Dans les oeuvres de Chloé Beaulac, tout a l'air très sombre. « J'essaie de créer un "déja-vu", pour que les gens se sentent connectés. »

Détromper les apparences

À l’occasion de l’événement Objectif Photo Cantons-de-l’Est, trois photographes présentent différents corpus d’œuvres au Centre culturel Yvonne L.Bombardier, sur le thème Apparences, jusqu’au 15 décembre. La révélation de l’enfant et son imaginaire de Catherine Rondeau, les tableaux à récits ouverts de Chloé Beaulac et les corps diversifiés à la tête de cerf de Luc Pallegoix remettent en question les apparences parfois trompeuses.

Chloé Beaulac 

Le bien-être, le maniement d’armes à feu et les balades en voiture spontanées : voilà ce qui a inspiré Chloé Beaulac dans les quatre séries d’œuvres qu’elle présente. Combinant la photographie et l’encaustique à la pyrogravure et au dessin, l’artiste incorpore toujours une touche de mysticisme dans ses tableaux. 

« Dans mes œuvres, tout a l’air très sombre. J’essaie de créer un “ déjà-vu ”, pour que les gens se sentent connectés. En photo ou en dessin, je crée des œuvres pour que les gens puissent se raconter des histoires », déclare-t-elle.

Stimulée par les promenades impulsives, l’artiste met en œuvre deux personnages à la découverte du Québec dans la série À la dérive. Au premier coup d’œil, les tableaux laissent croire qu’ils sont de simples photos, alors que, de près, les traces laissées par les brûlures de la pyrogravure sont visibles. 

« C’est une représentation du souvenir du territoire québécois, qui est toujours en changement. »

La série Lieu saint représente, pour sa part, différents sanctuaires où le bien-être plane.  


« En photo ou en dessin, je crée des œuvres pour que les gens puissent se raconter des histoires. »
Chloé Beaulac

« Ce sont des endroits qui créent un rapport avec la nature et avec les lieux où l’on se sent bien et reposé. Ils font ressortir ces aspects du bien-vivre et du mieux-être », explique Chloé Beaulac. 

Pèlerin l’inconnu est né lorsque l’artiste a voulu donner une seconde vie à une boîte de photos abandonnée, trouvée au beau milieu d’une rue. 

« C’est la vie d’un globe-trotteur qui a été mise à la poubelle. À partir de ses images, j’ai créé un univers postapocalyptique », révèle Chloé Beaulac, en précisant qu’elle connait l’artiste derrière les images abandonnées, mais qu’elle ne divulgue pas son identité intentionnellement. 

Enfin, c’est un cours de maniement d’armes à feu qui a inspiré La nature entre nous. Après avoir altéré des images du guide de maniement, des liens entre la nature et l’homme en sont sortis. 

Catherine Rondeau

Dans un monde complexe où les adultes dictent les règles, les enfants peuvent se blottir dans l’imaginaire qui, selon Catherine Rondeau, peut être d’un grand secours. Dans le cadre d’un mémoire de maîtrise en communication, l’artiste a trouvé l’inspiration pour la série De l’autre côté du miroir.

En plus de faire un clin d’œil à Lewis Caroll, Catherine Rondeau présente 15 œuvres mettant en scène un enfant dans un monde parallèle. Prises et modifiées par l’artiste, les photos, parfois tragiques, parfois ludiques, transportent dans un univers où le vrai et le faux s’entremêlent.

« Je cherchais à comprendre à quoi servait la fonction imaginaire. Mes filles étaient jeunes à l’époque et j’étais frappée par l’omniprésence de l’imaginaire dans leur quotidien. Lors de mes recherches, je suis tombée sur le parallèle du conte et de la pensée enfantine », explique Catherine Rondeau. 

Le besoin de sécurité et d’amour d’un enfant et le lien étroit avec le conte ont notamment été les lignes directrices de l’artiste lors de son processus de création.  


« Je cherchais à comprendre à quoi servait la fonction imaginaire. »
Catherine Rondeau
Dans les oeuvres qu'elle présente, Catherine Rondeau met en scène un enfant dans un monde parralèle où le vrai et le faux s'entremêlent.

« Pour un enfant, vivre dans un monde de règles peut être ardu, enchaine-t-elle. Il a besoin d’une halte récréative, qui lui permet de prendre le large. Les protagonistes dans les contes sont souvent petits et vulnérables. Au fil de l’histoire, ils vont devoir combattre un antagoniste qui est plus grand qu’eux. C’est l’une des raisons pour lesquelles les contes intéressent les enfants : ils leur parlent. » 

Néanmoins, elle ne considère pas De l’autre côté du miroir comme une série d’illustrations de contes. 

« Je n’ai jamais cherché à illustrer les contes, mais il y a des correspondances entre les thématiques. Par exemple, il y a le thème de la forêt interdite que l’on retrouve dans Le petit poucet et Hansel et Gretel. L’image rebondit sur les thèmes qui parlent aux enfants. »

Luc Pallegoix 

L’artiste Luc Pallegoix propose Le cerf ectomorphe, une série qui ne devait être exposée que trois mois, mais qui circule encore depuis sept ans. Dans une pièce où gisent deux arbres, la série photographique présente un humain à la tête de cerf dans plusieurs de ses formes.

Plusieurs modèles avec des corps diversifiés ont été pris en photo, remplaçant leur tête par celle d’un cerf au montage. Les raisons derrière cet élan créatif? Luc Pallegoix souhaite n’en révéler que quelques-unes. 

« Il y avait un besoin du masque, et je voulais travailler sur le corps humain, sur sa beauté et sa diversité », explique-t-il. 

Français d’origine, l’artiste incorpore à ses œuvres son vécu, l’histoire de l’art et une touche de mythologie. 

« Depuis mon arrivée dans les Cantons-de-l’Est en 2006, je remarque une proximité avec les bêtes sauvages que je n’ai pas connue en tant qu’Européen, avoue-t-il. Il y a une dualité que nous avons en tant qu’être humain. Au point du classement des choses, on est des animaux très civilisés. Puisque les cerfs sont nombreux en Estrie, on retrouve ici une symbolique. Par ailleurs, si l’on raccorde avec l’histoire de l’art et la mythologie, l’homme à la tête de cerf, on le retrouve dans les cultures celtiques. »

Cette envie d’exploiter la beauté s’est néanmoins faite à partir de l’authenticité. 

« L’intention de départ était d’aller chercher le vrai et non des corps de magazine. Je voulais aller chercher la beauté des choses dans les trucs moches, comme les cicatrices ou encore les grains de beauté. » 

À ses œuvres s’ajoute la notion du récit. Au-dessus de certaines œuvres se trouvent même des écrits qui sont parfois venus de façon spontanée et parfois de façon méditée.


« Il y avait un besoin du masque, et je voulais travailler sur le corps humain, sur sa beauté et sa diversité. »
Luc Pallegoix

« Je reprends un vieux principe de l’histoire de l’art : mettre en exergue soit ce qu’on dit au personnage ou soit ce que le personnage exprime. Comme en littérature, je vais créer des personnages et faire en sorte qu’ils se rencontrent. Je reste moi-même surpris des histoires qui peuvent émerger. »

Luc Pallegoix incorpore à ses oeuvres son vécu, l'histoire de l'art et une touche de mythologie.