Derrière : le réalisateur Francis Leclerc et le comédien Roy Dupuis (Léo). Devant : les jeunes comédiens Julien Leclerc (Fidor), Tristan Goyette-Plante (Jean-Marie) et Justin Leyrolles-Bouchard (Félix).

Dans les yeux d’un jeune Félix

Le réalisateur Francis Leclerc le reconnaît : Pieds nus dans l’aube est le récit d’une histoire magnifiée. Pas par lui. Ni par le coscénariste Fred Pellerin. Par Félix lui-même. Dans ce roman publié en 1946 et dans lequel il raconte une partie de son enfance à La Tuque, le chansonnier porte le regard d’un garçon de 12 ou 13 ans sur le monde qui l’entoure. Un garçon assurément doué pour l’émerveillement.

« Par exemple, je suis allé voir où s’est tenu le bal des Anglais dans le livre : oh boy! un sous-sol d’église. Mon père a vraiment magnifié ça. Dans sa tête, il y avait des lustres. J’en ai mis plein dans le film, mais dans la réalité, il y en avait peut-être juste un... Même chose pour l’oncle Rodolphe [incarné par Robert Lepage]. Tout le monde pense que ce raconteur a été inventé par Fred. Mais non, ça vient aussi de Félix, et Fred m’a dit : on garde le passage tel quel. »

Roy Dupuis, qui incarne Léo, le père de Félix, a aussi perçu le personnage principal comme un enfant « qui en avait probablement beaucoup à raconter à la fin d’une journée malgré la simplicité de sa vie. Il voyait des choses que les autres ne voyaient pas. Un peu comme pour un acteur : chaque détail devient important et fait la différence, tant dans la réflexion que dans le geste ». 

L’important, pour Francis Leclerc, était de demeurer réaliste et fidèle à l’esprit du livre, dont le film est une libre adaptation. « Il faut croire que j’y suis arrivé : des gens qui ont vu le film me parlent de personnages pareils au roman quand ce sont des situations que nous avons inventées. »

Il donne comme exemple le suicide d’un des personnages. « Dans le livre, c’est simplement évoqué. Félix prend conscience que ça existe, des gens qui se tuent. Dans le film, Félix et son ami Fidor sont mêlés de plus près à l’incident, pour ajouter un côté fort. »

Par son caractère paisible, Pieds nus dans l’aube rompt aussi avec le misérabilisme de plusieurs œuvres québécoises inspirées du terroir. « Ç’aurait été le cas si cela avait été la vie de Fidor. On voit que ce n’est pas jojo chez lui. Mais si j’ai un souvenir de mon père lorsqu’il me parlait de sa famille, c’est qu’il a eu une enfance heureuse. Les éléments négatifs sont dans son livre : les drames du village et la séparation d’avec un ami. »


Si aujourd’hui Roy Dupuis a le luxe de choisir les scénarios qui lui plaisent, il décide aussi en fonction de ses futurs collaborateurs. Avec Francis Leclerc aux commandes (Dupuis a joué dans Mémoires affectives et Un été sans point ni coup sûr) et Steve Asselin à la direction photo, c’était bien parti.

« J’aime la fibre artistique de Francis et je savais qu’il avait bien réfléchi à son film, étant donné qu’il parle de son père. Quant au scénario, ce qui m’a plu, c’était sa simplicité et sa clarté. Je trouve même audacieux aujourd’hui de faire un film avec une histoire aussi simple et aussi claire. »



Je ne te dirai pas le truc. Juste que les chevaux du film ont été très bien entraînés.
Roy Dupuis

Roy Dupuis a aussi aimé la figure paternelle saine et solide de Léo. « C’est aussi un homme créatif. Sa passion est de bâtir des villages, d’ouvrir des territoires. Léo a bâti le Québec avec des maisons; Félix, avec des chansons. »

Le jeune Félix découvrira aussi que son père peut pleurer, lorsque celui-ci doit abattre un cheval en l’assommant. Une scène réalisée sans effets spéciaux. « Je ne te dirai pas le truc. Juste que les chevaux du film ont été très bien entraînés », dit Roy Dupuis.

Quant aux trois jeunes acteurs Justin Leyrolles-Bouchard (Félix), Julien Leclerc (Fidor) et Tristan Goyette-Plante (Jean-Marie, frère ainé de Félix), ils en étaient tous à leur première expérience de tournage et ne sont pas près d’oublier le sentiment d’être devant la caméra et de voir une cinquantaine de personnes derrière.

« Jean-Marie est un rôle qui me ressemblait, confie Tristan, qui est originaire de Windsor et étudie au Cégep de Sherbrooke.  Comme lui, je travaille avec mon père dans le bois et je reprends aussi mon petit frère qui n’aime pas trop ça. Mais Félix et Jean-Marie restent deux frères qui se tiennent tout le temps ensemble. »