Daniel Léger (Antoine Olivier Pilon), piégé par la GRC, se retrouve dans une prison thaïlandaise.
Daniel Léger (Antoine Olivier Pilon), piégé par la GRC, se retrouve dans une prison thaïlandaise.

Suspect numéro un: piégé par la police ***

CRITIQUE / Daniel Roby livre avec Suspect numéro un le long métrage le plus ambitieux, tant sur le fond que la forme, de sa filmographie. Tourné en anglais avec Antoine Olivier Pilon et Josh Harnett, le réalisateur raconte comment un toxicomane québécois s’est fait piéger par la GRC et s’est retrouvé emprisonné en Thaïlande. Le drame possède plusieurs atouts, mais sa volonté d’épouser trois points de vue alourdit un récit qui aurait pu être mené avec plus de rythme.

Le long métrage reprend dans les grandes lignes l’histoire vraie d’Alain Olivier — qui devient Daniel Léger, interprété par Pilon (Mommy, 1:54). En 1989, alors qu’il plante des arbres en Colombie-Britannique, le jeune Québécois s’endette auprès de Glen Picker (Jim Gaffigan), un magouilleur aussi informateur pour la police.

Ce dernier le convainc d’aller en Thaïlande et de ramener de l’héroïne pour effacer son ardoise. Picker présente Léger au sergent Frank Cooper (Stephen McHattie) comme étant un important chef de réseau. L’enquêteur, humilié de ne pas avoir obtenu une promotion, mord à l’hameçon et ne démordra pas même quand tous les signaux d’alarme vont s’allumer.

C’est après l’arrestation de Léger que le journaliste d’enquête Victor Malarek (Harnett) entre en scène. Ce dernier va découvrir le pot aux roses et dénoncer le fait que le jeune homme a servi de pion dans une bavure policière que le gouvernement canadien tente par tous les moyens de camoufler.

Ce faisant, Suspect numéro un livre un vibrant plaidoyer pour la liberté de presse et les droits de la personne. Bien sûr qu’il est question d’injustice — flagrante dans cette fiction — et de résilience. Mais Daniel Roby a voulu dépasser «l’anecdotique» pour offrir un propos plus global sur les dérives totalitaires qui peuvent survenir même en démocratie.

Il aurait toutefois dû se souvenir: qui trop embrasse mal étreint. Le long métrage suit son cours, avec des aller-retour temporels, du point de vue de la victime naïve, du courageux journaliste canadien (Malarek risque tout, carrière et famille, pour sortir l’histoire) et du sergent bafoué.

Tout en livrant la perspective du cinéaste sur le tout. Ça fait beaucoup. Et ce n’était pas vraiment nécessaire. Cet Express de minuit (Alan Parker, 1978) à la québécoise s’éparpille trop pour son bien — il faut parfois effectuer des choix douloureux au montage. On aurait pu sacrifier les états d’âme du policier ainsi que plusieurs scènes en Colombie-Britannique (le personnage de Mary joué par Rose-Marie Perreault se révèle totalement superflu).

Ce sont d’ailleurs les combats de Léger et de Malarek qui suscitent le plus d’intérêt. Le premier lutte pour sa survie, le deuxième pour que la vérité éclate.

À ce propos, les scènes dans la prison thaïlandaise s’avèrent les plus réussies. On savait Antoine Olivier Pilon très doué, Suspect numéro un vient confirmer une présence charismatique, certes, mais aussi un registre de jeu remarquable.

Le choix de Josh Harnett dans le rôle du journaliste Victor Malarak s'avère également particulièrement judicieux.

Le choix de Josh Harnett dans le rôle de Malarak est également particulièrement judicieux. L’acteur américain nous fait oublier ses années de poster boy dans les superproductions comme Pearl Harbor.

Le long métrage de Daniel Roby (Funkytown, Louis Cyr) bénéficie aussi de la superbe photographie de Ronald Plante (La Bolduc, Monsieur Lazhar…) — Suspect numéro un gagne à être vu sur grand écran !

Au générique

Cote: ***

Titre: Suspect numéro un

Genre: drame

Réalisateur: Daniel Roby

Acteurs: Antoine Olivier Pilon, Josh Harnett, Stephen McHattie

Durée: 2h15