Subtil, sensible, touchant, le tout nouveau spectacle que Jean-François Mercier rodera à Magog, est né de remises en question, de doutes et de périodes d'intenses incertitudes.

Dans le doute, écris

Jean-François Mercier ne le cache pas : la création de son nouveau spectacle a généré quelques moments d'angoisse. L'humoriste a traversé des remises en question, des doutes, des périodes d'intenses incertitudes.
«C'était à la limite du traumatisme. J'avais l'impression d'être un marathonien qui a arrêté pendant cinq ans, qui cherche à reprendre son élan, mais qui ne trouve plus son souffle. À un moment donné, je me suis même dit que je ne présenterais jamais ce show-là parce que je me planterais. Je vivais le stress de revenir à l'avant-scène après avoir connu un certain succès. Quand tu présentes un premier spectacle et que les gens ne te connaissent pas encore, tu n'as rien à perdre. Après, c'est différent, il y a une certaine pression. Moi, j'avais perdu ma confiance. Les jeunes humoristes sont nombreux, talentueux, pleins d'énergie. J'avais l'impression qu'il fallait que je rame pour m'adapter à ce qu'ils ont instauré comme attentes.»
Les choses allaient cahin-caha. Jusqu'à ce que Mercier voit une vidéo captée pendant une répétition. Coup de poing, la vidéo.
«Je ne me reconnaissais pas, j'avais l'air d'un orignal figé dans la lumière des phares! J'ai vu tout ce qui clochait, j'ai réalisé que j'essayais de jouer à être Jean-François Mercier. C'était n'importe quoi! J'ai alors décidé de revenir à ce que j'étais.»
De ce maelstrom d'émotions, d'hésitations et de tergiversations est né Subtil, sensible, touchant, le tout nouveau spectacle qu'il rodera à Magog. Déjà, le titre fait sourire tant il semble aux antipodes du genre humoristique de celui qui a été récipiendaire de l'Olivier de l'année, en 2011.
«Oui, mais la subtilité, ce n'est pas quelque chose qu'on accroche avec des néons», dit en riant celui qui ne fait pas étalage de son émotivité, mais qui ne cache pas qu'il est un grand sensible.
«C'est complètement assumé. Je ne vois pas ça comme une faiblesse, mais plutôt comme une force. Sauf qu'en humour, ce n'est pas ce qu'on met à l'avant-plan», résume celui qui, dans son précédent effort sur planches, avait évacué toute forme de sensiblerie et d'égo en intitulant son tour de piste Le show du gros cave. Un nom qui l'a suivi : il ne compte plus les fois où un quidam l'a interpellé en lui disant : «hey, le cave!»
«C'est arrivé tellement souvent! Vous pouvez vous imaginer que je ne pars plus à rire. C'est comme Sylvain Marcel à qui les gens répétaient : Ah, ah!, Familiprix! Ceux qui pensent qu'on va s'esclaffer en se tapant sur les cuisses surestiment leur humour, ils ont vraiment des attentes démesurées!»
Reste que l'humoriste n'a pas l'impression d'avoir une étiquette collée au front.
«S'il y a une chose dont je suis vraiment content, c'est de ne pas être enfermé dans un personnage que je ne suis pas. J'en connais qui sont coincés dans leur rôle de bon gars alors que dans les faits, ils ne sont pas si bons gars que ça. Moi, c'est l'inverse, quand les gens s'aperçoivent que dans le fond, je suis gentil, ils sont un peu déçus.»
Vraiment?
«Oui, oui. Des fois, j'ai l'impression que plusieurs préfèrent quand je leur réponds avec brusquerie!»
Sans gants blancs
Que ceux-là se rassurent : le langage coloré et l'approche directe, sans ménagement ni gants blancs de Mercier teintent encore les nouveaux numéros qu'il testera dès mardi au Vieux Clocher. «Je parle de service à la clientèle, de relations hommes-femmes. J'ai aussi un conte à la Fred Pellerin et tout un numéro sur la démocratie.»
Ce dernier est d'ailleurs directement inspiré de son passage en politique, lui qui s'est présenté comme candidat indépendant dans la circonscription de Chambly-Borduas aux élections fédérales de 2011.
«Cette incursion-là m'a vraiment écoeuré. Alors je ne suis pas tendre et pas fin du tout à l'endroit de notre système politique. Avant, j'excusais beaucoup les politiciens, je me disais que ce n'était pas un job facile, qu'ils en avaient beaucoup sur les épaules. Plus maintenant. Je n'ai plus aucun respect pour ceux qui font la politique. Ce sont de petites personnes... qui occupent malheureusement de grands postes.»
Mercier, lui, peut se targuer d'être entouré de grands : François Avard et Guy Jodoin ont respectivement mis leur griffe au script et à la mise en scène du spectacle.
«Travailler avec ces deux-là, c'est de la dynamite. Chacun est un génie dans son genre. Pour François, c'est la force de la ligne humoristique qui prime sur tout le reste, tandis que Guy, lui, pense que c'est la façon de dire les choses qui fait leur force de frappe. Un show qui est monté à travers leur regard, c'est un show solide.»
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Jean-François Mercier
Subtil, sensible, touchant
Vieux Clocher de Magog
15 au 19 et 22 au 26 juillet, à 20 h 30
Entrée : 40 $