Clôde Beaupré réalise plusieurs croquis avant de commencer une sculpture. À la fin, il a dessiné l’œuvre tant de fois qu’il peut la visualiser en trois dimensions dans son esprit.
Clôde Beaupré réalise plusieurs croquis avant de commencer une sculpture. À la fin, il a dessiné l’œuvre tant de fois qu’il peut la visualiser en trois dimensions dans son esprit.

Clôde Beaupré : travail d’argile, volonté de fer [VIDÉO]

Clôde Beaupré est probablement un des sculpteurs les plus connus à Sherbrooke. Professeur d’arts plastiques depuis 30 ans, successivement aux écoles secondaires du Phare et du Triolet, il enseigne aujourd’hui aux enfants de ses premiers élèves. La plupart des Estriens savent aussi qu’il est le concepteur de nombreux trophées régionaux, une niche particulière que l’artiste de 62 ans a développée au fil des années : gala de la Semaine du bénévolat, Mérite estrien de La Tribune, gala des Bravos de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, etc.

Mais même s’il adore l’enseignement, Clôde Beaupré a toujours mené sa propre démarche de création en parallèle. « Ça me donne une certaine crédibilité auprès de mes élèves : "Notre prof d’arts, ça a l’air que c’est un artiste : il ne nous fera pas faire du bricolage", cite-t-il en riant. Mais autant j’ai hâte d’entrer dans ma salle de classe le matin, autant j’ai hâte d’entrer dans mon atelier à la maison. »

Il y retrouve la matière qu’il a adoptée dès l’adolescence : l’argile. Malgré toute la patience et les recommencements inhérents au travail de la terre glaise (il estime à dix % le nombre de pièces qui craquent et même explosent durant la cuisson), Clôde Beaupré est resté fidèle.

« J’ai découvert l’argile en cinquième secondaire, à l’école Saint-François. Ça a été une révélation : je venais de trouver ce que je voulais faire. J’ai essayé un peu de taille directe [la pierre, le bois…], j’ai aussi fait des bronzes, mais avec l’argile, tu as un contrôle absolu. J’ai acheté mon premier four de cuisson à 17 ans. Je suis parti de sujets comme des monstres et des créatures démoniaques, et puis j’ai épuré, épuré, épuré, jusqu’à aujourd’hui. »

Ses sculptures humanoïdes, mélanges de formes arrondies et anguleuses, sont très facilement reconnaissables.

« Il faut que mes œuvres portent un discours. C’est possible avec l’abstraction, mais si tu donnes des assises figuratives, tu peux aller chercher une plus grande palette de regards. Et moi, j’ai envie de parler à tout le monde. Pas seulement aux initiés mais aussi aux néophytes. »

Après des heures de modelage, d’assemblage et de sculpture, Clôde Beaupré obtient des pièces comme celle-ci, inspirée par la pandémie et intitulée Proximité.

Au départ, le dessin

À ceux qui croient qu’un sculpteur ne sait pas dessiner (un préjugé qu’il entend à l’occasion), Clôde Beaupré rétorque que chacune de ses pièces s’amorce par un dessin.

« La première étape, c’est de s’immerger dans un sujet, de le ressentir, d’en prendre conscience, souvent à partir d’une émotion. Après, je développe les images et je fais beaucoup de croquis. J’en viens à une idée précise que j’exploite au maximum, tellement que je finis par la voir en trois dimensions. C’est comme si la sculpture était faite avant même de la réaliser. »

Suit le modelage. Souvent il faut que l’argile ait commencé à sécher, pour qu’elle soit malléable, mais qu’elle garde quand même la forme souhaitée. Comme la plupart des œuvres de Clôde Beaupré sont faites d’assemblages, l’artiste doit façonner chaque élément à part. La plupart du temps, il faut attendre que la dernière partie posée ait séché avant de fixer la suivante, sinon le montage peut s’effondrer. Il doit parfois patienter des mois pour s’assurer qu’une sculpture soit totalement sèche.

« Il faut respecter l’argile pour ce qu’elle est. C’est lent, c’est long, mais c’est agréable. »

Vient la cuisson à 1800 degrés. C’est là qu’une bulle d’air mal placée ou un séchage incomplet peuvent mener à la fissure ou à l’éclatement. « Il faut compter huit heures pour atteindre la température souhaitée (les pièces deviennent rouges comme de la lave), puis dix heures pour la faire baisser et être capable d’ouvrir la porte du four. Le refroidissement est aussi très long et très doux. Un choc thermique pourrait faire des dommages. »

Reste la peinture, l’étape la moins stressante, puisqu’il est toujours possible de recommencer. « C’est un gros trip! J’ai déjà changé dix fois de couleur pour revenir à celle de départ! dit-il en pouffant de rire. La peinture, c’est comme la récompense pour tout l’effort d’avant, parce que la pièce est réussie, elle n’a pas explosé, elle est maintenant assez dure pour résister aux chocs. C’est une joie incroyable! »