Après cinq années mouvementées sur le plan personnel, David Marin lançait un troisième album vendredi.

David Marin : tremblements intimes

David Marin s’inspire généralement de ce qu’il voit autour de lui pour créer ses chansons. Avec tout ce qui ne tourne pas rond sur la planète, à l’autre bout ou juste à côté, la matière ne manque jamais. Sauf que, cette fois-ci, le tremblement de terre ne s’est pas produit aux nouvelles, mais dans sa propre vie : une séparation soudaine après une relation de 15 ans, avec enfants et tout le reste.

Hélas Vegas, troisième album du Drummondvillois d’origine, se révèle donc plus intime que prévu. Mais parce que l’histoire finit bien (il a depuis retrouvé l’amour), l’œuvre n’est ni déprimée ni déprimante. C’est même un mélange assez équilibré de mélancolie et de jovialité, l’auteur-compositeur optant pour des rythmes parfois très gais et des blues coquins pour exprimer des réalités moins roses.

« Même si j’avais voulu écrire un disque de révolution sociale très à gauche, je n’aurais pas eu l’esprit à ça. Ça a plutôt donné des chansons sur la façon d’affronter un grand bouleversement, sur l’amour, sur l’engagement. C’est aussi un album d’évolution, parce que tu t’aperçois que la culpabilité de départ a fait place à quelque chose de beau. Et puis, quand tu commences à travailler sur les textes accumulés, tu es déjà rendu plus loin, tu as pris une distance qui te permet d’alléger les trucs plus lourds. J’ai terminé l’enregistrement des chansons carrément dans le party! »

Le titre de la rondelle annonce d’ailleurs qu’on retrouvera le David Marin qui adore faire des jeux de mots et s’amuser avec les doubles sens. La première plage, À dos d’âne, finira en Ado down. Dans Malsaine, son grand-père lui dit : « Garde-toi de la place pour le désert. »

Sahara du bon sens

Découvert lors de sa victoire à Ma première Place des Arts en 2004 puis comme finaliste aux Francouvertes en 2006, David Marin a quand même bien traversé l’inévitable cafard de la rupture. Et quelle meilleure façon d’affronter le vide que de se rendre dans un endroit où il n’y a rien : le Sahara!

« C’était la première fois que je partais vraiment tout seul. J’étais dans une période où j’avais besoin de faire ce qui me tente et de créer les occasions. Après la tournée du deuxième album [Le choix de l’embarras, 2013] et ses 80 dates, j’avais le sentiment que je pouvais me permettre ça. Je sentais surtout que j’avais besoin de grands espaces. Je n’avais pas envie d’aller m’asseoir dans un café pour écrire. La nature m’a fait réaliser à quel point je suis bien avec ma solitude dans ces endroits-là. »

« En même temps, poursuit-il, je suis quelqu’un d’un peu cinématographique : j’aime faire de ma vie une aventure. Cet album-là, ce n’est pas une thérapie : je me suis simplement laissé embarquer dans cette espèce de moi qui se cherche, mais qui, en même temps, essaie de rendre ça un peu fantastique dans sa tête. »

Instantané de groupe

À la différence de ses deux premiers opus, David Marin a davantage construit Hélas Vegas autour du piano plutôt que la guitare. Un peu par la force des choses.

« J’ai toujours écrit sur les deux instruments, mais j’avais un guitariste avec moi dans ma précédente tournée. Je me suis donc retrouvé surtout pianiste pendant les spectacles. Et comme j’ai gardé la même équipe pour réaliser l’album (qui sonne beaucoup comme nos derniers shows), le piano en est resté la locomotive », explique celui qui en joue depuis l’âge de 6 ans. « Je m’y sens beaucoup moins limité, je n’ai pas besoin de réfléchir. »

Coréalisé par Pierre Fortin et Pierre Girard (« meilleur mixeur au Québec et grosse pointure en prise de son » selon David), Hélas Vegas a donc été enregistré en direct, avec les musiciens qui jouaient tous simultanément. « On voulait profiter de la chimie et du groove déjà installés entre nous. On faisait trois ou quatre prises et on gardait la meilleure. On ne cherchait pas la perfection, mais une sorte d’instantané du band. »

De nombreux collaborateurs invités se sont aussi greffés, tel le trompettiste sherbrookois Jérôme Dupuis-Cloutier, la chanteuse Karine Pion et le claviériste François Lafontaine. « Des interprètes que j’admire, dont plusieurs avec qui j’avais déjà joué », commente le musicien, très conscient de sa chance.

« Je m’aperçois que le bouleversement du départ m’a mené à des années où je réalise des rêves, où je tripe à prendre des libertés. C’est probablement la meilleure façon de dire à mes enfants qu’il faut être heureux dans la vie. »