Daniel Bertolino, cinéaste, réalisateur, producteur, fondateur et président de Via le monde.

Daniel Bertolino, l'homme à la fenêtre du monde

Paris, début des années 1950. Daniel Bertolino a 10 ou 12 ans, les vacances familiales se passent toujours hors de Paris; Bretagne, Pays Basque, un peu partout, et chaque fois son père parcourt villes et campagnes sa 8mm à la main pour apprendre à mieux connaître un bout de pays. Daniel est en charge de rapatrier les musiques folkloriques du coin, sa soeur de prendre des notes documentaires. Lorsqu'on revient sur Paris, on partage l'info pour monter un film.
« Cette façon de voyager, de se montrer curieux de l'autre, c'est clairement ce qui m'a influencé. Ça, et la façon qu'avaient nos parents de nous dire chaque fois que nous avions un projet ''Go. Vas-y, fonce! '' » raconte le réalisateur et producteur québécois, fondateur et président du Groupe Via le monde, à qui le Festival Cinéma du monde rendra hommage ce dimanche lors de la cérémonie de clôture.
Membre de l'Ordre du Canada depuis 2015 et honoré du prix Guy-Mauffette en 2013, Daniel Bertolino a l'habitude des hommages et des grands prix, que ce soit en télévision ou au cinéma. Depuis qu'il s'est enraciné au Québec en 1967, le cinéaste, documentariste et explorateur a réalisé une soixantaine de films et en a produit plus encore.
Il a surtout ouvert toute grande la fenêtre sur le monde qui s'était enfin implantée au Québec avec la tenue de l'Expo 67.
« On n'avait peur de rien, admet-il. J'arrivais ici après un tour du monde avec 500 francs en poche, j'avais un espèce de statut de vedette en France et il y avait à cette époque beaucoup d'appuis, d'incitatifs pour faire des choses. Le Québec était ouvert sur le monde, il y avait le projet du pavillon de la Jeunesse, j'ai décidé de rester et de créer Via le monde. »
Rester, c'est un grand mot. Son port d'attache sera le Québec, mais Bertolino explorera les coins les plus isolés du monde, de l'Afghanistan à l'Amérique du Sud, de la Papouasie aux terres des Pygmées, des mystères du monde aux légendes amérindiennes.
Depuis longtemps déjà, il a saisi le racisme et la peur de l'autre, l'inefficacité de façonner les réalités du sud avec des réponses du nord, l'interdépendance des deux hémisphères, l'importance des différences.
« J'avais envie de comprendre le monde, de le montrer tel qu'il est, de partager ce que les gens avaient à nous apprendre par leur façon de vivre, leur rapport à la nature et aux autres », explique celui qui avait aussi décidé de laisser les gens venir à lui.
« En arrivant chez les Pygmées, par exemple, j'installais lentement l'équipement en avant du campement, la caméra sur le trépied. On se filmait pendant quelques jours, puis ils arrivaient, curieux de comprendre ce qu'on faisait et pourquoi. C'est eux qui finissaient par nous demander de les filmer, on ne volait leurs images. Ils oubliaient ainsi très vite qu'on les filmait. On se retrouvait à faire partie de l'action, à être dans leur vie. Ce n'était pas juste de la captation. »
Ainsi Daniel Bertolino a-t-il ramené des images qu'il souhaite bientôt convertir au numérique et léguer en archives, à Montréal peut-être, à Sherbrooke pourquoi pas? « Le visage multiculturel de Sherbrooke rend l'idée intéressante. On doit avoir des discussions, c'est un besoin qui se fait sentir. »
Idem pour celui de retrouver lentement les films de vacances qui dorment au grenier de la maison familiale, en France, chaque fois qu'il rend visite à sa mère.
« Ce sont des souvenirs d'une grande valeur, ils ont forgé qui je suis et ce que j'ai à mon tour transmis à mes enfants. »
Au moment de lui rendre hommage dimanche, le Festival Cinéma du monde présentera en première partie du film de clôture quelques extraits de Me no Savey, moi pas savoir tourné par Bertolino en Papouasie-Nouvelle Guinée en 1971.