François Maranda et Jean-Marie-Corbeil

Corbeil et Maranda: pressentir la complicité

Ils auraient pu continuer à faire leur petit bonhomme de chemin, chacun de son côté. François Maranda a une carrière d'acteur, d'animateur et de chevalier Bélair Direct qui marche très bien. Jean-Marie Corbeil, lorsqu'il n'anime pas de soirée d'humour et ne joue pas à la télé (il a récemment incarné un pédophile dans District 31), est un estimé coordonnateur de soirées de gala pour entreprises ou organismes sans but lucratif.
Mais parce qu'ils avaient envie de travailler ensemble depuis belle lurette et que les résultats se sont avérés meilleurs qu'ils l'auraient cru au départ, ils ont carrément décidé de former un duo comique. Mais attention : un véritable duo, comme Dominic et Martin et les Denis Drolet. Leur premier spectacle n'est donc pas l'amalgame de deux prestations en solo, chacun ayant sa moitié de soirée, comme l'ont fait d'autres humoristes pour lancer leur carrière.
« Cela fait une vingtaine d'années qu'on se connaît, François et moi. Chaque fois qu'on se croisait, on s'entendait bien et on se disait qu'on devrait faire quelque chose ensemble un jour. Ce quelque chose est arrivé il y a deux ans et demi : on a créé une capsule web intitulée Les témoins, une parodie des Témoins de Jéhovah », raconte Jean-Marie Corbeil.
Finalement, ils ont fait trois capsules, lesquelles se sont révélées assez drôles pour qu'ils songent à écrire des numéros de scène. « Ce qui a aussi vraiment bien marché. Il restait à voir si notre écriture était complémentaire et si on s'entendait assez bien pour faire un spectacle ensemble à temps plein. Mais le fun est resté, et c'est ça, le plus important. »
« On est caves égal! résume François Maranda. Même degré de cavitude. Chacun a sa maladie mentale et la capitalise à la bonne place. Jean-Marie la montre un peu moins, il la canalise sur scène... »
« Alors que François, lui, donne constamment une image positive de la sienne! » relance Jean-Marie, pince-sans-rire.
« Quoique, quand Jean-Marie entre quelque part, il y a toujours un fond de rire chez les gens, réplique François. Grâce à sa face. Heureusement, il ne l'a jamais fait arranger... »
François Massicotte et Sylvain Marcel
Voilà donc une trentaine de mois que le nouveau tandem écrit des numéros, les testant lors de soirées d'humour ou de spectacles d'entreprise. Jusqu'à ce qu'ils en aient suffisamment pour remplir 90 minutes. Ils ont alors recruté Sylvain Marcel pour leur mise en scène et François Massicotte à la relecture des textes.
« Ni François ni moi n'apportons de vieux matériel dans ce spectacle », insiste Jean-Marie Corbeil, qui aurait pu le faire, puisqu'il a présenté son premier spectacle solo sur une période de six ans. « Quand j'ai arrêté, j'ai senti que j'aurais pu continuer. Les gens réclamaient encore certains numéros. »
La seule « non-nouveauté » est l'imitation de Marina Orsini qu'a faite François Maranda dans le spectacle Revu et corrigé, auquel il a participé en 2015 et 2016 au Théâtre du Rideau vert. « Il y a eu un petit buzz, alors on s'est dit que ce serait intéressant d'intégrer Marina à un sketch », confie François.
« En ce moment, la mode est vraiment au stand up comic le plus dépouillé possible. Un humoriste, un micro, un projecteur, c'est tout, et c'est correct. Mais nous, nous avons eu envie de surprendre et d'aller à l'opposé de ça, avec des sketchs, de l'imitation, des personnages, des costumes, de la chorégraphie, du chant... et un peu de stand up à deux » mentionnent-ils, précisant qu'il y a de l'humour jusque dans les pas de danse et les textes des chansons.
Quant aux thèmes, les deux humoristes estiment mettre le doigt sur des sujets assez brûlants, tels la surconsommation, l'absurde et la folie, les croyances et les superstitions, le système de santé, l'état de la nation québécoise, la croissance personnelle... « On a même réussi à écrire un numéro sur l'aide à mourir. Mais ça donne quelque chose de beau. Sylvain Marcel nous a beaucoup aidés pour ces moments où on est plus près du théâtre. C'est le miniwheat des metteurs en scène, à la fois givré et sensible. »
La musique de l'autre
Même si François n'est pas passé par l'École nationale de l'humour comme Jean-Marie, le second n'a eu aucun besoin d'agir comme entraîneur du premier.
« C'est vrai que je me considère davantage comme un comédien humoriste, dit François Maranda. J'ai besoin d'avoir des partenaires de jeu. Mais j'ai déjà fait des numéros en solo dans des soirées d'humour. L'arrivée du duo m'a simplement fait prendre conscience que j'avais maintenant besoin de ce défi-là : monter un spectacle d'humour. »
« Ces deux années et demie de préparation ont été nécessaires, ne serait-ce que pour comprendre nos dynamiques respectives, poursuit Jean-Marie. Au début, on se coupait involontairement la parole. Maintenant, on comprend le rythme de l'autre. »
Aucun des deux n'a délaissé complètement ses autres activités professionnelles, même si la tournée qui s'amorce prendra une plus grande part de leur agenda, surtout pour Jean-Marie, qui demeure malgré tout à la barre de soirées d'humour à Sorel. François Maranda continue aussi d'animer l'émission du matin à la station de radio CIME de Saint-Jérôme, de faire de la narration... et de tourner des publicités pour Bélair Direct.
« J'avoue qu'on ne pouvait faire abstraction du chevalier... Il y aura des clins d'oeil dans le spectacle », révèle-t-il.
Vous voulez y aller?
Corbeil et Maranda
Vendredi 20 janvier, 20h30
Vieux Clocher de Magog
Entrée: 30$