Marie-Nicole Lemieux

Croquer dans le poésie de Baudelaire

La poésie est un peu comme une vieille amie pour Marie-Nicole Lemieux. La cantatrice en a beaucoup lue à l’adolescence, puis ses lectures poétiques sont devenues plus espacées. Intitulé L’invitation au voyage, le spectacle qu’elle présente au Québec actuellement lui permet en quelque sorte de renouer avec cet univers. Et elle se délecte de l’expérience.

« Je me suis intéressée à la poésie de Félix Leclerc, de Gilles Vigneault, de Baudelaire et d’autres poètes encore quand j’étais adolescente. J’avais le drame dans l’âme à cette époque », se souvient avec amusement Marie-Nicole Lemieux.

La cantatrice utilise un mot un brin surprenant pour décrire L’invitation au voyage. « C’est un petit ovni », lance la contralto, consciente que la formule de ce spectacle se démarque de ce à quoi le public est habitué.

Sur scène, Marie-Nicole Lemieux chante des poèmes de Charles Baudelaire, tirés du recueil Les fleurs du mal et mis en musique par différents compositeurs. Elle est accompagnée par le pianiste Daniel Blumenthal et le comédien Raymond Cloutier, qui récite pour sa part des œuvres de ce poète français de façon plus traditionnelle.

« Baudelaire était dépressif et devient gore parfois dans ce qu’il a écrit. D’un autre côté, il était hop quand il était en amour. Des gens disent que ses textes étaient arides, mais moi je trouve qu’ils sont souvent très humains », explique la chanteuse avec un enthousiasme non dissimulé.

Dans un premier temps sur scène, Marie-Nicole Lemieux et Raymond Cloutier paraissent évoluer indépendamment l’un de l’autre. Mais ils se rejoignent au bout d’un moment et exposent dès lors davantage leur complicité.

« On a beaucoup de plaisir à faire ce spectacle, durant lequel on demande aux gens de ne pas applaudir. Ça fait cinq fois qu’on présente L’invitation au voyage et on aime vraiment ça. Les gens se laissent porter. Quand je chante, ils peuvent découvrir comment les différents compositeurs interprétaient et percevaient les poèmes de Baudelaire. »

La création du spectacle remonte à trois ans environ. Raymond Cloutier a toutefois dû se montrer patient, car Marie-Nicole Lemieux n’a pas énormément de disponibilités. « Mon agenda est plein deux à trois ans à l’avance. J’ai réussi à me trouver une bulle d’un mois pour réaliser cette tournée présentement », confie la cantatrice.

Et elle est si heureuse du résultat qu’elle évoque l’idée d’exporter cette création poético-musicale dans le reste de la francophonie, où Charles Baudelaire est évidemment connu aussi.


Raymond Cloutier

Rentrer à la maison

Même si l’artiste a foulé la scène de certains des plus grands opéras, elle aime toujours rentrer chez elle pour reconnecter avec le Québec. La tournée qu’elle effectue présentement lui donne cette chance et elle ne saurait s’en plaindre d’aucune manière.

« Une des choses qui est bien avec L’invitation au voyage, c’est que cette tournée me ramène au Québec et que je retrouve les gens d’ici grâce à ça. Ça me fait du bien d’être chez moi », confie-t-elle.

L’artiste repartira en Europe après sa tournée, mais elle sera à nouveau dans sa province natale durant la période des fêtes, ce qui pour elle constitue un grand bonheur. « J’aime la tradition des fêtes, la neige, les sapins décorés, les rassemblements festifs et le reste. En plus, on sait fêter dans ma famille. D’ailleurs, on chante tous très bien. »

Au cours de son séjour au Québec à la période des fêtes, Marie-Nicole Lemieux participera à trois concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal en compagnie des Petits chanteurs du Mont-Royal et d’autres grandes voix québécoises. Les représentations auront lieu les 17, 18 et 19 décembre.

Entre ses deux présences en sol québécois, l’artiste reprendra le rôle de Suzuki dans l’opéra Madame Butterfly, présenté à l’Opéra Bastille, à Paris. Elle entreprendra également une courte tournée, en compagnie de l’orchestre de l’Opéra de Lyon, qui la mènera jusqu’à Moscou et Versailles.

« J’ai toujours du plaisir à chanter. On me propose régulièrement de nouveaux défis et de nouveaux rôles. Ma voix a évolué avec les années et elle est à son meilleur en ce moment », confie-t-elle.

Et quand on lui demande si tous ses succès on fait d’elle une diva, elle répond qu’elle a certaines exigences en tant que chanteuse, tout en se défendant d’être capricieuse. 

« Le concept de diva est arriéré pour moi. Je pense plutôt que, pour bien performer, il faut que des ingrédients soient réunis. C’est donc normal d’exiger des choses précises et raisonnables qui nous aideront à être à notre meilleur sur scène, et ce, pour le plus grand bonheur des spectateurs, qui ont parfois réservé une gardienne ou fait des sacrifices pour venir nous voir », explique-t-elle.

Vous voulez y aller?

L’invitation au voyage
Marie-Nicole Lemieux
Raymond Cloutier
Orford musique
18 octobre à 20 h
53 $

Daniel Blumenthal