Bill Murray, Chloë Sevigny etAdam Driver sont les trois policiers d'une petite ville aux prises avec les zombies...

The Dead Don't Die: Tout ça va mal finir ***

Il est raisonnable de penser que le Festival de Cannes a choisi «The Dead Don’t Die» comme film d’ouverture, en mai dernier, en raison de la pléthore de vedettes qui y jouent ou y apparaissent. Parce que le manque de mordant du long métrage de zombies de Jim Jarmusch nous a un peu laissé sur notre faim...

Son amusante comédie, car c’en est une, s’avère une œuvre mineure dans son imposante filmographie. Le brillant cinéaste ne réussit pas complètement à subvertir les codes du genre comme il l’avait fait pour le film de vampires avec Les derniers amants, présenté en compétition sur la Croisette en 2013.

Bien sûr, on reconnaît sa touche particulière, stylistique et musicale. Ce récit abracadabrant se déroule à Centerville, bled isolé et figé dans le temps, autour de deux policiers apathiques, Cliff Robertson (Bill Murray) et Ronnie Peterson (Adam Driver, rôle principal du précédent Jarmusch intitulé... Paterson!). Avec eux, Minerva Morrison (Chloë Sevigny), qui sera bientôt complètement perdue.

Car une série de phénomènes étranges prennent place à Centerville, et partout dans le monde, après que la fracturation hydraulique polaire ait changé l’axe de rotation de la Terre (la métaphore écologique est explicite). Ce qui pousse Peterson à répéter constamment que «tout ça va mal finir». Le spectateur est prévenu...

D’autant que l’apparition de morts-vivants dépasse largement les compétences des forces policières. Seule l’étrange thanatologue ninja Zelda et son sabre bien affuté semble en mesure d’affronter adéquatement l’invasion de revenants.

La principale caractéristique du cinéma de Jarmusch est son minimalisme. Cette fois, il en fait malheureusement trop. Pas dans le gore, plus parodique qu’autre chose. Plutôt dans la surcharge (que viennent faire les migrants là-dedans?).

La féroce critique de l’ère Trump et du consumérisme actuel — les zombies ont vendu leur âme au capitalisme sauvage — souffre d’ailleurs de sa mollesse scénaristique. Une chance que The Dead Don’t Die est hilarant.

Les clins d’œil à la Nouvelle Vague, à Samuel Fuller et à George Romero font mouche, de même que certains gags récurrents et les apparitions, de RZA à Iggy Pop (à peine maquillé). Toutefois, les multiples reprises de la chanson The Dead Don’t Die de Sturgill Simpson, composée spécialement pour le film, finissent par lasser.

Une faute mineure comparée au fait que le propos du réalisateur excentrique est dilué par la propension de Jarmusch à pousser l’absurde jusque dans ses derniers retranchements.

On croise, comme d’habitude, une galerie de personnages truculents, dont Tom Waits en ermite, qui est aussi le narrateur caustique du déroulement du récit.

The Dead Don’t Die n’est pas le film mémorable qu’on attendait. Soit. Reste qu’il s’inscrit dans un courant indépendant, loin des méthodes (éprouvées) pour faire recette, qui nous propose un cinéma autrement. Et décomplexé dans le cas de Jarmusch, réalisateur qui ne comprend pas notre époque et préfère en rire. Bonne idée.

Au générique

Cote : ***

Titre : The Dead Dont’ Die

Genre : Comédie d’horreur

Réalisateur : Jim Jarmusch

Acteurs : Bill Murray, Adam Driver, Chloë Sevigny

Classement : 13 ans +

Durée : 1h45

On aime : l’humour mordant. L’incroyable distribution. Le style Jarmusch.

On n’aime pas : la nonchalance de la réalisation. La surabondance.