Ex-policier, ce Cubain qui répare maintenant des appareils électroniques habite sur un toit de La Havane.

Sur les toits Havane: Tout en haut le bonheur *** 1/2

CRITIQUE / Ma collègue Mylène Moisan a récemment rencontré Leonardo Padura à La Havane. Le célèbre écrivain, qui vit depuis 63 ans sur l’île, dit ne pas «comprendre Cuba». Alors, n’allez pas croire qu’un documentaire, si bon soit-il, va y arriver. Ce n’est pas le but de Sur les toits Havane, de toute façon. Pedro Ruiz a plutôt tenté de capter l’âme d’une partie de ses habitants.

Comme son titre l’indique, le documentaliste montréalais a choisi un angle : celui des habitants de la capitale qui, faute de logements décents, se bricolent une bicoque de fortune sur le toit d’un immeuble.

Ils ont une vue splendide sur cette ville magnifique, parfois même sur l’océan; y vivent souvent reclus en raison des escaliers à gravir et de leur pauvreté; regrettent le peu dont ils disposent…

Mais ils ne sont pas malheureux pour autant. Certains y trouvent même le bonheur à vivre «proche du ciel» et dans un «espace de liberté».

Le parti-pris poétique de Ruiz est pertinent. Il demeure néanmoins restreint. Beaucoup de vieux — normal, les jeunes vivent dans la rue, comme partout dans le monde. On aurait quand même aimé plus de diversité.

Ce qui n’empêche pas Sur les toits Havane d’être fascinant à bien des égards. Notamment en raison de la galerie de personnages qui témoignent à cœur ouvert sur leur quotidien d’élevage de pigeons, de réparation d’appareils électroniques ou de lavage pour un peu d’argent.

Il y a Maria, 95 ans, qui a fait la révolution avec le Che et est devenue la première policière cubaine; Omar le poète-percussionniste dissident au verbe aussi magnifique que cru et qui est, accessoirement, le fils illégitime du dit Che; Diosbel, l’ex-policier qui a perdu ses illusions et est devenu menuisier…

On y croise même Jean Fugère. L’ancien animateur et critique littéraire vit maintenant à Cuba. Sur un toit, évidemment.

N’oublions pas la majestueuse lumière de l’île, qui magnifie la direction photo. La seule ouverture du film, alors que se lève le soleil sur La Havane endormie, vaut le détour.

La lumière est magnifique sur La Havane.

Pedro Ruiz porte un regard bienveillant et humaniste sur ces Cubains dignes et fiers qui témoignent des changements — très lents — d’une société qui a vécu 60 ans d’un gouvernement de la révolution.

Une réalité aux antipodes des tout-inclus sur la plage...

Au générique

Cote : ***

Titre : Sur les toits Havane

Genre : Documentaire

Réalisateur : Pedro Ruiz

Classement : Général

Durée : 1h20

On aime : les magnifiques points de vue. L’approche humaniste

On n’aime pas : l’éventail restreint d’interviewés.