Voici des suggestions de lecture préparées par les journalistes des arts de vos quotidiens coopératifs. 
Voici des suggestions de lecture préparées par les journalistes des arts de vos quotidiens coopératifs. 

Des classiques à lire et à relire

Il y a la lecture de ces livres qu’on repousse sans cesse, mais aussi les «j’aurais donc dû». C’est peut-être un bon moment pour se (re)plonger dans ces classiques. Voici des suggestions préparées par les journalistes des arts de vos quotidiens coopératifs.

› Dans les forêts de Sibérie (2010)

Sylvain Tesson

<em>Dans les forêts de Sibérie</em>, par Sylvain Tesson

Carnet de voyage «statique», Dans les forêts de Sibérie est le récit autobiographique de l’isolement que s’est imposé, à l’hiver 2010, l’écrivain russophile Sylvain Tesson, parti vivre pendant six mois dans une minuscule cabane en bois érigée sur une berge du lac Baïkal.

Un confinement volontaire avant l’heure. La poudreuse de la forêt sibérienne en plus.

Au fond de la taïga, le vide semble immense; l’immobilité, presque absolue. Mais autour de Tesson, le monde bruisse dans un silence assourdissant. Dans son cerveau, les souvenirs émergent et s’entrechoquent. Et les certitudes s’évaporent à l’air libre.

Tesson ne s’est encombré de rien d’autre que de la bouffe, de l’équipement de base et d’une grosse caisse de bouquins qui ponctueront ses journées et alimenteront ses pensées littéraires. Le récit de cet ermitage sera aussi celui de la lente métamorphose de son auteur.

Le livre remportera le prix Médicis et sera rapidement adapté au cinéma et en BD; bref, c’est déjà un peu un classique moderne.

Pourquoi cet exil aux confins du monde «social»? Un peu pour explorer «l’acceptation» stoïcienne. Un peu pour marcher sur les traces de Thoreau et partir vivre une aventure à la fois naturaliste et intérieure, en s’extirpant du rôle de «chasseur-cueilleur» de supermarchés poussant son chariot dans les allées d’«un monde dénaturé». Pour lutter contre l’indifférence, sans doute. Pour réapprendre à «être heureux», certainement. Et pour «régler un vieux contentieux avec le temps», confiera l’écrivain reclus au détour de ses «méditations gelées». Un texte magnifique, lettré, humaniste même quand Tesson reste collé sur son nombril, succession d’entrées courtes, songeuses ou fulgurantes, qui donnent envie d’affronter toutes les solitudes que pourraient nous imposer l’hiver... ou les virus. Yves Bergeras (Le Droit)

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› Le vieil homme et la mer (1951)

Ernest Hemingway

<em>Le vieil homme et la mer</em>, par Ernest Hemingway

Ernest Hemingway adorait les combats de boxe. Dans Le vieil homme et la mer, il a construit à ses personnages un ring gigantesque, à l’échelle de l’océan : c’est en haute mer, au large de Cuba, que vont s’affronter, dans un duel très singulier, un vieux pêcheur très pauvre, Santiago, et un énorme espadon.

N’ayant pas été fichu de ramener le moindre poisson depuis 84 jours, Santiago est sur le bord de perdre son seul ami, le gamin qui l’accompagne à la pêche, dont les parents ne veulent plus qu’il fréquente pareil minable.

Santiago partira donc seul en mer, dans sa vieille embarcation pourrie. Et pas question de revenir les mains vides, cette fois.

L’enjeu : prouver que cette série noire était attribuable à une simple déveine, et non à une quelconque incompétence ou impotence liée à l’âge. Une affaire d’honneur... qui deviendra une question d’orgueil, à mesure que se prolongera ce titanesque «combat» entre le vieux Cubain et le gigantesque poisson pris à sa ligne. La lutte durera des jours et des nuits et prendra des proportions épiques, car le monstre marin refuse lui aussi de céder, restant bien à l’abri des profondeurs...

Quête de rédemption et «conte allégorique» d’une incroyable intensité, ce récit de pêche à la fois minimaliste et plus grand que nature devient le théâtre d’un face-à-face entre l’homme et les forces de la nature... thème dans lequel Hemingway excelle. Yves Bergeras (Le Droit)

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› Cent ans de solitude (1967)

Gabriel García Márquez

<em>Cent ans de solitude</em>, par Gabriel García Márquez

Considéré comme l’un des grands chefs-d’œuvre littéraires du siècle dernier, Cent ans de solitude est une brique harpon qui plante ses racines dans le lointain paysage de Macondo, un coin imaginaire et reculé d’Amérique du Sud.

Fresque humaine, saga familiale, épopée d’exception : les qualificatifs ne manquent pas pour circonscrire le roman de Gabriel García Márquez. Dans tous les cas, tous s’entendent, ce roman-là figure dans les œuvres d’exception.

La famille Buendia, que l’auteur colombien a imaginée au milieu des années 1960, compose une tapisserie de personnages colorés qu’on suit sur plusieurs générations. Soyons francs : on a du mal à tout démêler au départ. Il faut se donner du temps pour vraiment plonger dans le cœur de cette dynastie, tout autant qu’il faut se donner de l’élan pour persévérer au-delà des premiers chapitres qui peuvent freiner l’enthousiasme tant on peine à suivre la toile généalogique.

Mais une fois qu’on est avalé par l’histoire, on ne veut plus lâcher les pages. L’as du réalisme magique (et, accessoirement, Nobel de littérature) propose un récit où la démesure habite le réel et propulse l’imaginaire. À travers le regard et la plume fabuleusement imagée de l’écrivain, les travers humains, autant que ses pans lumineux, sont mis en exergue. Les grands drames se marient à l’humour fin. On est happé. Enchanté. Transporté. On se retrouve dans un monde parallèle où existent des révolutions, des conflits, des petites trahisons, des amours, de la magie, de l’insensé, du rêve, de l’humanité, des chimères. Parce qu’il y a tout ça dans l’œuvre unique du regretté García Márquez. Tout ça, et un petit supplément d’âme. Karine Tremblay (La Tribune)

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› La route (2006)

Cormac McCarthy

<em>La route</em>, par Cormac McCarthy

Récompensé du prix Pulitzer de la fiction, le roman post-apocalyptique de Cormac McCarthy, aussi noir peut-il apparaître en cette époque de pandémie et de confinement sanitaire, n’en demeure pas moins une émouvante leçon de survie.

Ce récit métaphorique à deux protagonistes — un père et son jeune fils — se déroule dans un univers de désolation ressemblant à un hiver nucléaire. On ne sait rien de l’homme et du jeune garçon, pas plus que de la nature de la catastrophe qui a frappé la planète. Avec son enfant à ses côtés, le père pousse un chariot d’épicerie renfermant quelques rares effets personnels. Leur éprouvante marche vers le sud, où ils souhaitent trouver de quoi manger et se mettre à l’abri, sera ponctuée de nombreux périls, dont la rencontre avec des hordes de survivants qui tenteront de s’en prendre à eux. Par chance, au bout de la route, une providentielle lueur d’espoir se pointe, grand bien nous fasse.

Cette quête d’un paradis perdu peut se lire comme une réflexion sur la condition humaine confrontée à la solitude, la violence, la barbarie. Comment faire pour rester fidèle à ses valeurs dans un monde en perdition? Jusqu’où notre dignité peut-elle résister à l’âge des ténèbres? Comment rester un humain face à l’innommable? McCarthy laisse au lecteur le soin de se faire sa propre idée, selon sa capacité à se projeter dans un univers aussi sombre. Rappelons que le livre a fait l’objet d’une adaptation en 2009, par John Hillcoat, avec Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee dans les rôles principaux. Normand Provencher (Le Soleil)