Cuivres ambulants... et fixes

On pourrait dire que les neuf gars du groupe Grüv'n Brass ont très bien écouté leurs parents lorsque ces derniers leur ont dit d'« aller jouer dehors » : depuis le milieu des années 2000 que l'ensemble-fanfare sherbrookois égaie les festivals, les parcs et les fêtes foraines. Le nonette a même déjà reçu une bourse en recherche et création pour développer sa « mise en rue ». Car sa scène, c'est souvent l'asphalte entre deux trottoirs.
« Mais pas exclusivement. Grüv'n Brass donne aussi des spectacles en salle. Nous venons d'ailleurs de recevoir une nouvelle bourse pour faire une mise en scène des prestations à l'intérieur. C'est la chorégraphe Catherine Archambault qui va nous aider », précise Jean-Philippe Dutil, sousaphoniste du groupe cuivré et percussif, qui lance aujourd'hui même son deuxième album, Brass Mobile.
Non, les membres de Grüv'n Brass ne sont pas tous des anciens des Stentors ou de l'Académie musicale des Cantons-de-l'Est. En fait, plusieurs sont passés par les écoles Sacré-Coeur, Mitchell et Montcalm, mais un seul d'entre eux (le percussionniste Sébastien Hinse) a déjà fait partie d'un corps de tambours et clairons... Mais les autres avaient le désir de vivre une expérience similaire.
« En fait, nous avions surtout envie d'explorer le répertoire des fanfares, surtout les fanfares funk de La Nouvelle-Orléans », explique Jean-Philippe, citant le Dirty Dozen Brass Band. « Il y avait aussi les fanfares françaises, celles d'Europe de l'Est, mais nous ne voulions pas être prisonniers d'un seul style. Écrire notre propre répertoire était donc la meilleure solution. »
De cinq musiciens à sa fondation (le groupe a été crée pour un contrat : accompagner l'arrivée du père Noël dans un centre commercial de Québec), Grüv'n Brass est passé à neuf, à mesure que les compositions de Robert-Étienne Siméon, Olivier Hébert et David Élias sont devenues de plus en plus sportives.
« Nous avions besoin de renforts. Doubler nos cuivres nous a aussi permis d'offrir un bloc sonore plus puissant. C'est beaucoup plus excitant! »
La ville du moteur
Brass Mobile compte 14 pièces faisant démonstration de la grande variété musicale atteinte par le groupe, surtout en jazz et en funk. « Mais nous avons aussi une pièce qui s'intitule La ville du moteur, en référence à la musique Motown. En fait, nous avions bien plus que 14 pièces de prêtes, alors nous avons pu choisir celles que nous avions le plus envie de faire. Nous n'avons pas comme prétention de toucher à tout. »
L'album a été enregistré en trois jours l'été dernier, en direct, au Centre d'art La Nef, lors des Jeux du Canada. « Nous avions trois prestations pendant les Jeux et nous avons décidé d'en profiter, alors que nous étions tous sur place et bien réchauffés », explique Jean-Philippe Dutil, ajoutant que le groupe a aussi signé une entente avec l'étiquette Oddsound, une coopérative de jazz qui leur a permis d'avoir accès à un distributeur.
« Cette fois-ci, nous n'aurons pas besoin de faire nous-mêmes la mise en marché de l'album », souligne-t-il avec un soupir de soulagement.
Le groupe pourra donc se concentrer sur ses concerts, intérieurs comme extérieurs. Mais la rue, ajoute Jean-Philippe Dutil, est vraiment un contexte particulier, dont ils ne pourraient se passer.
« Il y a toutes sortes de réactions dans le public. Certaines personnes n'aiment pas qu'une trompette joue tout près d'eux, mais la plupart des gens sourient, dansent ou tapent du pied. Avec les enfants, c'est inévitable : ils dansent. Nous avons déjà donné un concert sous un déluge lors du Festival d'été de Québec, mais il y avait quand même des gens qui dansaient dans les flaques d'eau! »