Quelque 250 personnes sont venues entendre le concert de Noël de Claire Pelletier à l’église Saint-Zénon de Piopolis samedi soir.

Claire Pelletier rompt (gentiment) avec la tradition

CRITIQUE / Claire Pelletier est la solution parfaite pour quiconque souhaite s’imprégner de l’esprit de Noël, mais éprouve une lassitude des grands classiques. La Sheffordoise, par sa façon de déterrer les chants anciens oubliés et de bousculer la tradition, rend possible une Nativité à la fois méditative et festive. Quitte à mettre un orteil dans le paganisme.

Par exemple, en enrobant Dans cette étable dans un arrangement nettement inspiré de l’Afrique du Nord ou du Proche-Orient (après tout, n’est-ce pas là que le Christ est né?). Ou en assoyant D’où viens-tu, bergère? sur un rythme suffisamment dansant pour que l’on puisse dodeliner comme un chœur gospel.

Mais Noël, a rappelé la chanteuse samedi soir lors du concert de clôture du Festival Saint-Zénon à Piopolis, a été fort probablement placé le 25 décembre pour se coller aux fêtes célébrant déjà le solstice d’hiver, donc la victoire de la lumière sur l’obscurité. Ces fêtes étaient païennes mais non dépourvues d’altruisme, avec, par exemple, l’interdiction de se faire la guerre et l’obligation d’inviter les esclaves à sa table.

Le concert de Claire Pelletier est à cette image : une véritable fête de la vie et de l’espoir, avec quand même des moments empreints de respect et de recueillement, telle cette magique ouverture a cappella sur À la crèche mon voisin.

Mais c’est aussi un concert très intéressant musicalement, qui permet à un peu d’électronique, des séquences préenregistrées, une batterie et plusieurs percussions de s’immiscer dans un cadre inhabituel. En contrepartie, la polyvalence des claviers permet de reproduire des sons plus traditionnels (les grandes orgues, entre autres) qu’il aurait été difficile d’intégrer autrement.

Mailloche et tam-tam

En cela, l’interprète est secondée par une équipe en or. La claviériste sherbrookoise Camille Gélinas s’avère être une impressionnante nouvelle alliée, tout comme le batteur Shawn Sasyniuk, qui peut très bien tenir une mailloche dans une main et faire du tam-tam avec l’autre.

Le grand manitou et multi-instrumentiste Pierre Duchesne pilote le tout discrètement à l’arrière. La sonorisation n’était pas évidente au départ, avec un certain écho et une batterie souvent forte, mais l’oreille finissait pas s’habituer.

Quant à Claire Pelletier, sa voix est toujours aussi magnifique et son interprétation, toujours aussi incarnée. L’artiste participe aussi à l’accompagnement musical (son solo de flûte à bec dans Veni Veni Emmanuel était très émouvant). À peine un léger trou de mémoire dans Souverains princes, qu’elle a pu vite rattraper.

L’interprète a offert en entier son plus récent disque, Noël Nau, et a conservé les meilleurs morceaux du Premier Noël, qu’elle avait fait paraître en 2007.

Parmi les moments forts, on notera la fin de la première partie, remplie de judicieux crescendos, le chant breton Kanamb Nouël, avec de superbes harmonies vocales à trois, de même que la finale en apothéose (Laissez paître vos bêtes, Noël nouvelet, Falala et Le premier Noël), dans laquelle le chœur méganticois Les Voix liées, dirigé par Vincent Quirion, est venu ajouter une belle ampleur.

Bourses et primeurs

Pour une troisième année, le Festival Saint-Zénon a remis 4000 $ en bourses partagés entre dix élèves de la polyvalente Montignac qui désirent pousser plus loin leurs études en musique. Cet argent leur servira à l’achat d’un instrument de musique ou à des cours de perfectionnement.

Le directeur artistique du festival, Antoine Leclerc, a aussi profité de ce dernier concert de la 19e saison pour lever le voile en partie sur la 20e, en 2018. Notamment un concert à grand déploiement qui se prépare pour le 26 mai, Stradivarius à l’opéra, avec le violoniste Alexandre Da Costa. Brigitte Boisjoli est prévue pour juin et Marie-Élaine Thibert, pour le concert de Noël 2018.

Parmi les nouveautés du 20e anniversaire, notons un concert pour enfants avec Fred Piston en mai ainsi qu’un concert extérieur dans le parc du Croissant-de-lune en juillet