Daniel Bélanger a offert les chansons de son plus récent album «Paloma» mais surtout ses plus grands succès lors de son passage samedi soir à la salle Maurice-O'Bready, devant environ 800 personnes.

Daniel Bélanger : des retrouvailles et du meilleur

CRITIQUE / C’était censé être la tournée de l’album «Paloma». Ça aurait très bien pu être baptisé la tournée «Le meilleur de DB» ou «Retrouvailles». D’une part, ce ne sont pas les chansons du plus récent opus de Daniel Bélanger qui ont tenu le haut du pavé. D’autre part, il y avait presque une dizaine d’années que la chanteur n’avait pas offert ses grands classiques au public estrien, du moins dans une formule aussi proche de l’original.

Retour en arrière. La trop courte tournée de l’album Nous (2009) n’était pas passée par l’Estrie. Quant à l’ovni rockabilly Chic de ville (2013), offert à la salle Maurice-O’Bready en mars 2014, il n’avait pas permis de goûter aux classiques de Monsieur Verbêtre dans leurs habituels habillages folk rock, étant donné la facture musicale plus limitée du band.

Il faut donc remonter à décembre 2007, lors de la tournée de L’échec du matériel, pour retrouver dans une salle sherbrookoise le Daniel Bélanger couleur rock électrique, acoustique et électronique. Est-ce pour cette raison si son plus récent tour de piste ressemble à une entière concession aux envies du public? Comme s’il avait dit : « Je sais que ça vous a manqué, alors ce soir, on vous gâte! »

La preuve, c’est que la première partie du spectacle a été consacrée à 90 pour cent de classiques (alors que les artistes ont plutôt tendance à y mettre les nouvelles chansons et à garder les succès pour la fin). Ce n’est pas la première fois que DB fait les choses à sa manière.

À Tout viendra s’effacer en ouverture ont donc succédé Chante encore, Sortez-moi de moi, Les temps fous, Tu peux partir, Fous n’importe où, Intouchable et immortel et Dans un spoutnik, suscitant une demi-ovation avant l’entracte. Au fil d’arrivée de la soirée, il y aura eu autant d’extraits de Rêver mieux que de Paloma.

Il faut dire qu’avec l’ancien Zébulon Alain Quirion recruté parmi les quatre musiciens et posté aux claviers, percussion et programmations, il fallait en profiter pour faire la part belle au plus électro des albums de Bélanger. Quirion avait même un thérémine avec lequel il s’est plusieurs fois amusé dans des solos improvisés. En prime, il a offert un genre de scatturlute dans le passage instrumental d’Intouchable et immortel.

Mantra de Madame Irma

Mais dans l’ensemble, le spectacle est resté assez fidèle aux versions gravées, apportant même quelques échantillons sonores des albums. La principale trouvaille d’arrangement fut l’instrumentale Demain, peut-être qui s’est invitée dans Opium.

Il y a certes eu quelques mordants solos, mais pas de longues envolées comme dans de précédentes prestations de Bélanger. Et aucune trace de Chic de ville dans le programme. Bref, tout pour conforter cette idée que le chanteur a voulu dépayser l’auditoire le moins possible.

De la même façon, l’artiste a ramené son humour typiquement décalé, auquel il aurait pu recourir davantage. Le spectacle s’amorce sur une projection grand format du visage de l’acteur Bruno Marcil pendant qu’une sorte de mantra de Madame Irma, mis grossièrement en musique, nous dit : « Concentrez-vous sur votre visage, gardez un beau sourire ». La même séquence reviendra après l’entracte, le visage de Bélanger alternant cette fois avec celui de Marcil. Le genre de moment qui fait dire après coup : « C’était quoi, ça? »

Autres exemples de « nounouneries » sauce Bélanger : annoncer la dernière chanson et faire ses au revoir à sa première intervention ou improviser une chanson cucul à la guitare, pour montrer combien c’est facile d’écrire une chanson. « Heureusement, il y a généralement un moment de lucidité qui arrive. Et on jette la chanson! »

Les nouvelles créations (Il y a tant à faire, L’ère de glace, Métamorphose, Le fil, Paloma), se pointeront le nez en deuxième partie et au premier rappel, devant une salle bien réchauffée, dont l’enthousiasme n’a pas fléchi (c’était donc ça, son plan…). Les projections impressionnistes en fond de scène étaient agréables, mais leur absence aurait pu passer inaperçue, tant la musique était bonne. Quand vous avez Daniel Bélanger qui chante La folie en quatre en solo pour deuxième et dernier rappel, que demander de plus?

Pour ceux et celles qui ont raté le rendez-vous, sieur Bélanger repassera dans la région le 14 avril prochain, cette fois au Théâtre Granada.