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Claudine Dumont, autrice.
Claudine Dumont, autrice.

Claudine Dumont: un plongeon dans les mécanismes troubles du cerveau

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Qu’est-ce qui arrive si on poursuit notre vie en se trompant sur qui nous sommes réellement? Le corps a-t-il du pouvoir face à l’esprit et sa fausse piste identitaire? Ces questions, Claudine Dumont a eu envie de les explorer concrètement dans le sommeil, les rêves et le subconscient de Camille, sa protagoniste à l’enfance ébranlée par une mère déséquilibrée et contrôlante.

Avec l’aide de Gabriel, un ancien psychologue, et sa machine qui lui sert à visualiser les rêves, Camille accepte de fouiller ce qu’elle est au plus profond d’elle-même. Pour découvrir ce qui la torture au point de l’empêcher de dormir et «faire face à qui elle est vraiment», mais aussi pour retrouver la permission de voir sa filleule Jeanne avec qui elle a eu un comportement préjudiciable.

À l’instar d’Anabiose et de La petite fille qui aimait Stephen King, le troisième roman de Claudine Dumont n’échappe pas à ce besoin de «comprendre le comportement humain».

«Ma première source d’intérêt, c’est toujours l’individu et ce qui se passe entre ses deux oreilles. […] Pouvoir inventer, voir ce qui pourrait être mis en jeu dans les relations et construire à partir de ça, c’est ce qui m’intéresse en littérature. Je pense que la psychanalyse est mon plus gros outil pour écrire, même si je ne m’en rends pas toujours compte», raconte l’auteure, qui a notamment passé plusieurs années à étudier la littérature sous la loupe de Freud.

Cette passion pour la façon dont notre subconscient marque nos agissements et nos émotions pousse d’ailleurs l’écrivaine, aussi enseignante à temps plein, à se concentrer sur le développement de la psychologie de ses protagonistes. Quitte à délaisser temporairement sa trame narrative.


« J’ai besoin d’avoir une idée claire de qui sont mes personnages avant d’écrire. Et je n’écris pas avec un plan, seulement des points d’ancrage »
Claudine Dumont, autrice


Bien que la majorité des actions se déroulent dans la tête de Camille, quand elle dort, L’intrusive est loin d’être un roman contemplatif ou réflexif. Dans ce suspense psychologique, Claudine Dumont parsème, dès la première page, une panoplie d’indices permettant aux lecteurs de faire la lumière sur ce qui détruit le personnage principal de l’intérieur. Un travail de réécriture qui lui a d’ailleurs – ironiquement – grugé plusieurs heures de sommeil, affirme-t-elle en riant.

Des études supérieures en littérature «profil psychanalytique», de la documentation scientifique récente et un ami psychologue sont les sources dont l’écrivaine s’entoure pour développer ses personnages sur de véritables données.

«J’aime bien par contre me laisser de la liberté et ne pas me comprimer dans les règles que doivent suivre les psychologues et psychanalystes de ce monde. C’est entre autres pour ça que Gabriel ne fait partie d’aucun ordre professionnel. Je voulais pouvoir pousser l’histoire à son maximum», précise-t-elle toutefois.

Repousser les limites de la littérature

C’est dans ce droit au laisser-aller, mais aussi dans le côté sombre de l’être humain que l’auteure déterre les comportements déviants de ses personnages.

Bien qu’elle ne considère pas écrire des romans d’horreur, Claudine Dumont est consciente de créer des scènes plus difficiles. Dans L’intrusive, on parle notamment d’automutilation, de violences psychologiques et de viol.

«L’horreur est un genre que j’affectionne, mais je n’ai pas l’impression que c’est ce que j’écris. Mon but premier n’est pas de faire peur. […] Mais [en écrivant], j’ai envie de pousser les limites parce que, pour moi, lire, c’est avoir la chance d’expérimenter des émotions que je n’ai pas l’occasion d’expérimenter dans ma vie», estime l’artiste multidisciplinaire, qui porte le chapeau d’écrivaine, mais également de photographe.

Outre son travail sur l’atmosphère et les sentiments, Claudine Dumont conjugue son amour pour les mots à sa passion des images. Pour celle ayant aussi étudié en scénarisation, il est nécessaire de créer des décors léchés, de grands espaces esthétiques qui guident précisément l’imaginaire des lecteurs, comme dans un film.

«L’image, pour moi, est fascinante. […] Ça m’arrive de faire des choix à cause des images. Quand je me dirige vers une scène, je me demande ce qui serait beau. Pas au point de détourner l’intrigue, mais si j’écris quelque chose je veux que ce soit beau», soutient-elle, tout en annonçant déjà travailler au scénario de L’intrusive, qu’elle espère voir éventuellement au grand écran.

<em>L’intrusive, </em>par Claudine Dumont