La 10e soirée des Prix en arts et culture de l’Estrie a vu récompenser le vidéaste Jean-Sébastien Dutil (prix Relève), la fabricoleuse et multi-instrumentiste Ariane Deslions (prix Excellence culture Estrie), représentée par sa collègue Christine Meunier, Kristelle Holiday et Angèle Séguin du Théâtre des Petites Lanternes (prix Développement culturel) et l’auteur et essayiste Étienne Beaulieu (prix Œuvre de l’année en Estrie).

Des retours et une fructueuse reprise

Le bassin d’artistes professionnels dans une région comme l’Estrie étant forcément moins grand que dans une métropole, il ne faut pas s’étonner si certains noms reviennent régulièrement lors de la cérémonie des Prix estriens en arts et culture. C’est le cas du Théâtre des Petites Lanternes et d’Ariane Deslions, deux anciens gagnants qui ont remis la main sur une des quatre récompenses, décernées lundi au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

Mais pour le principal lauréat de la soirée, l’essayiste Étienne Beaulieu (qui repart avec le prix Œuvre de l’année en Estrie, la bourse de 10 000 $ associée ainsi qu’une capsule de la Fabrique culturelle), il s’agit d’un fructueux deuxième essai : l’Estrien avait en effet été en nomination pour la même bourse en 2014, qu’avait finalement remportée la directrice artistique de Sursaut Francine Châteauvert. L’élu de cette année s’est toutefois empressé de rappeler que ce n’est pas l’attrait des trophées qui le motive.

« Je reçois ce prix avec beaucoup d’humilité. Pour moi, les prix, c’est une loterie, ça fait partie du jeu. Je veux simplement féliciter tous ceux, en nomination ou non, qui participent au grand concert de l’art en Estrie. Je suis très sensible à votre présence et à ce que vous apportez. Je souhaite juste vous en remercier », a-t-il d’abord modestement déclaré.

C’est son essai La pomme et l’étoile, déjà auréolé du prix Alphonse-Desjardins au dernier Salon du livre de l’Estrie, qui a valu à l’auteur cette nouvelle distinction. Étienne Beaulieu y raconte la relation entre Ozias Leduc et Paul-Émile Borduas lors de la réalisation des vitraux de l’archevêché de Sherbrooke, en 1922. Le second, âgé de 16 ans à l’époque, était l’élève du premier, et reniera cette œuvre de jeunesse... sauf dans les derniers instants de sa vie.

« Je suis extrêmement étonné que cette histoire ait pu toucher autant de gens. Le plus important, c’est que les vitraux, vous pouvez encore les voir », d’expliquer l’auteur, qui souhaite partager son prix avec « tous ceux qui vivent en Estrie et qui côtoient cette beauté au quotidien ».

Anne-Marie Jean, pdg du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), a annoncé que le prix serait rebaptisé Artiste de l’année à partir de l’an prochain.

« Ce qu’on fait est courageux »

Le prix Relève (500 $) a été remis au vidéaste et réalisateur Jean-Sébastien Dutil pour sa série documentaire Mon centro, sur le centre-ville de Sherbrooke. Celle-ci a été présentée il y a deux semaines à la Maison du cinéma de Sherbrooke et peut également être visionnée sur la chaîne de télévision à la carte Bell Fibe TV1.

Le lauréat a d’abord remercié Jean-François Vachon, scénariste, recherchiste et cocréateur de la série, ainsi que son mentor, le cinéaste Anh Minh Truong. « Je n’ai pas fait ça tout seul. Le but a toujours été de partager tout ça, notamment avec tous les travailleurs culturels, parce que ce qu’on fait est courageux. »

Le jury n’a pu qu’à nouveau décerner son prix Développement culturel (1000 $) au Théâtre des Petites Lanternes, lequel, depuis 2015, illumine et fait vibrer le centre-ville en octobre avec l’événement Rivières de lumières. La directrice générale et codirectrice artistique Kristelle Holliday était très émue au moment de venir chercher son prix, accompagnée de la directrice artistique Angèle Séguin. L’initiative a notamment été saluée pour ses partenariats, dont ceux avec la Maison des arts de la parole et Labokracboom. Les lauréates ont d’ailleurs longuement remercié leurs coéquipiers.

« Pour moi, ce prix est vraiment la reconnaissance de cette rencontre entre nos imaginaires artistiques et les imaginaires de la communauté avec laquelle nous travaillons », d’appuyer Angèle Séguin. Le TPL était reparti avec le même prix en 2016.

Les étoiles des enfants

Prix Relève en 2017, la fabricoleuse et multi-instrumentiste Ariane Deslions remporte cette fois le Prix Excellence culture Estrie. Outre l’obtention d’une bourse de 500 $, la gagnante fera l’objet d’une capsule de la Fabrique culturelle. Comble de malchance, l’artiste était absente comme il y a deux ans, prise par sa tournée de spectacles à l’extérieur de la région (en Saskatchewan cette fois-ci). Elle a toutefois fait lire un mot par une de ses collaboratrices, où elle remerciait tous ses partenaires.

« Sans oublier les enfants, qui m’offrent les étoiles dans leurs yeux et qui me rappellent l’importance et la pertinence de mon projet. Ce prix vient consolider ma décision d’avoir quitté mon emploi de travailleuse sociale en 2015 et me procure tous les encouragements nécessaires pour continuer ma route artistique. »