De Willie à Dolly : une première très réussie!

Deux pianos, plusieurs guitares, deux escaliers à chaque extrémité, une petite estrade qui surplombe la scène.
Ce serait banal si le tout n'était pas d'un brun monochrome saisissant. Ça sent Nashville, le vent de la plaine, l'Ouest d'une autre époque. Un peu plus, on se croirait dans le saloon de Lucky Luke. L'alcool et les danseuses de french cancan en moins, la classe en plus. Et pas de Dalton, évidemment. Mais six chanteurs et autant de musiciens qui débarquent bientôt sur scène et qui savent y faire avec la musique country, ça, il n'y a pas de doute. La première du spectacle Cow Boy, de Willie à Dolly, vendredi soir, a ravi les spectateurs venus nombreux pour ce lancement de saison Dès la troisième chanson d'un segment consacré au vieux country (Lefty Frizzel, Patsy Cline, Hank Williams), ça tapait des mains et des pieds dans les gradins presque pleins de la Place Nikitotek. Il n'a pas fallu attendre longtemps pour qu'un «hiha!» de circonstance retentisse dans l'auditoire.
L'interprétation est juste et la production est plus que rodée. Les voix des uns et des autres se prêtent bien au genre musical. Tant les trois soeurs Riverin (Karine, Marie-Ève et Caroline) que les interprètes masculins (Marc-André Fortin, Dominique Godin et Yanick Lanthier) arrivent à moduler leur timbre vocal pour rendre justice au répertoire visité. Et quel répertoire! Le cowboy a le dos aussi large que son chapeau et c'est heureux : en allant piger dans les chansons issues du vieux folk américain (bonjour Neil Young, CCR et Johnny Cash!) autant que dans celles popularisées par les Willie Lamothe, Paul Brunelle, Marcel Martel et Marie King, la production touche à toutes les époques et rejoint tous les âges. On s'étonne un peu de voir que tant de chansons country font partie de l'oreille collective. Et on sourit d'entendre dans le lot cette ritournelle si souvent fredonnée dès le berceau à ma marmaille endormie, classique des classiques You Are My Sunshine.
Pour apprécier complètement, il faut évidemment aimer le genre, mais aussi la formule : de medley en medley, on ne s'éternise pas sur les chansons. Pour ratisser aussi large, il faut nécessairement passer vite d'un air à un autre. Cow Boy est donc un feu roulant et ininterrompu de chansons qui s'imbriquent les unes dans les autres. Ça laisse peu de répit au public... et aux interprètes, qui doivent aussi pédaler en coulisses tant les changements de costumes vont bon train.
Au surplus, il y a des projections qui habillent les écrans géants de part et d'autre de la scène. Pas toujours avec bonheur : à cause des vibrations qu'entraînent les tapements de pieds, l'image bouge sans cesse. Dérangeant. Et il faut être franche : des portes de grange sur grand écran n'ajoutent rien au spectacle. Les affiches de vieux classiques cinématographiques, par contre, oui. Mais elles défilaient un peu trop vite pour produire leur effet. Paraît-il, les projections de la deuxième partie, revampées, étaient beaucoup plus recherchées. Ce qu'on n'a pas pu voir, heure de tombée oblige. Paraît-il encore, il y avait moins de jeans et plus de paillettes après l'entracte, le tour de chant étant plus pop et ancré dans le country contemporain. On pourra se reprendre : la production s'installe pour tout l'été au centre-ville de Sherbrooke.
Cow Boy, De Willie à Dolly
Place Nikitotek
Du mercredi au samedi jusqu'au 23 août
20h30