Conservatrice au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Sarah Boucher a réuni les œuvres d’artistes de tous horizons pour bâtir Couleurs Manifestes, la nouvelle exposition permanente de l’institution, dont elle est la commissaire. On peut notamment y admirer une œuvre d’André Fournelle (à gauche sur la photo), qui compte neuf boites noir et rouge dans lesquelles sont déposées autant de croix dorées.

Couleurs manifestes : expo multicolore [VIDÉO]

Articulée autour du grand thème des couleurs, la nouvelle exposition permanente du Musée des beaux-arts de Sherbrooke est à la fois éclatée, éclatante et cohérente.

En utilisant la palette chromatique comme fil conducteur, la commissaire et conservatrice du MBAS, Sarah Boucher, a pu regrouper les œuvres d’artistes aux horizons variés et issus de divers mouvements. En tout, plus d’une cinquantaine d’œuvres occupent les lieux.

« C’est un projet auquel j’ai commencé à réfléchir en 2015. Je savais que je voulais intégrer certaines œuvres qu’on avait acquises, mais il me fallait trouver un trait commun qui me permettrait de réunir ces créations dans une même expo. L’idée de la couleur s’est imposée. Avec celle-ci, je pouvais aller dans plusieurs directions et faire se côtoyer des œuvres créées à différentes époques dans toutes sortes de contextes, selon divers courants. »

Dans la salle qui accueille Couleurs Manifestes, l’espace est découpé en sections « teintées » : rouge, bleu, vert, jaune, noir et blanc. Toiles grand format, sculptures, tableaux figuratifs et abstraits, créations d’hier et art actuel se voisinent. On reconnait entre autres la signature de Peter Krausz, Étienne Saint-Amant, Armand Vaillancourt, Michel Drouin, Frederick Coburn, Richard-Max Tremblay, Suzor-Côté, Gabor Szilasi, Renaud Salvail, Fernand Toupin, Lise Davidson. 

Lemoyne, une première fois

Au centre de la vaste pièce se déploie une partie de la collection Serge Lemoyne, qui n’avait encore jamais été exposée. Les pièces en 3D, multicolores, patientaient dans la réserve, qui compte quelque 5500 œuvres. 

« Je suis vraiment contente qu’on puisse les exposer, parce que c’est nous qui conservons la plus grande partie des morceaux de sa maison d’Acton Vale dans nos voûtes. On s’est fait donner ce corpus et c’est une grande fierté de pouvoir le mettre en valeur, le montrer, le faire vivre », dit Sarah Boucher, qui adore le travail de Lemoyne. 

« C’est un homme très politisé, dont l’œuvre est imposante. Sa série Bleu, Blanc, Rouge, sur les Canadiens de Montréal a un grand côté identitaire. On trouve dans son corpus de fortes résonances dans différentes sphères », poursuit-elle. 

Des photos d’archives viendront compléter l’installation colorée. Juste à côté de celle-ci, une œuvre signée André Fournelle attire aussi le regard. Neuf croix casées dans des cubes noirs au fond carmin rappellent vaguement un jeu de tic-tac-toe géant. 

« C’est un artiste qui est né en Angleterre et qui est arrivé ici en temps de guerre, alors qu’il n’était âgé que d’un an. C’est la Croix-Rouge qui l’a amené au Canada par bateau. Deux navires ont quitté l’Europe, un seul s’est rendu à bon port. C’était tout un départ dans la vie... On retrouve souvent des croix et du rouge dans ses œuvres. Il y a cette idée de la Croix-Rouge, bien sûr, il y a aussi cette évocation du drapeau anglais, de la croisée des chemins », souligne Mme Boucher avant de pointer un tableau, au mur.

De loin, on dirait une galerie des drapeaux du monde. En s’approchant, on voit que la carte illustre des états, mais aussi des états d’âme. République tchèque, Niger, Croatie et Taiwan ont leur drapeau, mais amitié, calme, discorde, deuil et avenir aussi. 

« L’artiste a voulu montrer qu’on se définit par notre appartenance à un peuple, à un territoire, mais aussi par tout ce que l’on vit. »  

C’est l’une des grandes richesses de cette expo : chaque œuvre a son histoire, sa portée, sa signification. 

« On aura des cartels explicatifs qui vont donner de l’information. Ce seront parfois des détails amusants, parfois des renseignements plus factuels. Il y a des résonances entre chacune des œuvres, mais on n’a pas monté l’expo de façon chronologique et la visite n’est pas obligatoirement linéaire. On peut vraiment se promener d’une section à une autre, dans le désordre. » 

La zone « jaune » de l’exposition accueille différentes œuvres qui partagent la même palette chromatique.

Parcours guidé

Pour ajouter à l’expérience, le MBAS innove d’ailleurs et propose un parcours numérique personnalisable via son site web. 

« C’est une première pour nous. Ce n’est pas une application à télécharger, c’est vraiment un onglet sur notre site qui va permettre au visiteur de se laisser guider par la machine, à l’aide de mots en surbrillance. On a volontairement évité de mettre des photos pour que les gens admirent l’œuvre en direct plutôt qu’une image sur leur cellulaire », explique Sarah Boucher. 

L’exposition, qui sera dévoilée jeudi, s’installe pour plusieurs années entre les murs de l’institution de la rue Dufferin.

Vous voulez y aller?

Couleurs Manifestes
Vernissage au MBAS
Jeudi 28 novembre, 18 h
(17 h pour les membres du MBAS)