Simon Proulx et Alexandre Parr, du groupe Les Trois Accords.

Dansante Corinne et alléchante poutine

L’été n’est jamais vraiment une saison de farniente pour Les Trois Accords. Il y a les habituels spectacles estivaux qui meublent une partie de leur agenda. Il y a le Festival de la poutine qu’ils orchestrent à Drumondville depuis onze ans et le Festival de la blague qu’ils ont lancé il y a deux ans, toujours à Drummondville. Résultat : un calendrier d’été où, bon an mal an, il y a peu de cases en blanc.

« Cette année, c’est quand même notre été le plus occupé de tous les temps », résument le chanteur Simon Proulx et le guitariste Alexandre Parr. 

Parce que, à travers cet agenda quasi ministériel, aussi chargé que le taux d’humidité dans l’air ces dernières semaines, les quatre copains musiciens ont trouvé le temps de s’isoler à deux reprises dans le cocon boisé du Wild Studio de Saint-Zénon avec les collaborateurs Gus van Go et Werner. Là, loin de la ville et de tout signal cellulaire, ils ont enchaîné les séances d’enregistrement en renouant avec une certaine spontanéité. La retraite en nature a été profitable. Le quatuor est ressorti de l’exercice (et du bois) avec un chapelet de nouvelles chansons qui serviront à broder un nouveau disque.

On sait d’ores et déjà que le groupe drummondvillois ajoute un maillon à sa série de chansons titrées avec un prénom (Lucille, Manon, Louis-Félix-Antoine, Jean, Youri) : lancé cette semaine, le premier extrait Corinne donne une idée de la couleur qu’aura cet opus attendu pour le 9 novembre. Véritable ode à la danse, la festive chanson annonce une galette aux rythmes assumés et aux percussions plurielles. 

Création libre

« Les précédents disques ont été enregistrés à New York, dans un autre esprit créatif. On avait alors un concept en tête, on essayait beaucoup de choses, on testait différents sons avec plusieurs instruments. Ça pouvait devenir fastidieux par moments et notre précédent disque, Joie d’être gai [sorti en 2015], a été long à boucler. Là, c’était autre chose, le mot d’ordre étant, justement, de ne pas avoir de direction précise. On travaillait une chanson à la fois, sans l’avoir jouée ensemble auparavant. On se lançait sans nous imposer de limites, en nous laissant porter par l’inspiration du moment. Ça a fait du bien de renouer avec cette façon de faire, plus spontanée », explique Simon. 

Cette latitude musicale était doublée d’une grande liberté d’écriture pour le parolier, qui a cette fois tissé couplets et refrains sans s’astreindre à respecter une thématique.  

« Le liant entre les chansons se trouve dans les mélodies, dans la musicalité », remarque Alexandre.

« Mais il y aura un petit côté autobiographique dans les textes », ajoute Simon. 

Sourire en coin et regard entendu. Le mystère reste entier. Il faudra patienter jusqu’en novembre pour savoir sur quel pan de sa vie le bricoleur de tubes lève le voile. 

Il révèle quand même déjà que les deux chansons qu’ils ont composées pour le film Le trip à trois et pour Eh la la...! (le nouveau spectacle de Martin Matte) pourraient se retrouver sur le disque, qui ne sera complet qu’après une autre séance d’enregistrement. Celle-ci aura probablement lieu à New York, en septembre. 

D’ici là, les quatre musiciens mettront les mains à la pat... ate. Dans quelques jours, amateurs de musique et de frites en sauce débarqueront à Drummondville pour le populaire Festival de la poutine que le groupe a lancé il y a 11 ans. D’édition en édition, l’événement estival est devenu un rendez-vous ancré dans la communauté. Plusieurs gens du coin viennent prêter main-forte pendant la fin de semaine fromagée. 

« C’est un aspect qu’on n’avait pas nécessairement prévu, mais c’est quelque chose dont on est très fier, cet enracinement dans la communauté », disent les deux musiciens. 

Paëlla de poutine en vitrine

Le festival, qui se déroule du 23 au 25 août au Centre Marcel-Dionne de Drummondville, propose trois soirées musicales. Robert Charlebois, Kaïn et Hubert Lenoir sont en spectacle le jeudi (23 août), 2Frères, Marjo et Geoffroy montent sur la scène le lendemain (24 août) tandis que Lisa LeBlanc, Dead Obies et Matt Hobulowski ferment la marche samedi (25 août). 

Une dizaine de poutiniers seront sur place pour contenter la dent salée des festivaliers. Les organisateurs sont formels : il s’en frit, de la patate, pendant le week-end. 

« L’événement est pensé autour de la poutine alors, forcément, les gens qui viennent, ils veulent en manger au moins une. »  

Nouveauté cette année : un atelier culinaire aura lieu devant public, samedi, à 17 h. « Une façon pour nous de créer un autre type de rencontre entre chef et public », expliquent les organisateurs.  

Antoine Sicotte, tête d’affiche de Zeste mieux connu sous le pseudo du cuisinier rebelle, proposera une démonstration pendant laquelle il mitonnera une paëlla de poutine à la suédoise. Vous avez bien lu : une paëlla de poutine à la suédoise. Le mélange, intrigant, est caractéristique du festival où cohabitent recettes classiques et codes culinaires réinventés. L’emblématique mets québécois s’y décline à toutes les sauces. Chaque poutinier a sa proposition, qu’il jazze comme il l’entend, en espérant récolter les honneurs.

« La compétition est amicale, note Alexandre, mais tous les restaurateurs espèrent quand même remporter notre fourchette d’or... en laiton! »