Comble de gens et de mots aux Correspondances d'Eastman

Deux lutrins, quelques projecteurs et un silence absolu; la salle du Cabaret Eastman était comble de gens, mais surtout de mots, dimanche après-midi, pour L’amour au temps des catastrophes, dernier acte des Correspondances d’Eastman, 17e édition.

L’année record du festival littéraire s’est clos sur les écrits aussi doux qu’ardents d’Albert Camus et de Maria Casarès, à travers la généreuse lecture théâtrale qu’ont offerte Christian Bégin et l’auteure Véronique Grenier des lettres des deux amants.

Si Camus affirme dans une de ses correspondances avoir horreur du téléphone, ce ne sont pas les spectateurs de la lecture dimanche qui s’en sont offusqués. L’amour des mots de l’auteur et de sa tendre actrice aura permis de conserver la trace vive et poignante d’un amour si poétique qu’il n’aurait pu trouver moment plus signifiant pour débuter que le soir du Débarquement de Normandie.

À la manière des brefs et longs épisodes de séparation qui ont parsemé cette histoire d’amour interdite, les lectures ont à l’occasion cédé la place à des envolées de violoncelle, question de faire vibrer les cœurs bien comme il faut.

Tantôt au bord des larmes, essayant de « nourrir un amour de chair avec des ombres et des souvenirs », tantôt emporté par la panique ou un vif désir de vivre, le Camus de Christian Bégin, qui a d’ailleurs découvert ces textes grâce à l’événement, s’est complexifié au fil des états d’âme de l’auteur. Le comédien n’a pas non plus manqué de livrer les rares passages humoristiques, où le drame du récit s’allège pour permettre aux spectateurs d’exister collectivement, l’espace d’un instant.

Véronique Grenier a incarné, en réponse, une pétillante Maria Casarès, digne d’une moitié qui ne savait laisser passer une journée sans mettre son amour sur papier.

Pour ceux qui auraient manqué la prestation, le responsable de la coordination des Correspondances d’Eastman, Raphaël Bédard-Chartrand, n’a qu’un conseil : « Il faut absolument lire ces lettres déchirantes. On voit vraiment que les relations humaines peuvent se partager par des émotions très fortes ».

L’universalité de l’amour, d’ailleurs, en fait un sujet tout désigné dans un festival qui, comme l’avance M. Bédard-Chartrand, vise à démocratiser les lettres. N’ayons pas peur du mot « littérature »! clame-t-il.

Devant une salle comble mais remarquablement attentive,  Véronique Grenier et Christian Bégin ont livré une poignante lecture des correspondances amoureuses d’Albert Camus et de Maria Casarès lors du dernier acte des Correspondances d’Eastman, dimanche après-midi.
Christian Bégin

Édition record

Malgré la pluie et les embûches, les Correspondances d’Eastman auront connu une édition hors du commun. « On a été très surpris que les festivaliers aient bravé la pluie pour venir assister aux prestations, grandes entrevues et aux spectacles, partage M. Bédard-Chartrand. On sait qu’on a eu un peu moins de déambulatoires, mais on parle d’une augmentation de 37 % des ventes de billets. C’est record. »

Orchestré autour du thème du ravissement, le long week-end aurait à l’inverse pu tourner à la catastrophe lorsque Lou-Adriane Cassidy a dû annuler son spectacle de jeudi pour des raisons de santé.

« Notre plan B, Louis-Jean Cormier, s’est manifesté rapidement et les billets se sont envolés. On est vraiment contents qu’il se soit rendu disponible pour nous », commente M. Bédard-Chartrand.

Près de 70 auteurs et artistes, dont le porte-parole Christian Bégin, ont coloré cette édition à la programmation variée. Étendu sur toute la municipalité, l’événement compte plus de 21 sites d’activités.

D’ailleurs, la fréquentation grandissante pourrait bien forcer le festival à se trouver un nouvel emplacement dans les prochaines années, affirme l’organisateur sans plus de détails.

Difficile de nier que le concept de Louise Portal, auteure, comédienne et cofondatrice des Correspondances, a parcouru tout un bout de chemin.

« D’inviter les gens à déambuler dans les jardins pour y écrire des lettres qui seront envoyées partout à travers le monde, ça reste encore aujourd’hui l’âme du festival. Par contre, les grandes entrevues et les cafés littéraires sont réellement devenus nos activités principales. Ça ne cesse d’évoluer, mais ça a toujours été une question de communauté et une grande fête des lettres », rapporte M. Bédard-Chartrand, qui voit des gens de partout au Québec prendre part aux activités.

L’an prochain, les Correspondances seront teintées de la vision de l’auteur primé Biz, qui agira à titre de porte-parole. Le thème de l’édition 2020, « révoltes », semble particulièrement à l’image de celui qui œuvre aussi comme membre du groupe Loco Locass.