La nouvelle création de RUBBERBANDance Group réunit 10 danseurs sur scène et aborde notamment le thème du changement.

Danser à échelle humaine

Au moment de l’entretien téléphonique, lundi, Victor Quijada sort tout juste d’une répétition. Son enthousiasme est franc : l’idée d’aller présenter Vraiment doucement au public de la province l’enchante.

« Après les premières représentations montréalaises, en décembre dernier, on a eu une petite pause. J’en ai profité pour aller en Allemagne, où j’ai planché sur un projet à titre de chorégraphe invité. Puis je suis parti un mois enseigner à l’Université de Californie du Sud », explique le fondateur et directeur artistique de la compagnie RUBBERBANDance Group.  

De retour au pays, il redécouvre avec bonheur l’œuvre et sa portée.

« On a repris les enchaînements il y a un peu plus d’une semaine. Je me replonge dans l’univers du spectacle et je suis bouleversé de voir où on a réussi à aller. J’avais envie d’ouvrir la porte à un travail plus collaboratif. Les danseurs ont embarqué. J’ai pointé une direction. Tous ensemble, on s’est rendus là où je n’aurais pas pu l’imaginer. On image beaucoup la vulnérabilité dans cette pièce », exprime le chorégraphe établi à Montréal. 

Cette nouvelle création aborde notamment le thème du changement. Notre résistance à celui-ci tout autant que le besoin qu’on a de se renouveler en quittant nos repères, nos pantoufles. 

« Ça me rejoignait personnellement. Je sentais le danger de m’enfermer dans quelque chose de connu. C’est confortable, rester dans une boîte où les limites nous sont familières. On s’y sent en sécurité, mais on étouffe aussi un peu, en même temps. Comme créateur, lorsqu’on se restreint à ce qu’on connaît, on n’avance plus. Cette dualité-là est assez universelle, je pense. On a envie de se renouveler, mais on craint aussi de perdre gros en chemin. »

Pour illustrer le paradoxe de ces émotions mixtes, douceur et mouvements brusques se répondent dans la chorégraphie portée par 10 interprètes. Deux musiciens accompagnent également les danseurs sur scène. L’œuvre qui en résulte niche dans un créneau à part. Ceci parce que le parcours atypique de Victor Quijada l’a amené à développer une signature unique qui marie le hip-hop de la rue à la danse contemporaine et au ballet classique. Reconnue dans le milieu, la méthode RUBBERBAND est d’ailleurs maintenant enseignée.  

« Ce n’est pas du ballet ni du breakdance, ce n’est pas de l’acrobatie non plus, mais il y a tout ça dans ce que je fais. Lorsque j’ai commencé à amalgamer les styles, il y a 17 ans, ce n’était pas à la mode. Des émissions comme Révolution n’existaient pas encore. Mais ça change, je pense qu’une nouvelle génération de créateurs trouve son compte dans cette façon de mélanger différentes disciplines. Pour moi, c’était naturel de combiner ainsi toutes mes expériences. » 

Le chorégraphe et directeur artistique de la compagnie RUBBERBANDance Group, Victor Quijada.

Créer sans frontières

Cette manière de créer sans frontières traduit une certaine ouverture à l’autre. Une ouverture qu’on souhaiterait parfois voir davantage dans la société.

« Moi, je suis né à Los Angeles de parents mexicains. J’avais déjà cette double identité. C’était important de garder ma culture d’origine, mais c’était tout aussi important d’adopter la culture américaine. Les deux faisaient partie de moi. Après ça, j’ai grandi en dansant le hip-hop avant de toucher à la danse contemporaine à New York, puis au ballet classique à Montréal. Tout ça a forgé la personne que je suis. L’art et la danse m’ont amené à être ouvert. Cela dit, je comprends qu’il y a des gens qui sont à l’opposé, qui se sentent menacés par la différence, qui en ont peur. Mais j’ai l’impression que la société se dirige davantage vers l’acceptation de l’autre. En dépit de ce qui se passe aux États-Unis », dit celui qui a reçu le Prix pour la diversité culturelle en danse remis par le Conseil des arts de Montréal, en 2017.

On s’entend sur le fait que Trump ne prêche pas tout à fait par l’exemple. Cela n’entame pas l’optimisme de Quijada. 

« Parce qu’il ne sera pas toujours là. La lumière va revenir à un moment donné. Il faut parfois basculer d’un extrême à l’autre pour trouver l’équilibre. Je crois qu’on va y arriver », dit celui qui est a découvert le Québec un peu par hasard.  

« J’avais une belle carrière à New York, mais pour embrasser la danse classique, j’ai auditionné pour Les Grands Ballets canadiens de Montréal. »

Contrat en poche, il est débarqué à Montréal un premier juillet, en pleine fiesta du déménagement. 

« Je suis tombé en amour avec la ville dès cet instant. Après deux ans de ballet, j’avais atteint mes objectifs. Je sentais que c’était le temps de développer ma propre voix chorégraphique. J’ai trouvé à Montréal un milieu ouvert où je pouvais le faire », explique Victor.

Il y a de la rigueur dans son approche, du rythme, de la douceur, de la technique et un côté parfois théâtral. 

« Mais il y a surtout de l’humanité, je dirais. Au fond, tout ce mouvement sert à ça : approcher quelque chose de plus profond.

Vous voulez y aller?

Vraiment doucement 
RUBBERBANDance Group
Mardi, 19 mars, 20 h
Centre culturel de l’Université de Sherbrooke
Entrée : 44 $ (étudiant : 34 $)