Trois ans après avoir lancé La Fabrica, Marilyne Fortin publie Le potager, roman d’anticipation qui nous plonge dans un Québec décimé par un virus mortel.

Cultiver l'espoir

C’est la concrétisation d’une idée que Marilyne Fortin portait depuis un sacré bout de temps. Une idée parmi d’autres, qui dormaient dans des carnets et dans son imaginaire. L’épidémie d’Ebola, en Afrique, et les manchettes alarmistes des médias, cet été-là, ont réveillé en elle l’urgence d’écrire sur un monde déchiré par la catastrophe. Avec un grand C. Trois ans après avoir lancé « La Fabrica », l’écrivaine estrienne publie « Le potager », roman d’anticipation qui nous plonge dans un Québec décimé par un virus mortel.

« J’ai deux enfants. Lorsqu’ils étaient bébés, le moindre rhume m’inquiétait. J’avais toujours peur qu’ils soient malades. En voyant ce qui se passait en Afrique, j’ai essayé d’imaginer ce que ça pouvait être, de faire face à bien pire, d’affronter une maladie potentiellement mortelle. »

Traverser les jours quand on ne sait pas s’il y aura suffisamment à manger le mois prochain, avoir la peur plantée dans le cœur en permanence, savoir que demain, le pire peut se dessiner. Tout ça.  

« C’est un sujet dans l’air du temps. Des fictions comme Walking Dead, le film Contagion, le livre La route (de Cormac McCarthy), mettent en scène un monde post-apocalyptique. Ce qui m’intéressait, moi, c’était d’aller dans cette zone-là d’une façon plus réaliste, je dirais. De raconter ce qui se passe à échelle humaine. Il n’y a pas de zombies dans mon histoire. »

Mais il y a une famille. Comme la vôtre, peut-être. Avec une mère, Caroline, qui se débat avec ses angoisses pour traverser le quotidien sans perdre pied. Avec un père, Samuel, qui tente de mener une vie normale dans un contexte qui ne l’est pas. Avec deux petits garçons qui veulent continuer de jouer dans les flaques d’eau et qui ne comprennent pas toujours ce monde nouveau où la crainte des méchants microbes guide chaque geste.  

« Parce qu’on accompagne ces personnages-là dans leur quotidien, le vernis de mon histoire est assez réaliste, je pense. Ce n’est pas quelque chose qui est si difficile à envisager, au fond, ce qui leur arrive. Il y a plein d’endroits sur terre où il y a de la surpopulation. À l’échelle planétaire, on ne fait pas tellement attention à l’environnement. Dans les hôpitaux, des superbactéries résistantes à toute antibiothérapie constituent de potentielles nouvelles menaces. »

EN MODE SURVIE
La possibilité qu’on se retrouve un jour en mode survie n’est donc pas si farfelue. Et si, comme dans le roman, on se trouvait à composer avec la nourriture rationnée, les institutions fermées, l’essence qui manque et un réseau électrique en panne, on ne serait pas tellement outillés pour faire face à l‘adversité.

« On serait vraiment mal pris, en fait. Ce n’est pas une paresse, parce que c’est la société telle qu’elle est construite qui nous amène là, mais il y a tout un savoir de base qu’on n’a plus. On dépend de tant de choses! »

Dans les pages qu’elle a tricotées, les gens du quartier de Caroline et Samuel s’allient pour créer un potager. Ce retour vers la base et l’essentiel est nécessaire. Mais l’entreprise amène son lot de défis.

« Explorer le filon de la survie, ça ajoutait une dimension intéressante à mon histoire, ça me permettait d’aller jouer dans une autre strate de l’être humain. Une strate plus sombre. Parce que ce n’est pas nécessairement le meilleur de chacun qui ressort lorsque la vie est menacée. »  

Entre les voisins qui cultivent le même lopin de terre, la peur de manquer de tout exacerbe le climat de méfiance. Bientôt, l’étranger qui vient d’un autre continent est la cible de tous les soupçons. Les uns et les autres médisent, s’inquiètent. Sans raison. Impossible de ne pas voir là un écho contemporain aux commentaires qui accueillent parfois les nouvelles sur les réfugiés.

« Je travaille auprès d’adultes immigrants à qui j’enseigne le français. Quand j’entends des commentaires autour de moi, quand je lis ce qui s’écrit, parfois, sur les réseaux sociaux, je vois rouge. Les gens jugent sans savoir. La méconnaissance de l’autre débouche parfois sur la peur. Lorsqu’on côtoie les gens, peu importe leurs origines, on réalise vite qu’on a beaucoup plus de points communs que de différences », dit celle qui consacre une journée par semaine à l’écriture.

EN MOTS ET EN IMAGES
« J’écris depuis l’adolescence, mais avant de me lancer dans La Fabrica, mes histoires demeuraient incomplètes. »

C’est en terminant sa maîtrise, en histoire, qu’elle a tissé la trame de son premier roman.

« Je n’avais pas pu aller aussi loin que je l’aurais voulu dans mon mémoire. La fiction me permettait de creuser mon sujet. De fil en aiguille, je me suis retrouvée avec plus d’une centaine de pages écrites. J’avais investi tellement de temps, je me suis dit que cette fois, je le finirais, ce manuscrit. »

Elle a été bien avisée. Son originale brique s’est retrouvée parmi les finalistes des prix littéraires du gouverneur général (en 2015). Elle a aussi raflé le Grand Prix du livre de la Ville de Sherbrooke.  

« Ça, c’était une belle tape sur l’épaule. Quand on publie un premier roman, on réalise vite qu’on ne peut pas en vivre si on se fie seulement aux ventes. Avoir une reconnaissance pareille, ça aide la motivation », raconte l’auteure de 38 ans. Celle-ci a mis trois ans à boucler la trame de son Potager.

Les chapitres de ce second roman sont ponctués d’images et de références à divers événements historiques.  

« Les parallèles historiques font un pont avec le passé en même temps qu’ils font écho à l’histoire. On peut très bien imaginer qu’ils sont le fait de Caroline, enseignante d’histoire de profession. Les images, elles, viennent de ma cousine, Valérie Fortin, de qui je suis très proche. C’était important pour moi d’intégrer un aspect visuel. Probablement parce que lorsque j’écris, mon procédé est un peu cinématographique. Je vois les images dans ma tête. »

Marilyne Fortin au Salon du livre de l’Estrie

Séances de dédicaces
Samedi 14 octobre, de 13 h à 14 h
Dimanche 15 octobre, de 11 h à 11 h 30 et de 14 h à 15 h 30
Table ronde
Dimanche 15 octobre, 10 h
Entrevue
Dimanche 15 octobre, 13 h 30