Après son parcours de 48 sculptures monumentales, dont ce Baladin, Lac-Mégantic pourrait voir naître au cours des prochaines années un parcours de murales extérieures, selon la vision de la Commission des arts, de la culture et du patrimoine.
Après son parcours de 48 sculptures monumentales, dont ce Baladin, Lac-Mégantic pourrait voir naître au cours des prochaines années un parcours de murales extérieures, selon la vision de la Commission des arts, de la culture et du patrimoine.

COVIDArtQc, la première étape d’un parcours de murales à Lac-Mégantic

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
La murale COVIDArtQc que la communauté de Lac-Mégantic verra apparaître en octobre, sur la caserne de pompiers, sera la première d’un ensemble de murales que la Commission des arts, de la culture et du patrimoine souhaite implanter en 2021-2022.

La Commission des arts (CACP) amorçait une réflexion en ce sens quand l’appel de propositions du scientifique en chef du Québec est arrivé en juin dernier et elle y a vu l’occasion de faire un premier pas.

« On peut dire que ça a été un premier pas rapide, presque un saut, parce qu’on a préparé le projet en juillet. Le bureau du scientifique en chef donnait une réponse le 15 août et on a fait partie des neuf [villes] récipiendaires », se réjouit André Samson, de la CACP.

Cette murale COVIDArtQc sera l’activité phare des Journées de la culture à Lac-Mégantic. Du 1er au 25 octobre, les citoyens pourront assister ponctuellement à la performance de l’artiste muraliste sherbrookois Nicolas Lareau. Compte tenu du temps frais à cette période de l’année, l’œuvre de 37 mètres carrés (400 pieds carrés, soit 10 sur 40 pieds) sera réalisée à l’intérieur du bâtiment attenant à l’Espace jeunesse (un skatepark actuellement en chantier) pour ensuite être installée sur le mur de la caserne qui donne sur la marina.

L’activité est financée par le Fonds de recherche du Québec. Lac-Mégantic est la seule ville en Estrie à participer à l’activité.

Murales de jeunes

L’œuvre en gestation fera le pont entre la pandémie et les valeurs Cittaslow auxquelles la ville de Lac-Mégantic adhère depuis 2017. Elle s’inspirera des travaux de la Dre Kim Lavoie, chercheuse en médecine comportementale, qui mène une étude sur les effets de la pandémie sur les comportements de la population mondiale.

La CACP a également eu l’idée de jumeler l’activité avec la réalisation d’une murale de moindre dimension (un peu moins de cinq mètres carrés) par un petit groupe d’élèves de la Polyvalente Montignac.

« On va permettre à quelques jeunes de réaliser une œuvre murale, avec des conseils de Nicolas Lareau, pour profiter de son passage ici et peut-être faire naître chez eux un intérêt, voire des aptitudes pour les arts visuels », explique M. Samson.

La murale des jeunes sera réalisée pendant le week-end du 17 et 18 octobre, en collaboration avec l’artiste en arts visuels Rachel Robin, et sera éventuellement installée dans l’Espace jeunesse, devenant potentiellement la deuxième œuvre du futur parcours.

André Samson est très fier des liens créés par ce projet entre la science et l’art, entre la pandémie et la catastrophe ferroviaire, entre les jeunes et la collectivité.

« Le bureau du scientifique en chef souhaite donner beaucoup de visibilité à COVIDArtQc et, pour moi, ç’a éveillé un peu les mêmes sentiments que nous avions à la fin de 2013 », explique-t-il. 

« Il vient d’arriver quelque chose de catastrophique. Là, c’est une pandémie. Ce n’est pas la même chose, mais ça vient aussi affecter notre humeur ou notre moral. Avec les gens de la Commission des arts, on se disait, quand on a vécu la tragédie, que ça n’avait pas d’allure que l’été suivant, il n’y ait qu’un trou noir à cet endroit. C’est là qu’on s’est mobilisés. Il y a eu le trottoir de bois qui est devenu la Marche du vent, puis un premier symposium de sculpture qu’on a doublé l’année suivante. C’est la réaction d’une collectivité de dire non pas que l’art est mieux que tout, mais que l’art peut souvent agir plus rapidement. Dire qu’on pose un geste. Qu’on illustre la vie qui pousse pour avancer. » 

L’artiste Nicolas Lareau a créé cet été la murale <em>Parcours ton quartier</em>, dans le secteur Ascot de Sherbrooke.

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Art mural, art social

Ayant un intérêt marqué pour l’art social, Nicolas Lareau avait déjà eu des discussions avec la Ville de Lac-Mégantic à la suite de la catastrophe ferroviaire de 2013. Les astres n’étaient alors pas alignés, mais l’appel du scientifique en chef du Québec a, semble-t-il, changé leur configuration.

« J’ai de la famille au lac Mégantic. Je connais un peu la région et quand je suis allé là, j’ai vu qu’il y avait énormément de potentiel pour des peintures murales. J’avais monté un projet, mais je pense que le timing était mauvais à cette époque-là », raconte-t-il.

Les idées et l’énergie de Nicolas Lareau avaient suffisamment marqué la CACP, toutefois, pour qu’on fasse appel à lui quatre ans plus tard pour le projet COVIDArtQc. La discussion a repris, il y a eu échange de documentation sur le concept souhaité et une rencontre de création sur place le mois dernier avec Kim Lavoie et Rachel Robin.

« Avec la pandémie, c’est un tout autre mécanisme qu’on doit adopter, met en perspective Nicolas Lareau. Être rapprochés tout en étant éloignés. Il faut créer de la proximité autrement. Et sans les contacts ni la chaleur humaine, c’est difficile. »

À la veille de boucler ses valises pour son séjour à Lac-Mégantic, l’artiste venait d’imprimer son esquisse finale quand La Tribune l’a joint, mais pas question d’en dévoiler la teneur. 

« C’est très théorique, une esquisse, explique-t-il. Il y a des choses qui peuvent changer en cours de route. Une murale, c’est tellement grand que le rapport entre l’esquisse et la murale, c’est une échelle incroyablement différente. Ça change la perspective. Mais les idées et les éléments qui sont intégrés dans l’esquisse vont à 99,9 pour cent se retrouver sur la murale. »

Mettre du beau

Nicolas Lareau voit d’un bon œil le dialogue qui s’établira avec les citoyens de Lac-Mégantic durant les Journées de la culture, et particulièrement avec les jeunes, puisque c’est une clientèle auprès de laquelle il s’est beaucoup engagé ces dernières années dans la région, mais aussi en Afrique, au Brésil ou en France, pour mettre du beau dans des quartiers moins favorisés et permettre aux jeunes de s’exprimer autrement. 

Pour COVIDArtQc, il part avec l’idée du plaisir qu’il aura à discuter de son art et de nos façons de vivre la COVID. Il se réjouit aussi du rayonnement que le scientifique en chef du Québec promet de donner aux neuf murales qui seront créées un peu partout dans la province. 

« C’est une belle motivation, dit-il, ça va être cool! »