George Belliveau, Kevin McIntyre, Jonathan et Éloi Painchaud, Jean-François Breau.

Contagion cadienne [VIDÉO]

Pour bon nombre d’Acadiens et de Madelinots (dont les racines sont aussi majoritairement acadiennes), la musique louisianaise fait partie des mœurs. Il y a en effet longtemps qu’un pont musical s’est créé entre les francophones de l’est du Canada et leurs lointains cousins du sud des États-Unis, c’est-à-dire ceux dont les ancêtres acadiens, après le Grand Dérangement, se sont établis en Louisiane, alors possession française.

C’est probablement ce qui explique l’enthousiasme entourant la formation Salebarbes, tant dans ses propres rangs que chez les mélomanes qui l’ont tout de suite adoptée. Composé de trois Acadiens (Jean-François Breau, George Belliveau et Kevin McIntyre) et de deux Madelinots (les frères Éloi et Jonathan Painchaud), le quintette est né du simple plaisir, pour les cinq membres, de jouer ensemble une musique qui les touche particulièrement.

« En fait, on a programmé un spectacle aux Îles-de-la-Madeleine [au fameux Pas perdus de Cap-aux-Meules] sans savoir les chansons qu’on allait jouer, raconte Jean-François Breau. C’est après qu’on s’est mis à chercher, sur Internet, et on est tombé dans des répertoires traditionnels de musique acadienne et cadjen. Il faut savoir que certaines chansons de la Louisiane ont déjà été ramenées en Acadie par des groupes comme Suroît [dont faisait partie Alcide Painchaud, père d’Éloi et Jonathan], Boisjoli ou 1755. D’ailleurs, il y en a trois ou quatre que je connaissais depuis mon enfance sans savoir qu’elles n’étaient pas acadiennes. »

« Mais la Louisiane, c’est aussi le berceau du rock ‘n’ roll! poursuit Éloi Painchaud. CCR, Born on the Bayou, Chuck Berry, Elvis qui est aussi passé par là... On a grandi avec ça! Pour nous, tomber dans cette talle de chansons là, c’était super trippant! Et c’était super simple à apprendre! On a donc sauté à pieds joints dans ce répertoire qui était déjà dans nos racines! »

C’est cette simplicité, selon lui, qui explique en partie le grand intérêt pour Salebarbes. « C’est une musique sans prétention, poursuit Jean-François Breau. On soigne ce qu’on fait, mais on a surtout énormément de plaisir. »

Jean-François Breau, Éloi et Jonathan Painchaud en entrevue à La Tribune pour le groupe Salebarbes. 

Poissons, crustacés, vieilles bottes

Le nom du groupe n’a rien à voir avec la propreté de leurs barbes. Il désigne un petit filet qu’on jette au bout du quai le soir et qu’on remonte le lendemain, avec tout ce qu’il y a dedans, c’est-à-dire poissons, crustacés ou vieilles bottes. C’est aussi le nom d’un entrepôt de poudre et de munitions sur un navire. La métaphore vaut donc aussi bien pour le côté explosif de la musique que pour le « rapaillage » de tout ce qui leur passe dans les oreilles (musique acadienne, louisianaise, madelinienne)... ou dans les mains, car les cinq amis sont presque tous devenus multi-instrumentistes pour l’occasion.

Jean-François Breau s’est ainsi initié à la planche à laver, tellement symbolique de la tradition cajun. « J’ai appris », commente-t-il simplement, exprimant que cela n’a guère été difficile.

« Kevin est très bon aussi avec le ti-fer, enchaîne Éloi Painchaud. Ça, c’est l’espèce de triangle fait à partir des rods de métal placés en arrière des moissonneuses-batteuses. Le plus drôle, c’est que Kevin a réussi à le fendre pendant la tournée en Gaspésie. On a fait un appel à tous pour le réparer et je pense qu’il y a eu 23 soudeurs qui se sont proposés. »

Depuis le début de l’entrevue, on sent les trois musiciens réticents à employer le mot « cajun », pourtant accepté pour désigner les francophones de la Louisiane. Mais les gars préfèrent parler de Cadiens ou le prononcent avec l’accent acadien, cadjen.

« Les francophones de là-bas ont repris le nom original de Cadien, qu’ils préfèrent, parce que dans l’inconscient collectif là-bas, il y a longtemps eu une connotation péjorative au mot cajun, explique Jonathan Painchaud. On s’en servait pour parler des gens simples et peu éduqués. Mais il y a un beau retour vers le français là-bas depuis quelques années. »

<em>SALEBARBES Live au pas perdus </em> FOLK-COUNTRY FRANCOL-A Be