Après cinq mois passés à la galerie La Sacristie de Saint-Venant-de-Paquette, de mai à octobre, l’exposition de photos et de mots Les futurs disparus créée par Mélanie Noël et René Bolduc s’installe dans la salle principale du Musée des beaux-arts de Sherbrooke jusqu’au 31 mars.

Des Futurs disparus revenus au présent

Mélanie Noël et René Bolduc ont de quoi se réjouir. Oui, environ 6000 personnes ont déjà pu admirer Les futurs disparus durant les cinq mois passés à la galerie La Sacristie de Saint-Venant-de-Paquette, dont un bon millier lors de la seule Nuit de la poésie, en août. Mais maintenant que l’exposition s’installe pour sept semaines dans la grande salle du Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS), ils espèrent attirer un nouveau public pour venir découvrir leur mariage entre photographie et poésie.

« J’ai contacté en octobre Sarah Boucher, la conservatrice du MBAS. Il y avait quatre semaines à combler pendant l’hiver. Finalement, comme il n’y a pas de Soirée des beaux-arts cette année [l’encan-bénéfice du MBAS], l’exposition durera sept semaines », rapporte Mélanie Noël, qui n’aurait jamais rencontré René Bolduc si cela n’avait été de Richard Séguin, avec qui elle avait déjà collaboré pour l’écriture de chansons.

« C’est lui qui nous a demandé de travailler ensemble pour tenter de faire une exposition », poursuit René Bolduc, qui avait, par le passé, pris des portraits de Richard Séguin pour une pochette d’album.

Celui qui fait de la photographie depuis maintenant 35 ans (il a commencé à l’âge de 14 ans et il a encore sa première planche-contact, issue d’un petit Kodak Brownie) a suivi un parcours artistique particulier. Sa pratique l’a dirigé à la fois vers des prises de vue de plus en plus grandes et vers des appareils de plus en plus anciens.

« Du 35 mm, je suis passé au deux pouces et quart, puis aux quatre par cinq pouces, pour finir aujourd’hui aux huit par dix pouces, que j’adore, parce qu’il n’y a pas d’agrandissement à faire. Parallèlement, j’ai commencé à utiliser des appareils de plus en plus vieux, à collectionner des lentilles bizarres... »

Jusqu’à ce qu’il en arrive au collodion humide, une technique qui a vu le jour en 1851. « La seule chose, c’est que l’image est renversée », dit-il en montrant un cliché où, si on fait attention, on aperçoit une enseigne écrite à l’envers.

Futurs devenus présents

Pour sa part comptable agréée de formation et journaliste à La Tribune depuis plus de quinze ans, Mélanie Noël laisse de plus en plus libre cours à sa plume poétique, ayant notamment signé des textes de chansons pour Fred Pellerin, David Goudreault et Edgar Bori.

« Quand René m’a montré ses photos noir et blanc prises sur le territoire au cours des trois dernières décennies, il me disait des choses comme : cet homme est malheureusement décédé d’une crise cardiaque à 50 ans, cette maison a été transformée depuis, ce paysage n’a plus l’air de ça maintenant... C’est comme ça que le déclic sur le thème de la disparition s’est fait dans mon esprit, au sens où nous sommes tous de futurs disparus, mais aussi que nous avons tous rêvés de futurs qui sont disparus... parce qu’ils sont devenus un présent, heureux ou non! » raconte Mélanie Noël, qui, après quatre à cinq mois de rencontres, a finalement montré ses écrits au photographe.

Sa réaction? « My God! C’est malade! » rapporte celle qui a privilégié les courtes phrases faciles à lire, pour que le visiteur puisse se laisser imprégner et où résonnent la nostalgie de l’enfance, la mort et les rêves perdus.

Pour la même raison, outre le fait que toutes les photos ont été prises dans la région, les lieux et personnages captés par René Bolduc ne sont pas identifiés. « Cette imprécision volontaire, c’est pour que chacun puisse faire un lien avec sa propre vie. » 

Moules à gants

Étant donné l’espace plus vaste offert au MBAS, les deux artistes ont pu ajouter quelques éléments supplémentaires aux quelque 35 photos. À commencer par l’installation qui accueille les spectateurs : un immense panneau gris sur lequel a été accroché, agrandi, un des clichés de René Bolduc, celui-là même qui fait une des deux couvertures du livre de l’exposition. On semble y voir des mains surgir de l’eau ou de la glace. Il s’agit en fait de moules ayant servi dans une ancienne usine de gants, que René Bolduc a récupérés auprès d’un ami.

On peut lire au-dessus et en dessous du cliché : « Juste au-dessus de nos têtes / Les futurs disparus / Comme un avis de recherche / Lancé par le néant / Les futurs disparus / Comme ton avenir aussi d’enfant / Déchu », signe Mélanie Noël.

Devant, sur un autre panneau de bois de la même couleur trônent les fameux moules de gants, accompagnés des mots : « Une armée d’ancêtres lève la main / L’histoire prend les présences. »

L’exposition se complète de plaques photographiques originales ainsi que de l’appareil qu’utilise René Bolduc et qu’il a en grande partie fabriqué lui-même. 

Prochaine étape? Que l’exposition devienne itinérante. C’est du moins ce qu’espèrent les deux artistes, qui sont en pourparlers pour concrétiser ce nouveau rêve.

Vous voulez y aller ?

Vernissage de l’exposition Les futurs disparus

Vendredi 8 février, 18 h

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Entrée : 10 $ (aînés : 8 $ ; étudiants : 7 $)