Richard Séguin et le sculpteur Roger Nadeau, quelques jours avant l’inauguration officielle du Sentier poétique de Saint-Venant, en août 1998. M. Nadeau s’est éteint en 2015, à l’âge de 90 ans.

Des mots qui ont sauvé un village

Alors que le village de Saint-Venant-de-Paquette s’apprête à vibrer au bruit des mots pour une nouvelle Grande Nuit de la poésie, le samedi 18 août, un anniversaire important sera souligné en même temps : celui des 20 ans du Sentier poétique, dont les premiers mètres ont été officiellement inaugurés en août 1998. C’est le moment pour Richard Séguin, principal maître d’œuvre du projet, de revenir sur les origines de ce sentier honorant l’œuvre d’une soixantaine de poètes québécois.

En 1995, le village et sa centaine d’habitants reçoivent une bien mauvaise nouvelle : le patelin fondé en 1862 obtient le statut indésirable de village dévitalisé, ce qui signifie, dans la majorité des cas, que le stade d’abandon approche à grands pas, en raison du manque de commerces et d’infrastructures municipales. 

« Quand on a eu cette appellation-là, on s’est dit qu’on allait réagir au lieu de rester impuissants », se rappelle Richard Séguin, évidemment très attaché à ce village vallonné où il habite depuis plus de 40 ans. « Le maire qui était en poste à l’époque, Roland Lavigne, était ouvert à toutes les suggestions, en plus d’être très coopératif. Notre première action a été d’adopter notre devise, Un village qui renonce à renoncer. » 

Après cette première action symbolique, la mission de sauver le village s’est continuée avec une action plus concrète, celle d’acheter l’église désaffectée pour lui donner une deuxième vie. 

« C’est un bâtiment incroyable! On a eu un soutien pour la rénovation, qui représentait un gigantesque projet. Il fallait renforcer les bases, réparer le toit et rendre l’église conforme aux normes pour en faire une salle de spectacles, explique-t-il. Ça a pris 10 ans et nécessité 700 000 $, dont le tiers a été payé par la municipalité en organisant différents évènements. »

L’Association voit le jour

Une fois cette étape charnière enclenchée, l’Association des amis du patrimoine de St-Venant-de-Paquette a vu le jour, en 1998. Subdivisée en quatre comités, l’Association était porteuse d’un grand projet à multiples facettes destiné à promouvoir ainsi qu’à organiser des activités artistiques et culturelles. 

« On a commencé à imaginer la création d’un sentier poétique. On voulait mettre en valeur les plus belles poésies du Québec, en plus de donner une extension à nos soirées de la poésie. Ça nous a donné un prétexte pour inviter plus de gens à nos rassemblements », poursuit M. Séguin.

Le Sentier poétique a fait son apparition, sur un grand terrain de 11 acres adjacent à l’église. « On s’est associés avec des étudiants, des horticulteurs, des agriculteurs et des professeurs afin d’aménager des sites distincts pour chaque poète et poétesse. La première création a rendu hommage à Alfred DesRochers, car on voulait privilégier les poètes de la région. On a voulu quelque chose dans le présent pour demain », résume-t-il quant aux débuts du projet citoyen, mené à bien par une multitude de gens investis, dont la directrice générale Sylvie Cholette et l’ancien maire Henri Parizeau.

Croissance soutenue

Depuis ce temps, le Sentier poétique n’a cessé de croitre et de rendre hommage à une plus grande variété de poètes. Plus de 60 poètes ont maintenant leur site bien à eux sur le parcours qui s’étire dorénavant sur trois kilomètres, toujours sous la supervision bénévole de M. Séguin.

« On est fatigué après toutes ces années, mais on est ravi de voir tout ce qu’on a réalisé et de l’expérience qu’on a acquise. Je m’occupe encore du sentier, mais c’est un travail très physique. Depuis 2016, je voulais passer le flambeau à quelqu’un de plus jeune. J’ai ciblé David Goudreault, qui a immédiatement pris les rênes de la Grande Nuit de la poésie avec brio et qui a décidé de faire une nuit complète », se souvient l’artiste à succès, fier du travail accompli par son protégé. 

Le Sentier poétique continue sa croissance et est visité par des centaines de personnes chaque année, dont des groupes scolaires de tous âges. Un audioguide a d’ailleurs été réalisé par Anne Dansereau, permettant aux visiteurs de vivre une expérience plus complète. 

« Il ne faut jamais arrêter de travailler à ce que ça reste vivant », mentionne M. Séguin. « Le Sentier poétique est devenu une véritable partie de l’identité du terroir. C’est une façon originale d’occuper le territoire, qui serait possiblement devenu un souvenir du passé sans ce beau projet. » 

« Je crois fermement que l’enracinement ne passe pas seulement par des valeurs économiques, mais aussi par des symboles. Si les gens repartent ne serait-ce qu’avec une seule phrase pour les inspirer, selon moi, le travail est fait », conclut le père du Sentier poétique, invitant amateurs et néophytes à la Grande Nuit de la Poésie de St-Venant ce samedi.