Le spectacle de David Marin est un mélange de musique et de fausse animation de radio, en partie interactive, et duquel il espère tirer une baladodiffusion à la fin de la tournée.

Composter les émotions négatives

Avec en bandoulière son troisième album Hélas Vegas, David Marin a tiré un étonnant spectacle à saveur interactive.

Intitulé Radio Compost, son show a été mis en scène avec la collaboration de Philippe Brach. Sur scène, David Marin délaisse régulièrement son clavier et fait mine d’animer une vraie-fausse émission de radio.

« J’avais envie de me réinventer, de sortir du carcan des “entre-tounes” et de la formule où l’on se contente d’interventions et d’anecdotes », explique-t-il.

Il adresse ici « des clins d’œil au monde de la radio » (lignes ouvertes, actualité journalistique, radios poubelles...), tout en jouant sur la thématique des faux-semblants. Et sa bande participe pleinement à cette mise en scène.

« On a aussi de fausses pubs [préenregistrées] entre certaines chansons. Tout ça est un terrain de jeu, rien n’est figé. Il y a des espaces préparés et d’autres plus ouverts à l’improvisation, selon ce qui se passe dans la région où on est, pour que le spectacle puisse évoluer. On est comme à la radio en direct. » 

Marin l’animateur se raconte, mais l’univers qu’il développe n’est ni du théâtre ni du conte. Ou alors « on est dans une espèce de voie de service du conte », glisse-t-il.

S’il ne veut surtout pas tomber dans la revendication ni la dénonciation, son spectacle se veut tout de même subtilement grinçant. « On fait des clins d’œil à nos travers, à nos besoins de sécurité, mais on est toujours dans l’humain » et dans l’humour.

Volet interactif

Tout en animant leur « empire médiatique », Marin et ses musiciens s’amusent à recycler, ou plutôt à « composter les émotions négatives » des gens. Les spectateurs seront d’ailleurs conviés à rester dans leur rôle d’auditeur après le spectacle, en faisant parvenir au chanteur des commentaires qui pourront éventuellement nourrir les lignes ouvertes de ses futures « émissions ». Ou à alimenter la baladodiffusion de Radio Compost, que le chanteur projette de mettre sur pied quand il aura terminé sa présente tournée. 

Dans une vidéo publiée sur YouTube et destinée à faire la promotion du spectacle, le musicien harangue ses auditeurs virtuels : « Salut, c’est Radio Compost ! Qu’est-ce que t’as su’l cœur ? » demande-t-il, de sa voix de basse éminemment radiophonique.

Bref, les gens sont invités à devenir des collaborateurs. Ce volet interactif favorisant la création de contenu n’est toutefois pas systématique, tempère l’auteur-compositeur. « Ça reste un show de chansons » ponctué de petites surprises. 

Hélas Vegas était en nomination au dernier gala de l’Adisq pour l’album folk de l’année (le trophée lui a été ravi par Fred Pellerin). Oscillant entre folk groovy et poésie bluesée, cet album-périple s’est inspiré du Sahara, du Texas, de la Louisiane, de La Havane et de l’Islande.

Planante trompette

Pour l’accompagner durant cette aventure scénique, le capitaine Marin, qui tient le clavier, a fait appel aux mêmes matelots qui avaient ramé sur le disque : Marc-André Landry à la basse, Guillaume Bourque aux guitares, Pierre Fortin (qui a coréalisé le disque) à la batterie. La bande est complétée par le Sherbrookois Jérôme Dupuis-Cloutier à la trompette.

« C’est la trompette qui amène ce côté un peu plus New Orleans, plus americana et plus planant qu’on a sur l’album », ajoute David Marin.

Dans sa vingtaine, David Marin a étudié à Jonquière le journalisme et la radio, avant d’opter pour la musique. Il est toujours resté « un passionné de radio », doublé d’« un grand auditeur ». Radio Compost lui permet donc de jumeler ses deux passions. « Ça nourrit mon fantasme radiophonique », concède celui qui a animé une émission communautaire, ces dernières années — et qui dit avoir décliné une offre d’animation que lui tendait Ici Télé.

Vous voulez y aller ? 

David Marin
Samedi 30 novembre, 20 h
Centre d'art de Richmond
Entrée : 32,50 $