Clémence Desrochers

Clémence, sujet à musée

Clémence au musée? Vraiment? Ceux et celles qui la connaissent bien resteront peut-être perplexes… Pas parce qu’ils ne voient pas la pertinence d’une exposition rendant hommage aux 61 ans de carrière de l’artiste sherbrookoise, des premiers monologues jusqu’aux plus récents dessins, en passant par la télévision, le cinéma, la scène, la poésie, les chansons... Qu’il y ait assez de matière pour remplir un espace muséal et attirer quelques milliers de visiteurs, cela ne fait aucun doute.

Mais sachant à quel point la fille d’Alfred déteste regarder en arrière et combien, pour elle, l’exercice de recherche et de mémoire avait été pénible lorsque feu Hélène Pedneault avait écrit sa biographie, le premier réflexe serait de croire qu’elle a probablement opposé, dès le départ, un non catégorique.

Sauf que les choses ont été différentes cette fois-ci : « Je n’ai rien eu à faire!  répond-elle avec un sourire amusé. C’est pour ça que j’ai dit oui! »

Tellement rien à faire que cette exposition, baptisée Clémence. De la factrie au musée et ouverte au grand public dès ce samedi 12 mai, ne sera découverte par la principale intéressée qu’une heure ou deux avant le vernissage.

« J’ai très hâte, mais je suis aussi bien intriguée de voir ça, si ce sera vivant, étonnant... Si ça me représente bien, ce sera à la fois joyeux et poétique. J’avoue que ce projet m’a touchée et que je n’aurais jamais cru que j’aboutirais dans un musée. C’est vrai que j’ai fait une belle vie et que j’ai toujours espéré de petites galeries pour mes dessins, mais je n’ai jamais pensé à un endroit aussi important que le Musée des beaux-arts de Sherbrooke! »

Il faut dire qu’elle était en confiance : l’instigatrice du projet est une de ses grandes amies, la réalisatrice Annie Boudin, qui a signé un documentaire sur elle et possédait déjà plusieurs de ses dessins.

« C’est vraiment Annie qui tenait à ce projet, mais j’ai aussi beaucoup aimé les personnes du musée qui s’en sont occupées. Je les ai trouvées très sérieuses. »

Plongée exhaustive

On pourrait d’ailleurs parler d’une entreprise hors de l’ordinaire pour le Musée des beaux-arts de Sherbrooke. Sauf erreur, jamais l’établissement n’avait monté une exposition aussi exhaustive sur un artiste. Car De la factrie au musée, comme on pourrait le supposer, ne présentera pas que des créations d’arts visuels : il s’agit d’une plongée en eau profonde dans l’univers complet de Clémence, explique Catherine Duperron, chargée de projets. Qui plus est, l’exposition durera six mois, soit deux de plus que la moyenne au MBAS.

Clémence n’a pas eu à faire de fouilles dans ses archives personnelles, puisqu’elle les a données  à Bibliothèque et Archives nationales du Québec en 2011. « Elles  ont servi surtout de référence, la plupart des artefacts, photos, pochettes de disques et œuvres provenant des archives de Radio-Canada, du Fonds Alfred DesRochers [BAnQ de Sherbrooke], du Fonds Hélène-Pedneault [BAnQ du Vieux-Montréal], du Musée de la civilisation de Québec, de collections privées et de celle de Clémence, surtout pour les dessins », explique Catherine Duperron.

« Ça a été plus difficile de retrouver certains dessins, rapporte Clémence, car on ne savait plus qui les avait achetés. D’autres propriétaires ne voulaient pas s’en séparer, comme mon amie Reine Malo, qui en a un très beau, Dormir comme les chats, mais elle l’aime tellement, c’était trop dur pour elle de le prêter. Je pense que le musée a quand même réussi à faire une bonne récolte. »

La poésie dans les chansons

« L’exposition explorera les principaux moteurs de création qui ont marqué l’œuvre de Clémence, comme l’enfance, la famille, la nature et les femmes, mentionne Catherine Duperron. Elle comptera également des stations d’écoute où il sera possible d’entendre chansons, poèmes, reportages et extraits d’archives. Une personne qui s’attarde à tout pourra facilement y passer une ou deux heures. »

« Annie m’a fait enregistrer les textes de mes chansons sans musique, pour que les gens s’aperçoivent que ce sont des poèmes au départ », souligne Clémence.

Une partie a également été réservée pour les témoignages d’autres créateurs (mais aussi du public) qui confient comment Clémence a été importante pour eux. Les visiteurs pourront d’ailleurs faire de même, dans un grand cahier qui sera remis à l’artiste à la fin.

« Nous venons de recevoir la subvention permettant de rendre l’exposition itinérante, ajoute Catherine Duperron. La prochaine étape sera de trouver d’autres établissements québécois souhaitant l’accueillir, mais je sais qu’il y en a quelques-uns qui comptent la présenter. On espère qu’elle se promène pendant au moins deux ans et qu’elle se rende même dans les plus petites villes. Parce que Clémence a vraiment touché tout le monde au Québec. »

Clémence Desrochers

La retraite, un an plus tard…

Depuis le dernier tomber de rideau il y a un an, l’année de Clémence s’est déroulée dans la plus grande tranquillité : vacances, voyages, écriture, amitiés, dessin, adoption de deux petites chattes, plein air — « malgré l’hiver de c… » qui l’a privée de son ski de fond à son retour de Floride… Sans oublier ses Impatients, une cause dont elle s’occupera tant que sa santé le lui permettra.

La seule véritable entorse à sa retraite, c’est son rôle de Claudette, la mère de Danielle (Guylaine Tremblay) dans la comédie télé En tout cas. Et encore, les quatre scènes n’ont nécessité que deux jours de tournage. Et comme on voyait surtout la maman globe-trotteuse sur Skype, les exigences de réalisation étaient beaucoup plus supportables pour la comédienne de 84 ans.

Mais à la fin de la série, Claudette débarque à Montréal. Peut-on supposer une présence plus importante dans la saison 2?

« Honnêtement, je préférerais que les auteurs la renvoient en voyage! » commente Clémence en pouffant de rire, confiant qu’apprendre les textes par cœur n’est plus aussi facile et qu’elle n’aime pas retarder tout un plateau à cause de ça. « J’ai accepté justement parce que c’était un personnage secondaire. Ils sont censés s’ajuster à ce que je veux faire. C’est quand même beaucoup de contraintes, les tournages : l’attente, les essayages, le maquillage… »

Une chose qui n’a pas changé, ce sont ses échanges épistolaires avec son ami René Jacob, avec qui elle avait notamment publié deux livres, Nos mères et Dimanches et jours de fête. L’auteur beauceron s’était chargé des textes, elle, des illustrations. Les deux s’écrivent régulièrement, à la main, et s’envoient leurs missives par télécopieur.

« Le geste de l’écriture, la feuille vierge, j’aime encore ça. Quand mes amis se retrouvent et parlent de leurs bébelles pour communiquer, moi, je reste silencieuse, parce que je ne connais rien de ça. C’est un peu de ma faute, mais ça ne m’a jamais attirée. »

« René et moi, nous nous sommes rencontrés à l’époque des Petits Bonheurs de Clémence. J’étais tombée sur un de ses livres, Les objets du passé, et j’ai suggéré à la recherchiste de l’inviter. Il a malheureusement fermé sa maison d’édition, mais on continue de correspondre. C’est un bon ami pour moi. Quand on s’écrit régulièrement comme ça, on finit par se dire des choses qu’on ne dit à personne d’autre. On se raconte nos peines et nos joies. Il est vraiment important pour moi. On devrait retrouver beaucoup de lui dans l’exposition. »

Avec le printemps revient aussi la saison des plates-bandes et du potager, que Clémence adore toujours. Mais devant la tâche qui vient avec son grand terrain sur le bord du Memphrémagog, elle recourt désormais aux services d’une jardinière pour l’aider.

« Les amis sont vraiment importants pour nous. Nous en avons plusieurs autour du lac. On se retrouve sur le ponton ou dans un petit bistro à Georgeville, on se reçoit les uns les autres ou on se fait des fêtes ensemble. Ça fait une vie très intéressante. »

Vous voulez y aller?

Clémence. De la factrie au musée
Vernissage le samedi 12 mai, 14 h
Musée des beaux-arts de Sherbrooke
Jusqu’au 18 novembre 2018