Simon Boulerice
 Simon Boulerice

Conversation de salon avec Simon Boulerice

Parce que la pandémie de la COVID-19 fait qu’on est chacun à la maison, solidaires en solo, en duo ou en petits noyaux familiaux, on vous présente une chaîne d’entrevues qui nous promènera d’un univers à un autre. Aujourd’hui, on donne un coup de fil à l’auteur Simon Boulerice.

Simon Boulerice a ce sourire dans la voix. Tout le temps. Cette énergie contagieuse, aussi. Et cette façon vive, sensible, de parler de sujets adultes autant que de tracasseries d’enfance. 

À l’entendre, ce dernier midi du mois de mars, on ne dirait pas que l’insomnie a bousillé sa nuit. Et celle d’avant. Et peut-être celle d’avant encore. 

« Je fais partie du clan des optimistes, en général. Mais bon, je suis aussi conscient de tout ce qui se passe… Je vais peut-être prendre un peu de distance face aux points de presse quotidiens! » 

L’écrivain était en conférence à Détroit quand le gouvernement Legault a dévoilé les premières mesures de son plan pour contrer la pandémie de la COVID-19. 

« Dès mon retour, je devais tourner à Radio-Canada pour l’émission Les poilus. Tout ça a bien sûr été annulé. J’ai fait une quarantaine, une vraie, je n’ai pas mis le nez dehors, sauf pour sortir mon compost! »

Les 14 jours de confinement n’avaient rien pour saper le moral de l’écrivain. « La solitude, ça ne me pèse pas, c’est dans mon ADN, en quelque sorte. J’étais un enfant solitaire, presque isolé, je suis capable d’évoluer là-dedans avec une certaine sérénité. Au départ, j’ai même vu ça comme une brèche de calme qui s’ouvrait pour moi. J’avais beaucoup de textes à écrire, je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour passer du temps devant mon clavier. » 

Sauf que. À force d’écouter en boucle les bulletins de nouvelles, l’inquiétude a monté d’un cran. 

« L’écriture coulait de source jusque-là, mais elle s’est un peu tarie, à un moment donné. La création n’est pas toujours stimulée par les moments de crise. Le chaos est inspirant, mais dans une certaine mesure seulement. »

La lecture a rempli le vide. Jusqu’à ce qu’une phrase entendue à l’émission Les francs-tireurs repartent la machine. 

« Le Dr Réjean Thomas était invité pour faire un parallèle avec la pandémie actuelle et l’histoire de la propagation du sida, dans les années 1980. Il a raconté comment celui qui était considéré à tort comme le patient zéro, Gaétan Dugas, avait été stigmatisé, comme toute sa famille, d’ailleurs. Il a rappelé comment on aime chercher un coupable, alors qu’au final, humainement, ce n’est pas tellement intéressant d’aller là. Cette phrase m’a rappelé un projet que j’avais entamé il y a longtemps et qui s’intéressait à la communauté LGBTQ. J’ai repris le manuscrit. »

 Simon Boulerice

Stylo et micro

Il a aussi saisi les micros qu’on lui tendait. Une vidéoconférence sur Zoom avec des étudiants de l’UQTR, une intervention à l’émission radiophonique de Pénélope McQuade et une lecture web sont quelques-unes des vitrines où il a pris parole ces derniers jours. 

« En temps normal, je vais beaucoup à la rencontre des lecteurs. Dans les écoles primaires jusqu’à l’université, je donne beaucoup de conférences, parfois trop pour ce que peut supporter mon agenda. Mais c’est vraiment important pour moi de partager ce qu’a été mon parcours. Je n’étais pas un lecteur instantané. Et je suis devenu écrivain malgré tout. Cet aveu-là ouvre une porte, une possibilité de rêver. Les enfants comme les adolescents se disent que leurs propres ambitions ne sont pas hors d’atteinte. »

Ses jeunes lecteurs, il a envie de les rassurer ces jours-ci. De leur dire que ça va aller. Ses mots sont aussi sages et beaux que les arcs-en-ciel qui fleurissent les fenêtres du Québec. 

« De l’anxiété, beaucoup de parents en vivent présentement. Et les enfants l’absorbent, en plus d’avoir leurs propres déceptions à digérer. C’est incroyable la somme de déceptions que vivent les enfants et les adolescents en ce moment. »

Dans le grand flou de ce qui advient de la fin de l’année scolaire, les élèves s’en font et s’inquiètent. 

« On parle du report des Jeux olympiques et à ce que ça signifie pour les athlètes, mais très près de nous, il y a de jeunes sportifs qui sont nos olympiens de demain et qui voient aussi le rideau tomber sur toutes les compétitions sportives pour lesquelles ils s’entraînent depuis le début de l’année. Même chose pour les jeunes artistes qui préparaient spectacles et concerts. Les finissants se demandent s’ils auront un bal un jour. Les voyages scolaires sont annulés. Les apprentissages sont perturbés pour tous. Certains se demandent s’ils passeront directement à l’autre niveau, s’ils auront les acquis nécessaires. D’autres, qui étaient peut-être en train de reprendre leur année scolaire en main après des débuts plus difficiles, se disent que les notes qu’ils avaient accumulées jusque-là ne leur permettront peut-être pas de passer à l’étape suivante. Bref, la somme de toutes ces préoccupations, combinées à un sentiment d’isolement tout à fait réel en dépit des réseaux sociaux, ça fait beaucoup à absorber pour nos jeunes. »

Ces petites et grandes peines, il faut savoir les accueillir. Les entendre. Les comprendre. Les apaiser. Et après, il faut aussi savoir les relativiser. Trouver moyen de les dépasser et de composer avec ce qui fait notre quotidien, en ce moment.

« Je pense que, les adultes autant que les enfants, on doit trouver ce qui nous allège et se doter de zones de sérénité. »

Pour Simon Boulerice, ça veut dire raconter des histoires. Lire celles des autres. Et ne s’accorder qu’une dose modérée de bulletins de nouvelles quotidiens.

DANS TON COCON

Le livre que tu lis

Je viens de terminer Trop-plein, de Martin Talbot. C’est quelqu’un que j’estime beaucoup, un réalisateur qui a signé Henri Henri et plusieurs épisodes des Parent. Son livre est un formidable pot-pourri de souvenirs qui m’ont ému. Les personnages qu’il met en scène sont absolument savoureux. Il parle de sa mère, de ses tantes, de son père. C’est une écriture très sensorielle, très touchante aussi. Sinon, j’aime aussi beaucoup les livres de l’essayiste Michel Tournier. 

La série ou le film que tu as envie de (re) voir

Dans le temps des Fêtes, je visionne toujours Les quatre filles du docteur March parce que c’est un film qui fait du bien. J’ai écouté cette année Little Women, la version qu’en a faite Greta Gerwig, et j’ai capoté. C’est aussi bon que mon classique des années 1994. C’est une belle histoire féministe et réconfortante.

L’univers musical dans lequel tu (re) plonges

Ma sœur est ma voisine et depuis le début de la pandémie, elle écoute chaque jour les disques d’Alexandra Stréliski, tellement fort que les notes traversent les murs. C’est ce qui m’accompagne au quotidien. Mais dans la vie, j’aime beaucoup le silence… Sinon, dans le créneau de la musique apaisante, il y a le dernier album de Maude Audet qui est superbe. C’est doux, feutré, envoûtant. 

Une activité qui te fait du bien

J’écoute La soirée est (encore) jeune en podcast quand je fais mon jogging. Je ne suis pas un grand coureur, mais j’ai le temps de passer à travers deux chroniques en faisant deux tours du carré! J’ai aussi écouté les radioromans qui ont été diffusés sur les ondes d’ICI Première et j’ai a-do-ré ça. La radio m’accompagne beaucoup. 

Un plat réconfort?

À la maison, ce n’est pas moi qui cuisine, c’est mon amoureux, qui est un fin gourmet alors que moi, je suis gourmand. J’aime tout. Hier, il a concocté de l’aiglefin avec de l’orge aux champignons et au fromage. C’était fantastique. L’orge, en soi, est une céréale assez réconfortante. Si on ajoute des champignons et du fromage en plus, c’est le summum. 

Les gens que tu souhaites saluer en ce moment?

D’abord et avant tout, les travailleurs de la santé. J’ai envie de leur faire le plus grand high five de tous les temps! Et j’ai une grande, grande pensée pour nos aînés. Mes grands-parents ont 93 et 92 ans. Ils sont ensemble depuis l’âge de 20 ans et depuis janvier seulement, ils demeurent dans une résidence pour personnes autonomes à Saint-Rémi, où j’ai grandi. Je ne peux évidemment pas aller les voir. Je pense à eux, à ce que c’est de vivre en résidence actuellement.