Alex Nevsky

Côté scène, côté verger [VIDÉO]

Alex Nevsky l’avoue : jusqu’en novembre dernier, il était bien dans sa bulle. L’écrin molletonné qu’il s’est fait au milieu d’un verger de Rougemont, avec sa blonde Vanessa Pilon et leur petite Claire, lui a procuré une telle sérénité qu’il ne peut pas dire que les spectacles lui manquaient véritablement. Mais la soirée de lancement de Chemin sauvage le 13 novembre au MTelus a réveillé la bête de scène en lui.

« Le mois qu’il y a entre la première de la tournée [le 24 janvier dernier au Grand Théâtre de Québec] et le Théâtre Granada de Sherbrooke [le 22 février], je le trouve long! confie-t-il. De monter du nouveau matériel, de le présenter et de vouloir me réinventer, ça m’a vraiment excité », ajoute celui qui dit avoir gardé les idées et l’énergie du spectacle de lancement pour les injecter à son plus récent tour de piste.

« Les gens sont habitués à des prestations cinquante-cinquante avec moi : la moitié des chansons sont très hop la vie! et les autres, très tristes et dépouillées. La plupart de mes précédents albums sont construits ainsi. Mais Chemin sauvage a été réfléchi dans l’optique de changer ça. Dix des onze pièces sont entraînantes et c’est que je voulais aussi pour la tournée. »

Alex Nevsky a confié la mise en scène à Gabriel Poirier-Galarneau, lequel vient justement de remporter un Olivier pour le travail accompli sur Demain de Medhi Bousaidan. GPG a joué le même rôle sur les prestations de Robert Charlebois et des Cowboys fringants.

« Nous avons très bien connecté, lui et moi, et il a eu comme mission de me sortir de mon confort et de mes pièges. Ça tombe bien, car je n’avais pas envie de me cacher derrière le piano cette fois-ci. On s’est organisé pour que je sois toujours debout, que je marche sur un praticable lumineux, que je tape sur de grosses batteries électroniques pleines de sons dedans. Je travaille mon cardio comme Jennifer Lopez! Tout ça avec des écrans géants. Je n’ai jamais eu autant de fun à faire un show! »

Alex Nevsky et sa conjointe, la journaliste, animatrice et comédienne Vanessa Pilon.

Avec tous ses succès inscrits au programme de la soirée (il ne s’est pas privé pour aller rejouer dedans et les allonger), l’artiste a voulu que les deux principales parties de son tour de chant soient vécues comme si elles étaient une seule et même chanson, séparées par une pause plus tranquille en plein centre.

« Je descends aussi dans la foule, je prends le rôle d’un animateur qui fait tirer des choses, qui organise un concours de danse. Ça a été pensé davantage comme un show de variétés que de chansonnier », résume-t-il.

Deux mondes étanches

Ce désir de mettre le paquet pour la tournée de Chemin sauvage, Alex Nevsky l’attribue à l’équilibre trouvé avec sa nouvelle vie de famille. Il souhaitait toutefois préserver l’étanchéité entre chacun de ses deux mondes.

« Être maintenant un papa et vivre en campagne est à l’inverse de ce que je présente sur scène, où je m’expose de plus en plus. Dans ma vie personnelle, je suis davantage dans la tranquillité, dans l’intimité, je suis moins présent sur les réseaux sociaux. Le show me permet d’aller chercher la grosse dose d’énergie qui me manquerait si je restais au milieu de mon verger à surveiller les chevreuils. J’ai vraiment besoin des deux facettes. »

Il n’a tout de même pas surchargé son calendrier des prochains mois, citant un article récent sur les artistes qui doivent conjuguer la vie de famille avec la tournée. « Ce qui en ressortait, c’est que la plupart de ceux qui avaient un horaire bien rempli finissaient par annuler des spectacles : ils s’ennuyaient trop de leurs enfants. Je n’ai donc pas eu envie de mettre 50 dates rapprochées dans mon agenda, parce que je savais pertinemment que je serais malheureux. »

De la même façon qu’il n’a pas trop révélé sa vie intime dans ses récentes chansons. « Je parle de mon nouveau statut de père, mais très peu, parce que je veux que la musique reste à part de tout ce que j’ai dans mon quotidien. Peut-être qu’un jour je déciderai de faire une introspection sur la tristesse d’être loin des siens, mais ce sera dans un autre projet. Cette fois-ci, je souhaitais simplement sortir de moi. »

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Déguisé en reporter français, Alex Nevsky pensait obtenir des commentaires méchants à son endroit lors d’un micro-trottoir, mais les badauds l’ont relativement épargné.

La « bip » de La voix

Un peu avant Noël, Alex Nevsky a mis en ligne sur sa page Facebook la vidéo d’un micro-trottoir où, déguisé, il accoste les clients d’un centre commercial, leur demandant s’ils reconnaissent cet artiste 

(lui-même) sur une photo. Objectif : obtenir le plus de commentaires désobligeants possible.

« Finalement, j’ai eu droit à un seul “c’est la tapette de La voix ”. Mais moi, j’en aurais voulu quinze, des comme ça! Je me suis inspiré de vidéos similaires réalisées par Drake et Miley Cyrus. Personne ne les reconnaît et tous les deux se font vraiment ramasser! Par exemple, Drake demande à quelqu’un les propos qu’il tiendrait si Drake était devant lui, et la personne répond qu’elle le traiterait d’idiot. Miley Cyrus se fait dire qu’elle s’habille comme une traînée. Et moi... j’ai dû me rendre à l’évidence que les gens sont très gentils ici. »

Même en posant ses questions de façon tendancieuse, son reporter n’a pas réussi à pousser les badauds hors de leurs gonds. « J’avais beau dire : “Vous ne trouvez pas qu’il s’habille comme une fille, avec sa boucle d’oreille dans le nez?” Les gens me répondaient que c’était un artiste et qu’il avait le droit. »

« Mais la chose dont je me suis aperçu, c’est que la plupart sont incapables de retenir mon nom ou de le dire. Tu penses que tu es une star de la télé parce que deux ou trois millions de personnes te regardent, mais ce n’est pas le cas du tout... et je trouve ça vraiment drôle », ajoute celui qui, dans la vidéo, se fait renommer Alex Netsky, Nelfie, Trotsky, Bissonnette et Pierre Lapointe.

Nevski avec un i

À ce propos, il y a belle lurette qu’Alex Nevsky a cessé de cacher son véritable nom. Mais il fut une époque où il demandait aux médias de ne pas le dévoiler, ni  même d’évoquer qu’il s’agissait d’un pseudonyme. Que s’est-il passé dans l’intervalle pour le faire changer d’idée?

« Je pense que j’étais en questionnement là-dessus à l’époque et que je n’avais pas envie d’être bousculé. Je me suis demandé si j’étais en train de renier mon nom — l’identité familiale, ça peut être fragile comme dynamique — ou simplement de jouer un personnage en souhaitant qu’on ne focalise que sur ce personnage... Aujourd’hui, je sais que ce n’était qu’un choix poétique et professionnel, comme si j’avais fondé mon groupe et que je l’avais nommé Malajube ou Karkwa. Il n’y avait aucune quête identitaire là-dedans. Je trouvais simplement qu’Alexandre Parent, ça ne sonnait pas super. Et plein de gens à qui j’en parle me disent que j’ai vraiment bien fait, que Nevsky est tellement plus exotique, sonne beaucoup mieux et éveille d’emblée la curiosité. »

Justement, l’année 2020 est celle des 800 ans de la naissance du premier Alexandre Nevski, héros national russe, célèbre pour ses victoires militaires et canonisé par l’Église orthodoxe. Il y a six ou sept ans, il ressortait autant, sinon plus souvent pour quiconque tapait « Alex Nevsky » dans Google.

« Mais c’est un personnage qui a un côté sombre et qui n’est pas reconnu comme saint et héros partout. Je n’ai pas choisi ce nom pour célébrer ses massacres. Ce n’est pas du tout un hommage. »  Steve Bergeron

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Une scène du clip de la chanson Mes yeux, tourné dans la région d’Asbestos.

L’Estrie sans zombies

Ce n’est pas un hasard si le clip de la chanson Mes yeux rappelle l’ambiance lugubre et apocalyptique des Affamés de Robin Aubert. Le court métrage a lui aussi été tourné dans la région d’Asbestos et ses environs, où la nature côtoie les décors lunaires et délabrés des mines désaffectées.

C’est grâce à Pierre-Philippe Côté, alias Pilou, re-alias Peter Henry Phillips, qui habite Saint-Adrien et qui y possède son studio d’enregistrement (Le Nid), que l’équipe de tournage s’est retrouvée là, sous la direction de Jérémie Saindon.

« Pilou est un ami et nous avons longtemps eu la même agente. Je suis très fier d’ailleurs de voir tout ce qu’il fait dans sa région pour la faire briller, pour y amener des gens et des artistes. Il a acheté l’église du village pour en faire un espace de création [le Beam]. C’est là qu’on prenait nos repas durant le tournage. »

« J’ai découvert un coin de l’Estrie que je ne connaissais pas et j’ai trouvé impressionnant et effrayant de voir tout qu’on pouvait faire avec un paysage. C’était même parfois dangereux : il a fallu décrocher de gros morceaux de pierre parce qu’ils menaçaient de tomber sur les figurants tout nus. » Steve Bergeron

Vous voulez y aller?

Alex Nevsky
Première partie : Claudia Bouvette
Samedi 22 février, 20 h
Théâtre Granada
Entrée : 40,50 $ (membres Desjardins : 35,50 $)