UK Music, une organisation représentant les artistes, les maisons de disques et les salles de concert, estime que les artistes perdront 65 à 80% de leurs revenus cette année.
UK Music, une organisation représentant les artistes, les maisons de disques et les salles de concert, estime que les artistes perdront 65 à 80% de leurs revenus cette année.

COVID-19: l’industrie musicale ébranlée

Callum PATON
Agence France-Presse
LONDRES — L’agenda de Mark Nathan et sa compagne Carolyn Holt, des chanteurs classiques, était rempli jusqu’à l’année prochaine avant la pandémie de coronavirus, qui a suspendu ou annulé leurs performances. Depuis, leur avenir, comme celui de nombreux artistes au Royaume-Uni, est suspendu à un fil.

«C’est terrible et vraiment dur, parce qu’on y est pour rien !», confie Carolyn Holt.

Le couple, originaire d’Epsom, près de Londres, n’est pas seul à pâtir des restrictions imposées pour lutter contre la pandémie, qui a fait près de 54 000 morts au Royaume-Uni, le pire bilan d’Europe.

UK Music, une organisation représentant les artistes, les maisons de disques et les salles de concert, estime que les artistes perdront 65 à 80% de leurs revenus cette année. Sans compter ceux dont le revenu a été réduit à zéro depuis le premier confinement décrété en mars.

L’industrie musicale au Royaume-Uni a progressé de 11% en 2019, contribuant à hauteur de 5,8 milliards de livres (6,5 milliards d’euros) à l’économie, selon le rapport annuel de l’organisation publié mercredi. Mais le secteur a subi un «choc catastrophique» en 2020.

Même après la levée du confinement en mars, de nombreuses salles de concert sont restées fermées. Celles qui ont rouvert en Angleterre, à partir de juin, l’ont fait avec une capacité considérablement réduite, avant de devoir refermer leurs portes en novembre.

Conséquence: les revenus des salles ont chuté de 85% cette année, avec des répercussions pour tous ceux qui les font vivre.

«Tous les secteurs de l’industrie ont ressenti l’impact», dit à l’AFP Jamie Njoku-Goodwin, directeur général de UK Music.

Jeunes talents

L’industrie a été maintenue à flot grâce aux 250 millions de livres venant d’un Fonds du gouvernement pour le soutien à la culture doté de 1,57 milliard de livres.

Les salles attendent maintenant de savoir quand elles pourront rouvrir en toute sécurité, espérant disposer de suffisamment de temps pour se préparer.

Ce serait une «véritable tragédie» s’il était techniquement possible d’organiser de nouveau des événements en 2021 sans que le secteur soit prévenu suffisamment à l’avance, souligne M. Njoku-Goodwin.

Pour les jeunes talents, le virus est ravageur.

Pendant le confinement, Nathan, un baryton de 30 ans, et Holt, mezzo soprano de 28 ans, ont réussi à s’en sortir en créant des messages vidéo musicaux, pour célébrer les anniversaires par exemple.

Ils ont entonné des medleys optimistes, enchaînant les airs de Sinatra, Mozart, Elvis, Tchaïkovski, Puccini ou encore Johnny Cash.

Le revenu du couple est inférieur à ce qu’ils auraient gagné sur scène. Mais Nathan, qui devait faire ses débuts avec la compagnie  d’opéra d’Écosse cette année, s’estime «privilégié» d’avoir pu continuer à chanter.

«Des tas de gens avaient des trucs super prévus - et c’est tombé à l’eau», raconte-t-il. Un «énorme pourcentage» de ses camarades, qui venaient eux aussi de terminer leur formation, ont fait une croix sur une carrière à l’opéra, dit-il.

Le directeur de l’Association des orchestres britanniques, Mark Pemberton, s’inquiète pour l’avenir des jeunes artistes. D’autant que, selon son association, près d’un tiers des musiciens indépendants n’étaient pas éligibles au programme gouvernemental de soutien aux travailleurs indépendants mis en place pendant la pandémie.

Dans de nombreux cas, ils venaient juste de commencer leur carrière et ne pouvaient justifier de revenus antérieurs. Et s’ils n’obtiennent aucune aide, ils «abandonnent, tout simplement».

M. Pemberton redoute à présent que les orchestres ne s’en sortent pas s’ils doivent jouer devant un public réduit, gestes barrières obligent, pendant la période de Noël, habituellement très lucrative.

«Un concert n’est pas rentable avec seulement 25% de capacité», relève-t-il. «Si cela se prolonge au-delà du mois de mars, la viabilité financière va devenir un gros problème».