Kyra Shaughnessy a travaillé avec tout un groupe d’artistes, en duos et même en trios, pour produire sept nouvelles chansons, offertes en ligne seulement sous le titre<em> La rencontre</em>, simplement pour promouvoir des liens entre différentes cultures.          

Des chansons pour jeter des ponts

Auteure-compositrice-interprète originaire d’Audet (près de Lac-Mégantic) qui tend à s’exporter de plus en plus, Kyra Shaughnessy a le don de surprendre avec des projets spéciaux. De fait, son art n’est pas toujours facile à cataloguer, mais cette réalité ne l’affecte que très peu, car elle n’apprécie guère les catégories.

Sa dernière création, qu’elle a intitulée La rencontre, consiste en sept chansons cocréées avec d’autres artistes, ne visant qu’un unique objectif : jeter des ponts privilégiés entre différentes cultures. Ces tout nouveaux duos et même trios, chacun en quelques langues juxtaposées, sont offerts en diffusion continue ou en téléchargement, à partir de son site Web ou de sa page Bandcamp.

« C’était important pour moi de marier les cultures d’ici et d’ailleurs, pour faciliter les conversations et les collaborations, et même pour nous aider à nous connaître nous-mêmes. Car les gens qui ne viennent pas des communautés autochtones, ce n’est vraiment pas facile de se comprendre, de les connaître et de faire des efforts vers la guérison, la compréhension et la réconciliation » , explique Kyra Shaughnessy.

« En tant que femme d’héritage mixte non autochtone et de minorité visible, j’ai été à même de constater les effets néfastes que peuvent produire les préjugés culturels et de voir la façon dont ils peuvent limiter les possibilités économiques et sociales des individus. C’était essentiel pour moi de créer un espace de collaboration et de communication pour briser ces fausses divisions et lutter contre les stéréotypes. »

Valoriser la diversité

La rencontre offre beaucoup sur le plan culturel. Kyra est restée fidèle à son style musical folk, avec des chansons douces et apaisantes, très proches de la nature, empreintes de sagesse et d’intériorité. Des ballades qui, souhaite-t-elle, incitent à l’équilibre.

Kyra est née à Montréal d’une mère originaire de l’Inde et d’un père d’Angleterre. Mais à trois ans, elle déménageait à Audet, sur la ferme familiale, où elle a vécu toute son enfance. Elle est ensuite demeurée dans les Cantons-de-l’Est pendant 30 ans. Elle qualifie le milieu où elle est née d’« influencé par une diversité très présente ».

« Mes chansons, qui sont interprétées en abénaquis, wendat, atikamekw et micmac, mais aussi en français, anglais, breton, irlandais et gaélique écossais, valorisent la diversité », poursuit-elle. 

Par exemple, Anakwika est chantée en anglais, français et abénaquis, avec Élise Boucher-DeGonzague; In Our Shadows, avec Stephen Augustine d’Unamak’i, en micmac et en anglais; Ahskennon’nia, avec Andrée Levesque-Sioui, en wendat, français et anglais; et Nehirowisiw, en atikamekw et en français, avec Pascal et Sakay Ottawa.

Pour les trois autres chansons, elle propose d’abord une rencontre posthume avec son mentor et ami Maurice « Bear » Leger, par la chanson Le marquis, en anglais et breton, puis un hommage à ses racines, en chantant une berceuse traditionnelle écossaise réarrangée, Gille Beag O, qui signifie « petit garçon », avec la harpiste Marie Hamilton. Une ballade irlandaise, An draighneàn donn, qu’elle interprète avec Nicholas Williams (membre de la formation trad estrienne Genticorum) à la flûte et à l’harmonium complète la série.

Ours nomade

« Bear avait adopté une vie traditionnelle dans une caravane tirée par un cheval, comme celles des gitans durant les années 1700. Il était unique, inspirant, vivait près de la terre, de la nature. C’était un nomade qui chantait des chansons traditionnelles. Il m’a légué une foule d’apprentissages, car j’aime beaucoup les chansons traditionnelles », raconte Kyra.

« Quant à la chanson Petit garçon, elle inspire la détente, la sérénité qui évoque pour moi l’ouverture nécessaire à la rencontre des autres cultures. »

Kyra Shaugnessy a étudié l’irlandais pendant un an à l’Université Concordia, une langue qu’elle parle un peu. Elle se familiarise aussi avec l’écossais. Les deux appartiennent à la famille gaélique.

« J’ai une certaine facilité pour les langues, que j’associe à mon oreille musicale », croit-elle. Elle souhaite aussi s’inscrire à un cours d’abénaquis à l’Université de Sherbrooke, dans un avenir rapproché.

Le public est invité à effectuer un don en contrepartie de l’édition numérique de La rencontre. Les profits iront tous au mouvement Idle No More (jamais plus l’inaction) qui défend les droits des Premières Nations au Canada. Le projet de Kyra a bénéficié de l’aide financière du Conseil des arts du Canada.

Parmi ses projets, Kyra sera en spectacle de musique irlandaise à Richmond le 16 mars (c’est déjà complet) et elle travaille sur une musique de théâtre qu’elle jouera en direct sur scène au théâtre La Licorne pour la pièce La cendre de ses os, montée par la Compagnie franco-autochtone Ondinnok. Les représentations auront lieu pendant trois semaines en avril et mai prochain.

Même si <em>La rencontre</em>, le nouveau microalbum de sept chansons de Kyra Shaughnessy, est offert en ligne seulement, la chanteuse a tenu à ce qu’il ait une couverture, soit une œuvre de Carolina Echeverria, Hope /A Study of Migrations by Norval Morrisseau .