcheur est prêt à tout pour retrouver son garçon disparu.

« Quand j’ai lu le texte, j’ai éprouvé beaucoup de compassion pour Jack. C’est un personnage tellement triste! En même temps, ce qu’il traverse réveille des émotions universelles. J’avais envie de dessiner à partir de cette matière-là. Après ça, j’ai rencontré Stéphanie Lapointe. C’est une personne tellement douce et agréable, j’ai tout de suite su que j’avais le goût de travailler avec elle. On a trouvé le ton assez rapidement. Elle avait déjà une bonne idée de l’ambiance qu’elle souhaitait qu’on installe avec les images, mais elle m’a laissé beaucoup de liberté. »

Une liberté qui venait avec une commande costaude : le texte courait sur 96 pages, rien de moins.

« C’est certain qu’un album aussi dense, ça impose une bonne discipline. Il faut maintenir la motivation, rester sur un élan pendant toute la durée du projet », explique la jeune femme de 29 ans.

Celle-ci a tout fait à l’ordinateur, grâce aux multiples possibilités de Photoshop.

« Il y a maintenant tellement d’outils qui permettent de donner de la texture aux images, ça facilite beaucoup le travail. On peut par exemple reproduire l’effet de l’aquarelle ou du feutre sans avoir à sortir pinceaux et petits pots de peinture. Ça permet de la flexibilité et une plus grande rapidité d’exécution. On peut aussi plus facilement corriger les erreurs », dit celle qui découvre le monde des livres pour enfants depuis qu’elle a commencé à mettre sa griffe sur des albums jeunesse.

« Je n’ai pas d’enfant et je n’en ai pas dans mon entourage immédiat, ce qui fait que je ne baignais pas tant que ça dans l’univers des livres illustrés. Je réalise à quel point le texte et l’image se répondent et se complètent. On peut donner des clés au lecteur à travers les illustrations, montrer ce qui n’est pas toujours explicitement dit. Personnellement, je travaille de façon intuitive et organique, j’aime créer de la contemplation grâce à mes images. »

Sur sa table à dessin, Delphie Côté-Lacroix a d’autres projets en chemin. Un roman graphique, notamment, dont elle ne peut pas dire grand-chose pour l’instant.

« C’est un projet que je mène avec une autrice et qui est davantage dans la niche de la bande dessinée. »

Stéphanie Lapointe et 
Delphie Côté-Lacroix
Jack et le temps perdu
Éditions XYZ
96 pages