La Sherbrookoise Josée Delorme est atteinte de paralysie cérébrale, et communique à l’aide de son regard et d’un tableau installé devant elle. La réalisatrice Nadia Fortin, aussi de Sherbrooke, a réalisé un court-métrage documentaire sur sa réalité, Rouge D 4 : Femme.

Décoder Josée Delorme

C’est un préposé aux bénéficiaires, Mathieu Hamel, qui a eu l’idée de présenter Josée Delorme à la réalisatrice Nadia Fortin. Atteinte de paralysie cérébrale, la première ne peut pas parler et maîtrise mal les mouvements de son corps; la deuxième a donc décidé de l’aider, armée de sa caméra, à faire passer son message.

Josée Delorme communique en pointant avec ses yeux sur un tableau une couleur, suivie d’une lettre, puis d’un chiffre. La combinaison des trois éléments donne un mot. Par exemple, la combinaison « rouge-D-4 » donne le mot « femme », d’où le titre du court-métrage documentaire réalisé par Mme Fortin, Rouge D 4 : Femme.

Dans cette production sherbrookoise d’environ 10 minutes, on assiste à des scènes où Mme Delorme s’exprime sur ce qu’elle ressent à l’aide de son tableau (Mathieu Hamel fait la traduction). Il y est question de désirs – de pouvoir danser, d’avoir une vie intime – et de perceptions des autres, qui lui parlent souvent comme elle n’était pas intelligente, souligne-t-elle.

« Je voulais aller rencontrer la femme qu’est Josée, derrière son handicap », résume Mme Fortin.

Le court-métrage comprend également des scènes... de danse!

Dans celles-ci, la danseuse et chorégraphe Nancy Letendre est habillée comme Josée Delorme, et elles sont face à face de chaque côté d’un cadre en bois, reproduisant l’effet d’un miroir. « Je voulais mélanger la réalité de quelqu’un de plus statique à celle d’une personne très en mouvement, à travers un miroir, parce que ça lui permettait d’avoir accès à un corps pour exprimer ses émotions », explique Mme Fortin.

« La démarche artistique était de mélanger les incontrôlables mouvements d’une ossature tendue à la fluidité de la danse et de l’expression corporelle. L’idée n’est pas d’entrechoquer les différences, mais de les amener à la rencontre l’une de l’autre, de laisser naître la femme enfouie et de lui donner entièrement place », poursuit Mme Fortin.

La filleule de Mme Delorme – Blanche, 13 ans – danse d’ailleurs avec sa marraine, par l’intermédiaire de la chorégraphe, dans la scène finale du film.

Dans certaines scènes, la danseuse et chorégraphe Nancy Letendre et la Sherbrookoise Josée Delorme sont face à face de chaque côté d’un cadre en bois, reproduisant l’effet d’un miroir. La première prête son corps à la deuxième pour lui permettre d’exprimer ses émotions.

Tournée des festivals?

Josée Delorme était présente au lancement du documentaire qui se tenait au Parvis dimanche. Comment se sentait-elle avant le visionnement? lui a-t-on demandé.

Elle a répondu avec quatre mots, pointés du regard : « heureux », « excité », « matin » et « lit ».

« Depuis que tu t’es réveillée ce matin dans ton lit, tu es tout excitée? » traduit sa sœur. Josée pousse une petite exclamation : elle a bien compris.

Le grand public ne peut toutefois pas voir le documentaire dès maintenant, puisque Nadia Fortin l’a envoyé à plusieurs festivals, espérant que cette production sherbrookoise se glisse dans leur programmation. « On se croise les doigts! » lance-t-elle.

Mme Fortin est réalisatrice et comédienne, et elle scénarise, monte et produit ses films. Son court-métrage Interférences a remporté le grand prix du jury du concours Dis-moi dix-mots 2013 remis par le consulat général de France à Québec. Trois de ses courts-métrages ont figuré parmi les finalistes au Prix Cercle d’or meilleur court-métrage de l’Estrie au Festival cinéma du monde de Sherbrooke pendant deux années consécutives.

Elle organise aussi le Ciné-Parc Court du FCMS 2018.