Déjà offert en version numérique, le onzième album de chansons originales d’Étienne Daho, Blitz, arrivera chez les disquaires le 15 ou le 22 décembre.

Daho : léger malgré tout

On pourrait penser, à écouter le Daho nouveau, que cet éternel amoureux de la vie est tombé au combat. Les guitares pesantes, le rock qui n’a jamais été aussi lourd, les ambiances ténébreuses et inquiétantes, les propos aux allures apocalyptiques — Les filles du Canyon, la pièce d’ouverture, décrit des Amazones semant la terreur — laissent croire que la résignation et le défaitisme ont fini par avoir raison de celui qui a créé les dansantes Tombé pour la France, Épaule tattoo ou Comme un igloo.

Il n’en est rien, affirme le chanteur. Certes, Blitz n’est « pas un album forcément facile ». D’où sa surprise que son onzième opus de chansons originales ait été jusqu’à maintenant si bien accueilli, tant par le public que les médias de l’Hexagone.

« C’est au-delà de mes espérances. Mais je ne trouve pas que c’est un album très sombre, du moins je ne l’ai pas créé dans cet état d’esprit. J’étais plutôt dans une énergie de jeunesse, d’appétit, de résistance. Il y a aussi, dans tout ça, des références à la mythologie, à la dream pop et au cinéma. Mais s’il y a une phrase qui sous-tend l’album, c’est "rester léger face au danger", dans la chanson Après le blitz. »

L’avant-dernière plage du disque fait partie de celles qui se sont pointées à la fin. « J’étais alors à Londres [une ville qu’il adore et où il se rend souvent]. C’était au moment du Brexit et d’attaques terroristes. Il y avait une ambiance très pesante, et comme j’y étais, j’ai pris un coup moi aussi, j’ai absorbé cette insécurité soudaine, ce traumatisme, alors qu’on perçoit souvent les Anglais comme intouchables. Cela m’a fait penser au blitz de la Deuxième Guerre mondiale, quand l’Angleterre a été bombardée par l’Allemagne. »

Étienne Daho avait également encaissé, comme ses compatriotes, les attentats de Paris de 2015. « Et j’ai malheureusement vu autour de moi des gens qui lâchent l’affaire, qui renoncent. Selon moi, ne pas renoncer, c’est ça, être jeune. Cette capacité à résister. C’est ma réponse. »

De la même façon qu’il a résisté à l’anxiété ambiante, Étienne Daho a rebondi de cette appendicite devenue péritonite qui a failli lui faire passer l’arme à gauche, en été 2013. Les flocons de l’été, premier extrait de l’album, évoque ce mois d’août finalement vécu dans la blancheur... de l’hôpital.

« Mais ce n’est pas que ça. Il y a un côté aigre-doux dans cette chanson. On s’abandonne dans cette ballade sixties un peu planante. On flotte, mais il y a un danger. J’aime ce genre de texte où on peut faire deux lectures », avoue le chanteur de bientôt 62 ans.

L’énigme Syd

Blitz est fortement empreint du psychédélisme des années 1960 et 1970, avec lequel Étienne Daho a connu plusieurs de ses amours musicales d’adolescence. « Le premier album que j’ai acheté, à l’âge de 12 ans, c’est The Piper at the Gates of Dawn, le premier Pink Floyd. Ça a été comme une bombe dans mes jeunes oreilles », raconte celui qui, lors de l’écriture de Blitz, a fait une sorte de pèlerinage involontaire auprès de son idole Syd Barrett. Résultat : la chanson Chambre 29.

« J’ai loué une garçonnière tout près de l’endroit où il a habité à Londres, j’ai rencontré son ancien colocataire et j’ai pu visiter l’appartement où il a écrit son premier album solo [The Madcap Laughs, 1970]. J’ai aussi beaucoup parlé de lui avec sa sœur. C’est un artiste qui m’a beaucoup ému. J’adore sa manière de composer, ses ruptures dans ses progressions harmoniques, sa poésie foutraque. Il y a aussi son personnage. De savoir qu’à 22 ans, tout était fini pour lui... Il a déposé sa guitare et ne l’a jamais reprise. C’est un mystère, une énigme. »

Étienne Daho s’est également inspiré d’autres groupes qui revisitent le psychédélisme d’il y a 50 ans, dont Holy Wave, Forth, Moodoïd, mais le principal coup de foudre artistique s’est produit avec la formation californienne The Unloved et son premier album Guilty of Love.

« Ça m’a retourné le cerveau! The Unloved est le groupe du disque-jockey David Holmes, du compositeur Keefus Ciancia et de la chanteuse Jade Vincent. Je suis entré en contact avec eux et j’ai eu un véritable échange artistique et amical. Ils ont ainsi participé à l’album », raconte-t-il à propos du trio qui lui a offert la chanson The Deep End et la musique de Nocturne.

Rien à foutre

Étienne Daho place Blitz « dans la même lignée » que Pop satori (1986) et Eden (1996) — il a d’ailleurs retravaillé avec Fabien Waltmann, artisan principal d’Eden, son disque fétiche. « Ce sont trois albums très différents dans le style, mais ils ont tous été réalisés dans un esprit de "j’en ai rien à foutre!" [de ce qu’on en pensera] », explique-t-il en rigolant.

De la même façon qu’il a choisi l’esthétique cuir de la pochette, sachant qu’elle pouvait déranger. « Une des premières fois que j’ai rencontré Lou Doillon [qu’il a persuadée de réaliser son premier album], elle était habillée de cette façon. J’ai trouvé ça très sexy. J’ai ensuite revu ce style par hasard, par exemple dans le film L’équipée sauvage [The Wild One, avec Marlon Brando, 1953]. Oui, c’est une image de rebelle très populaire dans la communauté gaie fétichiste (on m’a parlé de Tom of Finland), mais ce n’est pas que ça. Chacun est libre de la recevoir selon ses propres références culturelles. »

Discographie (albums originaux)

1981: Mythomane
1984: La notte, la notte
1986: Pop satori
1988: Pour nos vies martiennes
1991: Paris ailleurs
1996: Eden
2000: Corps et armes
2003: Réévolution
2007: L’invitation
2013: Les chansons de l’innocence retrouvée
2017: Blitz