Plus de 1000 personnes ont assisté hier soir au spectacle Danse Lhasa Danse, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke. La compagnie PPS Danse du chorégraphe Pierre-Paul Savoie a repris ce spectacle, créé initialement en 2011, pour marquer les dix années écoulées depuis le décès de la chanteuse, le 1er janvier 2010.

Danse Lhasa Danse : Du même feu

CRITIQUE / Lhasa de Sela, c’est un petit peu Jésus-Christ. Évidemment pas au sens divin. La similarité se situe plutôt dans le rassemblement et la communion qu’elle a suscités et suscite encore. La chanteuse a été une personne si lumineuse que, même dix ans après son départ, ses « disciples » continuent de se rassembler pour célébrer sa musique et sa vie. Et ils rayonnent tellement que d’autres, qui n’ont pas connu Lhasa, ont joint les rangs.

Et c’est de cette façon que se vit Danse Lhasa Danse, le spectacle monté par la compagnie PPS Danse pour rappeler Lhasa à notre souvenir : dans une célébration de la vie, en mélangeant chant, musique et danse, en créant, en s’amusant, en mordant dans le présent, en dégustant le simple plaisir d’être ensemble.

Pas que le spectacle fut relâché, loin de là. Tant danseurs que chanteurs et musiciens ont été impeccables. Mais, sur le plan chorégraphique, on était davantage dans la poésie que dans la performance. Il faut dire aussi que, lorsque la moitié de la scène est occupée par l’orchestre, la grandiloquence des mouvements n’est pas de mise.

Le résultat est que Danse Lhasa Danse se révèle comme une suite de petits moments magiques, d’images qui restent gravées au détour d’une chanson ou d’un tableau. Avec ce feu d’interprétation, si caractéristique de la disparue, qui ne cesse de croître et de se répandre tout au long des 105 minutes du spectacle.

JEU ET PLAISIR

À commencer par ce flamenco sans musique en ouverture, signé et interprété par Myriam Allard. La danseuse reviendra à plus d’une reprise livrer des morceaux de l’incandescente danse hispanique, un des beaux moments étant lorsqu’elle enveloppera Bïa avec la longue traîne de sa robe, à la fin de Pa ‘llegar a tu lado

Mais c’est vraiment pendant What Kind of Heart par Geneviève Toupin que le spectacle prend son envol, le duo de la fin offrant la dose de « torridité » attendue du répertoire de Lhasa, grâce à la sensuelle gestuelle imaginée par Pierre Lecours et reproduite par Roxane Duchesne-Roy et Alexandre Desilets — eh oui! le chanteur danse à ses heures, il avait d’ailleurs été du spectacle Duels de Cas public en 2012.

D’ailleurs, toujours dans cet esprit de jeu et de plaisir, chanteurs et danseurs s’échangeront plusieurs fois leurs rôles, tel Sébastien Cossette-Masse tenant le micro pour Bïa dans leur langoureux corps à corps, chantant avec elle la note finale. Au mitan du spectacle, tout ce beau monde s’est mélangé pour chanter et danser Small Song.

Agréable aussi de comparer les différentes griffes de chorégraphes, par exemple les figures d’inspiration indienne de Roger Sinha ou les envolées virevoltantes d’Hélène Blackburn. On a même eu droit à du gumboots dans Anywhere on This Road.

La gravité était aussi au rendez-vous, surtout à la fin lorsque Karen Young a interprété I’m Going In et Soon This Space Will Be Too Small, dans lesquelles Lhasa évoquait la fin de la vie.

Accompagné de brèves projections, le spectacle s’est terminé par le quatuor de voix livrant Where Do We Go?, quittant la scène dans de sublimes harmonies, pendant qu’une vidéo nous montrait une Lhasa s’éloignant en marchant sur l’eau…

Avais-je mentionné Jésus-Christ?