Contrastes en mouvements pour Virginie Brunelle

Un an après avoir terminé son diplôme en danse au Cégep de Drummondville, Virginie Brunelle fondait en 2009 sa compagnie. Depuis, elle fait danser des corps qui émeuvent. Ses pièces font l’objet de tournées internationales, circulant autant en Europe qu’au Canada. Après être venue présenter à Sherbrooke À la douleur que j’ai en 2017 et Beating, créée pour la compagnie Gauthier Dance Theaterhaus Stuttgart, l’an dernier, elle sera de retour au Centre culturel de l’UdeS mardi soir pour présenter sa nouvelle création, Les corps avalés.

Q Que tentez-vous d’exprimer, de dénoncer, de faire ressentir aux spectateurs par vos chorégraphies et plus précisément avec Les corps avalés?

R Dans ma démarche, j’aime créer un pont avec le spectateur alors j’aime bien transmettre des impressions, des émotions, souvent en passant par des thématiques universelles comme les relations, l’amour, la quête identitaire. Je me suis grandement inspirée de mes propres observations sur nous, la société, nos agissements. C’est donc le reflet d’une société affligée, qui est peut-être la nôtre. Ce qui en ressort, ce sont des hommes et des femmes qui sont pleins d’engagements et profondément chargés d’un sentiment d’urgence. Un sentiment qui les pousse à s’unir et se rassembler. Le travail de groupe a donc pris beaucoup plus d’importance dans cette pièce si on la compare aux anciennes. On ressent une forme de désespoir, une fureur, une rage qui animent les interprètes dans une passion, une frénésie, et parfois dans la démesure. Les corps avalés, c’est une traversée à travers un maelstrom de vie et de mort. Il y a beaucoup d’oppositions et de contrastes, de dynamisme. Pour bien sentir ce chaos sociopolitique, on va dans les opposés. L’espoir traverse les sentiments plus sombres. Ce qui nous amène vers des rapprochements plus doux, tendres, intimes. Les protagonistes y trouvent un certain sens à la vie, un certain réconfort.

Q Vous êtes arrivée à la danse en passant par la musique et plus précisément le violon. Lorsque vous composez une chorégraphie, l’inspiration vient-elle de la musique? Comment faites-vous vos choix de pièces?

Virginie Brunelle

R Je suis très inspirée par la musique. Dans cette pièce, je collabore avec le Quatuor Molinari qui sera sur scène avec les sept danseurs. C’est la première fois que la musique est jouée en direct dans un de mes spectacles et je crois que désormais, je ne pourrai plus faire autrement. Je commence toujours mes créations en faisant des recherches musicales. J’ai en tête les thématiques dont je souhaite parler et celles-ci se dessinent tranquillement à l’écoute musicale. C’est souvent par la musique que je vois les tableaux prendre forme, que j’imagine quel dynamisme et quelle intention vont ressortir dans chacun des tableaux. Quand je suis allée voir le Quatuor Molinari avant de commencer la collaboration, j’ai eu les yeux pleins d’eau en moins de deux minutes. J’étais émue de retrouver le violon. Cet instrument est vraiment ancré en moi. Les danseurs me disent aussi que les cordes leur permettent de renouveler l’émotion sur scène.

Q Quel est le parallèle entre les instruments d’un orchestre qui doivent s’harmoniser et les corps des danseurs qui doivent se synchroniser dans une chorégraphie?

R Ayant fait une dizaine d’années de violon, j’ai acquis une certaine musicalité. Je m’aperçois que c’est une de mes forces, la musicalité dans le phrasé chorégraphique. Ma composition physique se dessine comme une partition musicale avec les courbes et les annotations qu’on peut y trouver comme les crescendos, les staccatos, les suspensions. Ces annotations font en sorte qu’une pièce musicale passe de fade à très émotive. Je travaille de la même façon avec les corps et la danse. C’est comme une partition musicale interprétée par des corps humains qui arrivent avec leur charge émotive et leur vécu.

Q On dit de vous que vous êtes une chorégraphe alchimiste. Qu’est-ce que ça signifie?

R Dans mon processus créatif, je garde en tête à qui ça s’adresse. Je ne veux pas que la danse soit un art élitiste. Je me lance le défi de rendre la danse contemporaine accessible et pour le faire, je tente de trouver des images symboliques, intelligibles et assez fortes pour la rendre un peu moins abstraite. Ça reste des corps dans l’espace, mais en travaillant les dynamiques et les images qui parlent d’elles-mêmes et qui évoquent quelque chose de théâtral, j’ai l’impression, et on me le dit, que j’arrive à aller chercher de nouveaux spectateurs qui ont envie de découvrir davantage la danse. Je choisis aussi la musique pour qu’elle ait certains référents dans notre mémoire collective, je travaille souvent avec des pièces iconiques.