Emilie-Claire Barlow

Dans les yeux d'Emilie-Claire

Du plus loin qu'Emilie-Claire Barlow se souvienne, la chanson française a toujours bercé sa vie. En fait, il y avait toutes sortes de musiques dans la résidence familiale sise près du lac Ontario, dans l'est de Toronto. Avec des parents tous deux musiciens et pour qui la langue n'a jamais été un obstacle à la découverte d'un nouvel univers musical, les horizons de la jeune Emilie-Claire ont toujours été grands ouverts.
«De la même façon que je suis tombée amoureuse de la musique brésilienne (Joao Gilberto, Rosa Passos, Antonio Carlos Jobim) même si je ne comprenais pas les paroles, j'ai senti très tôt une connexion avec la chanson française. Mes parents sont pourtant anglophones. Mon père jouait de la batterie et ma mère était chanteuse, mais elle était aussi une grande francophile (ce n'est pas pour rien que j'ai un prénom français). Je me souviens de la pochette d'un disque de Mireille Mathieu, avec son élégante coupe de cheveux carrée, son rouge à lèvres étincelant... Je la trouvais tellement magnifique! On aurait dit une princesse!»
«D'ailleurs, précise-t-elle au passage, ma mère est en ce moment en France, à Montpellier, pour suivre des cours de français. Et juste après la première partie de ma tournée québécoise, je prends une pause d'une semaine pour aller la retrouver et suivre moi aussi quelques leçons.»
Car même si elle a baigné dans la culture francophone depuis son enfance et qu'elle a enregistré sa première chanson en français dès son deuxième album (La belle dame sans regret de Sting, sur le disque Tribute), Emilie-Claire Barlow a commencé à parler français il y a seulement sept ans, lorsque son album The Very Thougt of You (2007) a fait une percée en sol québécois. Aujourd'hui encore, elle peaufine sa connaissance de la langue de Molière, même si son neuvième album, Seule ce soir (2012), est entièrement en français.
«Il y a vraiment quelque chose qui a cliqué avec le Québec. Aujourd'hui, je peux dire que je m'y sens comme à la maison. J'adore parler avec le public québécois après les spectacles (en français, du mieux que je le peux), car je sens une réelle chaleur de sa part», dit cette invitée régulière de l'émission Belle et bum.
«Le soutien du Québec pour les arts fait aussi qu'il y a beaucoup de possibilités pour les musiciens. J'en suis très reconnaissante. Et j'y ai rencontré tant de gens magnifiques!» dit celle qui a déjà donné des spectacles à Paris... mais préfère encore l'accent d'ici.
Un disque pour s'immerger
Au départ, Seule ce soir devait être une compilation de toutes les chansons françaises enregistrées par Emilie-Claire. Et elles sont nombreuses! C'est si bon, Les yeux ouverts, Chez moi, Jardin d'hiver, C'est merveilleux, T'es pas un autre, Comme je crie, comme je chante... Mais la Torontoise trouvait qu'elle avait évolué dans sa compréhension et sa diction du français. Elle a donc préféré les réenregistrer... et en ajouter de nouvelles.
«Par exemple, dans la première version de Chez moi, je chante je vous envite au lieu de invite (ça m'est très difficile à prononcer). Mais depuis, mes musiciens et moi l'avons faite des dizaines de fois sur scène. L'idée était donc de capturer cette évolution, ces moments musicaux que nous avons vécus, et aussi de bien respecter la langue.»
Même s'ils sont plusieurs admirateurs à lui demander de «ne pas travailler trop fort», pour ne pas perdre totalement ce charmant accent anglais, rapporte-t-elle en riant.
«Mais si j'avais attendu d'être vraiment prête en français pour faire Seule ce soir, j'attendrais encore aujourd'hui. J'ai plutôt décidé de voir ce disque comme une immersion.»
Bottes and boots
Justement, comme il manquait quelques plages pour faire un album complet, Emilie-Claire s'est imposé des mois d'écoute de chansons françaises et québécoises, dont certaines suggérées par son gérant montréalais. «J'ai aussi fait mes propres recherches sur YouTube, j'ai écouté celles qui avaient remporté des félix...» rapporte l'interprète, qui a finalement craqué pour Sylvain Lelièvre, Ginette Reno et Sylvie Vartan.
Mais Emilie-Claire a aussi ajouté la traduction française de These Boots Are Made for Walking. Ce n'est pas la première fois. Elle avait aussi préféré les versions françaises d'Until It's Time for You to Go (T'es pas un autre) et de Dream a Little Dream of Me (Les yeux ouverts).
«Je fais ces choix lorsque je trouve que les versions françaises apportent quelque chose de plus puissant ou de différent. These Boots est une chanson espiègle et insolente. En anglais, these boots are gonna walk all over you, ces bottes vont marcher sur toi! Mais en français, c'est je mettrai ces bottes un jour ou l'autre pour te quitter : to leave you and walk away. C'est très intéressant comme différence! Donc, selon la langue, on peut accentuer différemment.»
Difficile de ne pas percevoir, dans cet attachement aux petits détails, le travail d'une interprète assidue, qui mesure, soupèse, valorise chaque mot et tente de trouver l'émotion derrière chacun d'eux. Mais le véritable mot de passe pour Emilie-Claire Barlow est «réinvention».
«C'est mon processus créatif, étant donné que je ne suis pas compositrice. Et après avoir consacré mes précédents albums à l'American Songbook des années 1930, 1940 et 1960, le répertoire québécois a représenté pour moi la découverte d'un nouveau songbook.
Celle qui gagne également sa vie en faisant des voix pour les dessins animés (ce qui lui permet d'exploiter une autre facette de sa voix) s'amène au Québec avec quatre musiciens et les chansons de ses deux plus récents disques. Et une contagieuse joie de vivre torontoise.
Vous voulez y aller
Seule ce soir, Emilie-Claire Barlow
Mercredi, 20h, Théâtre Centennial
Jeudi, 20h, Maison des arts Desjardins de Drummondville
Vendredi, 20h, Pavillon Arthabaska de Victoriaville