Le chanteur country Robby Johnson sera au Rodéo d'Ayer's Cliff ce soir. Il présentera ses grands succès et quelques grands classiques de la musique country de Johnny Cash et Keith Urban, pour ne nommer que ceux-là.

Comme un conte de fée, façon cowboy

Avant d'être le premier et seul chanteur country québécois indépendant à faire une prestation au Late Show With David Letterman ou à se tailler une place dans le top 20 du palmarès country américain avec les Keith Urban, Luke Bryan, Carrie Underwood de ce monde, Robby Johnson vivait une vie bien rangée en Beauce avec sa conjointe de toujours et ses enfants.
Lui était représentant sur la route dans le domaine industriel et s'appelait Sylvain Robitaille. Elle travaillait en droit des affaires.
Puis un beau Noël, il y a 5 ans, le Beauceron reçoit en cadeau une session d'enregistrement de la part de sa famille.
« On a filmé ma réaction et dans mon non verbal, on voit vraiment que je pense que c'est le pire cadeau à vie. Je ne considérais pas du tout comme un artiste ou un chanteur », raconte le natif de Saint-Georges.
Depuis la naissance de sa fille, Rose-Alice, il chantait toujours à la maison. Souvent du Garth Brooks. Il chantait en cachette, mais il chantait bien. Il composait déjà des chansons, mais il n'était pas du genre à rêver grand.
« Le milieu d'où je viens n'était pas écrasant, mais pauvre. Je me souviens du midi à la cafétéria de l'école lorsque je n'avais rien à manger. Je buvais de l'eau. Et il y a des matins où je ne voulais pas aller à l'école tellement j'avais honte de mes vêtements démodés. À la longue, je me suis mis à penser que j'étais né pour un petit pain», se souvient le chanteur.
Heureusement, il croise sur sa route à l'adolescence Pier-Anne Lachance, qui deviendra la mère de ses deux enfants et pour qui rien n'est impossible. Le rêve se met en marche.
Les musiciens qui l'accompagnent en studio lorsqu'il consomme son cadeau remarquent son talent et lui conseillent de tenter sa chance. Sylvain Robitaille devient Robby Johnson. Il met une composition en ligne qui attire l'attention du célèbre producteur Jimmy Nichols (Reba McEntire, Faith Hill). Ce dernier l'incite à s'installer dans LA ville du country, Nashville, où Johnson et sa famille déménagent en 2012.
«On n'a pas hésité, on n'a pas pensé, on est parti à Nashville. On nous avait dit que pour démontrer notre engagement, il fallait vraiment être sur place. C'était une façon de dire que j'étais là pour que ça fonctionne et non pour essayer. Et ça va bien depuis», mentionne celui qui a ensuite lancé son premier extrait radio South Of Me qui l'a mis sur la map américaine du country et dont le vidéoclip a été vu à près de 3 millions de reprises. La chanson a été composée avec Anthony Smith et Frank Myers, qui a déjà gagné un Grammy. C'est ce hit qui lui offre un ticket pour le Late Show With David Letterman alors qu'il n'a pas encore lancé son premier album.
«On est arrivé à Nashville en disant qu'on était là pour apprendre. Je suis un gars de famille, ordinaire et terre à terre. Et je crois que les gens de l'industrie ont aimé ça. En même temps, comme on ne connaissait pas le milieu, on ne connaissait pas les limites et on ne s'en pas ait mises. »
Son premier opus, Don't Look Back, voit le jour en janvier 2016 et est réalisé par une légende de Nashville, James Stroud, dont les réalisations ont généré des ventes d'albums de 95 M$. «Dont Look Back, c'est ce qu'on a fait en partant à Nashville. On a regardé droit devant », résume Robby Johnson.
L'album reçoit un bel accueil. Le magazine People le qualifie comme étant « aussi rafraichissant et séduisant que son... look », le Billboard apprécie « son ton amical » et Music Connection louange « sa belle allure, sa voix profonde et la qualité de ses chansons ».
Même s'il regarde droit devant, Robby Johnson n'oublie pas ses origines. Il est revenu au pays notamment pour assurer la première partie de Keith Urban au Festival de Québec en 2015. Il sera de retour aussi pour le Rodéo de Ayer's Cliff et le Festival de St-Tite.
Lors de la dernière cérémonie des Country Music Association Awards, Robby Johnson était assis dans la troisième rangée. Près de Garth Brooks, sa plus grande inspiration. Il a pu lui serrer la main et lui dire que ce sont ses chansons qu'il chantait en cachette pour ses enfants seulement. Il n'y a pas si longtemps. Et pourtant.
De Sylvain X à Robby Johnson
Sylvain Robitaille avait cinq ans quand son père quitte la famille laissant sa mère dans une situation difficile, elle qui devient mère monoparentale de quatre enfants. Les liens sont brisés à jamais.
«J'ai hérité de mon nom de famille de mon père et j'ai toujours détesté ce nom à cause de ce qu'il représentait. Je détestais tellement mon nom que je signais toujours Sylvain X lorsque j'étais à l'école », raconte le chanteur country qui a même insisté pour que ses enfants portent le nom de famille de sa conjointe.
« C'est le nom de mon beau-père et il mérite vraiment que son nom soit porté par mes enfants », ajoute-t-il précisant qu'en fait, sa belle-famille est en grande partie responsable de son succès puisqu'elle est très présente et impliquée.
Adulte, Sylvain Robitaille écoute la série et le film sur Alys Robi, qui est la cousine de son grand-père paternel. «À un moment donné dans le scénario, il y a une phrase qui dit qu'il n'y a rien qu'un Robitaille ne peut pas faire. Ça m'a marqué. C'est comme si ça m'a redonné la fierté de porter ce nom. »
De là le Robby, pour Alys Robitaille. Et le Johnson, lui, il vient d'où?
« Johnson, car il y a plein de Johnson qui ont fait des choses extraordinaires comme présidents des États-Unis (Andrew et Lyndon), champion de basketball (Magic) ou coureur automobile (Jimmie). En même temps, c'est un nom commun. Les gens me disent que Robby Johnson, ça fait ordinaire. Et je leur réponds que justement, je suis un gars ordinaire et accessible », lance le chanteur.
« Ma version à moi, c'est qu'il a commencé en chantant sous la douche avec les shampoings Johnson et Johnson », ajoute sa complice, Pier-Anne.